Chapitre 42

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Maëva Gasly - Madrid, Espagne

Qu'est-ce qu'il m'a pris d'accepter cette randonnée ? Ça fait plus de dix ans que je ne peux plus abuser de mon genou sur une longue durée et j'accepte de faire cette putain de rando. Plus j'avance dans mon sac et plus j'ai envie de tout défaire. Mais je continue en revoyant la joie de Carlos. Même ce matin, il était surexcité à l'idée de faire cette randonnée. Je me rassure en cachant qu'il ira à mon rythme, qu'on s'arrêtera si je le demande. J'espère tout de même ne pas avoir trop de douleur. Je sais qu'on ne doit plus rien se cacher. Tous mes proches savent ce que j'ai au genou, mais la raison reste secrète. Lando et Louise n'ont jamais su la vérité.

Je crois que je n'ai rien oublié : gourde d'eau, mes médocs, ma crème, le pique-nique de ce midi, de quoi grignoter pour l'énergie, ma crème solaire, mon livre et mon appareil photo. Carlos a pris de quoi nourrir son chien sur la route puisque Piñón nous accompagne. Ce chien va être mon petit réconfort de plus si je pense à abandonner.

-Tu n'as jamais fait de randonnée dans les montagnes avec Charles ? me demande Carlos pendant que nous prenions la route.
-Non, il fait ça avec ses amis et je suis plus farniente au soleil comme Pierre. Enfin, je dis farniente pour moi, lui il est productif à la salle. Par contre, il ne faut pas croire que je ne suis pas active. J'essaye toujours d'aller à la salle pour faire des exercices qui me maintiennent en forme.
-Entraîne-toi avec moi demain avant le golf alors.
-Pas de problème, Mister Sainz.

Plus on avance et plus cette montagne espagnole arrive dans notre champ de vision. Mon cœur commence à s'emballer, à penser aux scénarios possibles si mon genou décide de me lâcher en plein milieu de la rando.
Aller... Pourquoi penser au pire ? Hier, tu as eu Pierre, même lui t'a encouragé. Souvent, tu t'arrêtes de courir au bout de quinze minutes par simple réflexe. Peut-être que tu peux faire plus. Qu'est-ce que je crois ? Même quand je me lève trop vite il peut se bloquer... Stop ! Mes pensées se mélangent tels l'ange et le démon qui se battent sur mes petites épaules.

-J'ai une carte sur mon téléphone pour savoir la direction qu'on doit prendre si deux chemins se croisent. On va faire la plus simple comme tu me l'as demandé. De toute façon, même si ce chien est sportif, je ne veux pas le faire peiner non plus.
-Super. En route Piñón ?

Le chien vient se frotter contre moi et surtout contre mon genou gauche. Ne va pas tout gâcher Piñón... Quand on dit que les chiens sentent le mal-être, ce n'est pas un mensonge. J'offre une dernière caresse au chien, puis nous emboîtons le pas pour commencer cette balade.

-Tu vas rester avec Charles chez Ferrari l'année prochaine ? me demande-t-il un peu fuyant.
-Normalement oui. La seule personne pour qui je pourrais quitter un post actuel, c'est mon frère. Sauf qu'il me dit que du bien de Camille, une attachée de presse, jeune diplômée, mais la meilleure de sa classe. Je les avais mis en contact lorsque j'allais quitter Pierre pour Charles. Alors oui, je vais rester avec Charles.
-Et si je te demandais d'être mon attachée de presse ?
-Hors de question, je dis en riant. Ce n'est pas contre toi, mais je ne mélange pas boulot et privé.
-Pourtant, tu as été l'attachée de presse de ton frère et maintenant celle de ton ami d'enfance.
-Sauf que toi c'est une relation totalement différente. Avec Pierre, même si on n'est pas d'accord, ça restera mon frère. Pour Charles, c'est la même chose. Ça a toujours été ma règle, dès que je suis tombée amoureuse d'Anthoine. Si un jour, il devenait pilote pro, je ne serais jamais son attachée de presse pour éviter que le boulot puisse devenir source de conflit.
-Okay, je peux comprendre.
-Vitoria veut partir ? Pourtant, vous travaillez bien ensemble.
-Elle y réfléchit. Ça fait cinq ans qu'elle est avec son fiancé et tous les deux veulent se poser pour fonder leur famille. Je la comprends et je la suivrai dans ses choix.
-Ne t'en fais pas. Ils ne sont qu'en réflexion, ça ne veut pas dire qu'ils vont se décider dans les semaines à venir. En plus, je suis sûre qu'elle saurait te rediriger vers une autre attachée de presse si elle venait à partir.
-Tu as peut-être raison.
-Tu apprendras que les Gasly ont toujours raison.
-Et modeste à ce que je vois.

The Paddock BoysOù les histoires vivent. Découvrez maintenant