Je pénétrai dans la chambre, où les papillons de Marilyn déposèrent mes sacs sur le côté avant de s'éclipser comme des marionnettes désactivées. Cette journée m'avait fait un bien fou, mais elle m'avait également épuisé. En jetant un coup d'œil à la montre que j'avais achetée avec de l'argent qui n'était pas le mien, je vis qu'il était déjà 23 heures. Il y a deux semaines à cette heure-ci, j'aurais probablement terminé de réviser mes cours de chimie. Ah, comme j'aimais l'université.
Maintenant, j'atteignais ma partie préférée de la journée : me débarrasser de tout ce que je détestais, c'est-à-dire tout, et remplacer par mes plus beaux vêtements, chaussures et maquillage. Je mis de la musique sur mon ordinateur et me plongeai dans le bonheur, entourée de toutes ces belles choses. J'avais choisi des robes, des ensembles avec des jupes principalement, car comme on dit :
Les pantalons + Verónica = Grosse merde.
Je rassemblai mes cheveux que j'avais teints de quelques mèches violettes et commençai à ranger, tout en chantonnant sur la musique de Brandy. Dans ces instants de solitude, mes pensées se tournaient invariablement vers mon père. Je me demandais ce qu'il était en train de faire, si mes visages surgissaient parfois dans son esprit comme le mien le faisait si souvent pour lui. Malgré notre mauvaise relation, c'était mon père et je l'aimais quand même.
Je me demandais si Christian c'était fait frapper par mon père, si il avait garder soigneusement la clé usb que je lui avait demander de garder. J'espère qu'il allait bien.
Il y avait des moments où leur absence ne me pesait pas tant que ça, où j'étais absorbée par mes propres affaires et que leur souvenir s'éclipsait temporairement. Mais même dans ces moments-là, il y avait toujours un vide, une sorte de silence qui résonnait dans ma poitrine. Et puis, il y avait les souvenirs, les moments partagés, même les disputes bruyantes et les cris de mon père me manquaient parfois, car ils étaient des éléments essentiels de mon passé, des pièces d'un puzzle que je ne pouvais pas tout à fait assembler sans eux.
Alors que je m'occupais de ranger, un coup retentit à ma porte. Ce n'était ni Mari ni Ivan, car Mari ne se donnait pas la peine de frapper et Ivan n'était tout simplement pas du genre à venir me déranger.
— Oui ! lançai-je, invitant la personne à entrer.
La porte s'ouvrit et c'était Gabriel, le chimpanzé, qui fit son apparition. Il jeta un coup d'œil au sol encombré et esquissa un sourire en coin.
— Alors, c'est ici que vous avez vidé le compte d'Ivan, plaisanta-t-il.
— Bien sûr, répondis-je en me joignant à son rire complice.
Il me tendit sa main pour m'aider à me lever, et je la saisis pour me redresser. Contrairement aux autres hommes de ce château que je croisais rarement tout de même, il ne me dévisagea pas. En fait, il ne me dévisageait jamais, ce qui expliquait en partie pourquoi j'avais une confiance aveugle envers ce gentleman d'origine.
— J'aurais besoin de te faire quelques examens, si ça ne t'embête pas, me demanda-t-il.
— Non, ne t'inquiète pas, répondis-je en attrapant l'un de mes anciens sweat-shirts.
Il prit les devants et m'ouvrit la porte. Nous nous éloignâmes silencieusement le long du château. Par moments, nous croisâmes des hommes-chimères, mais ils semblaient tous concentrés sur Gabriel, comme s'ils n'avaient pas le droit de m'adresser la parole, même pour un simple bonjour.
Une fois arrivés au laboratoire, je m'installai confortablement sur la table d'examen tandis qu'il se dirigeait vers le lavabo pour se laver les mains avec soin. Observant la scène, je pouvais sentir une légère tension dans l'air, comme s'il était sur le point de me demander quelque chose d'embarrassant.
Finalement, il s'approcha de moi, les mains gantées, et commença à formuler sa demande d'une voix hésitante :
— Je vais te demander de te mettre en sous-vêtements, s'il te plaît.
Je pouvais voir qu'il était gêné, comme s'il redoutait ma réaction. Mais avant même qu'il ne puisse terminer sa phrase, je lui coupai la parole en levant la main pour le rassurer :
— Ne t'inquiète pas, je sais que tu n'es pas un retardé.
Un léger sourire se dessina sur mes lèvres, tentant de détendre l'atmosphère. Après tout, nous étions tous les deux des adultes, et il était professionnel dans son approche.
Après avoir ôté mon sweat-shirt et mon jogging, je me retrouvai en brassière et en culotte shorty, exposée à l'air froid du laboratoire. Gabriel me demanda alors de m'allonger sur la table d'examen, et sans prévenir, je ressentis une vive sensation de piqûre suivie d'une douleur fulgurante.
Un instant de stupeur figea mes traits alors que je réalisais ce qui venait de se produire : il venait de me poignarder.
« Vous me faites mal... »
Mes yeux s'élargirent d'effroi alors que je cherchais une explication dans le regard de Gabriel. Pourquoi diable m'avait-il poignardée? Pourquoi une telle violence, sans la moindre mise en garde?
Pendant que je tentais de reprendre mes esprits, Gabriel retira méthodiquement le grand couteau de mon corps, déclenchant une cascade de sang écarlate. Son visage était imperturbable, concentré sur ma blessure, tandis qu'il prenait des notes sur un cahier, comme si de rien n'était.
La douleur, quant à elle, se répandit dans tout mon corps, brûlante et lancinante. Des gouttes de sueur perlèrent sur mon front, témoignant de l'intensité de ma souffrance alors que je tentais de contenir mes gémissements.
— 47 secondes...murmurait-il à voix basse, son regard plongé dans le cahier où il prenait des notes méticuleuses.
Posant ma main sur l'endroit où la lame avait transpercé ma peau, je réalisai avec stupeur que la blessure avait complètement disparu, ne laissant derrière elle que des traces de sang séché. Un frisson d'effroi parcourut mon corps alors que je comprenais la raison de cette expérience impromptue : observer ma capacité de guérison et le temps qu'elle prenait.
Je me redressai brusquement, laissant échapper un cri de frustration.
— Tu aurais dû me prévenir ! m'écriai-je, la voix empreinte de reproche.
Gabriel ne leva même pas les yeux de son cahier, répondant d'un ton calme et impassible.
— Tu n'aurais probablement pas accepté, je le comprends parfaitement.
Je serrai les poings, la frustration et l'incompréhension bouillonnant en moi. Après un moment de silence tendu, je me levai, décidée à mettre fin à cette séance impromptue.
— Je vais demander à Ivan de te mettre en contact avec un triton. Les sirènes se font rares de nos jours, et nous avons déjà un triton au château. Tu dois apprendre à maîtriser tes pouvoirs, annonça-t-il, faisant naître en moi une vague d'inquiétude mêlée d'excitation.
Je hochai la tête d'un mouvement affirmatif, l'esprit encore tourmenté par cette expérience inattendue. Puis, sans un mot de plus, je quittai le laboratoire, les mains toujours tremblantes, et me dirigeai vers la bibliothèque, plongée dans mes pensées.
Díos mío, quelle journée...
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The mystical dance
FantasiaDans un monde où chimères et humains coexistent, Verónica Raichands, étudiante en sciences spécialisée dans les chimères, se distingue par sa fascination pour ces créatures, contrairement à la plupart des humains qui les craignent. Issue d'une famil...
