Je ne dédaignai lui donner un regard et tentai de passer à côté de lui pour atteindre les escaliers et remonter vers la porte d'entrée, mais il me retint par sa main sur mon bras. Ce n'était pas une pression oppressante, douloureuse, qui semblait ne donner comme seule option de s'arrêter, non. C'était un faible toucher, fragile, qui me fit penser qu'il voulait que je reste, mais qu'il ne souhaitait pas aller à l'encontre de ma volonté pour autant.
Et sa voix... elle me parut fébrile, tremblante, comme ne tenant que sur un fil au point de rupture. Je ne le reconnaissais pas. Lui qui était si fort au collège, qui ne montrait aucune faiblesse devant les autres, me dévoilait en cet instant toute l'agitation et la nervosité qui le possédait par la simple force du faible ton de son timbre.
Mais je ne devais pas flancher. Le comportement qu'il avait eu à mon égard lors de nos jeunes années me restait en travers de la gorge, et il en resterait ainsi à l'infinité.
Et je voulus écouter les paroles de mes amis, je voulus l'ignorer, passer à autre chose sans y penser plus que nécessaire, mais je ne pus me résoudre à lui épargner ces mots, en me tournant vers lui, mes yeux droit dans les siens :
« Alors maintenant tu veux discuter, hein ? Alors que je t'ai supplié, à ce moment-là, de me parler, de me dire le pourquoi de ton comportement. Et j'ai réellement cru que ce que tu m'avais fait n'était pas toi. Ce n'était pas le toi dont j'étais tombée amoureuse, après tout, mais je me voilais la face. La vérité, c'est que tu es un homme qui prend plaisir dans le malheur des autres, à les voir se décomposer, alors que tu leur expose toute la cruauté dont tu es capable de faire preuve. La vérité, Léandre, est que tu es une personne toxique. »
Ses doigts glissèrent de mon poignet, son regard légèrement écarquillé m'observait, sans qu'il ne dise rien, et je ne lui en laissai pas l'opportunité. Je partis sans une œillade en arrière, le laissant planté là, les bras ballants. Sitôt je rentrai dans la maison que la musique se fit forte, et je me glissai entre les corps des invités afin de chercher mes amis.
À vrai dire, je me sentais soulagée. Des années durant une frustration ne m'avait pas quittée : celle de ne pas avoir eu le temps de prononcer les paroles qui me pesaient sur le cœur. Aujourd'hui, c'était chose faite.
Néanmoins, quelque chose ne m'allait pas.
L'avoir vu ainsi fragile, ses yeux traversés d'une lueur peinée...
Non. C'était certainement une ruse de sa part, destinée à m'attendrir pour mieux me porter un coup dans le dos. Je ne devais plus jamais lui accorder ma confiance.
Je ne tardai pas à trouver Louis, adossé contre un mur, un air morose peint sur le visage. Je me souvins alors qu'il discutait sûrement avec Côme tout à l'heure, et que j'avais voulu aller le voir, mais qu'un certain Connard m'en avait empêché. Je m'approchai ainsi de lui et, une main sur son épaule, il se rendit compte tardivement de ma présence auprès de lui. Son regard surpris laissa la place à un sourire, bien que semblant forcé.
« Tu t'amuses bien ? »
Je décidai de ne pas lui parler de Connard. Je me doutais qu'il avait déjà bien assez de tracas que pour je lui en rajoute avec l'altercation que j'ai eu avec l'homme que je détestais.
Avais-je déjà dit que Connard m'insupportait ?
« Oui, c'est chouette que Nathan nous ait invité. Et toi, tout va bien ? »
Il hocha doucement la tête, sans rien ajouter, et je ne pus me résoudre à le laisser dans cet état sans lui parler.
« Pourtant, tu ne m'as pas l'air d'aller bien. »
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Nos cœurs meurtris
RomansaOlivia Adams est une auteure connue. Installée depuis plusieurs années dans le centre de Londres, entourée de ses meilleurs amis et de son chat, elle se complait dans sa vie. Mais les ombres et vieux démons rôdent. Elle sent l'inspiration la quitt...
