Verónica

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   Alors qu'on rentre, Ivan et moi, je le vois prendre le chemin inverse du mien, faisant contracter mon cœur. Pourquoi était-il aussi froid, aussi cruel ? Il ne se retourne même pas jusqu'à ce que je le perde de vue et que j'entende une grosse porte s'ouvrir puis tomber violemment au sol. Il avait encore pété une porte.

Il me faisait du mal, il me faisait pleurer, douter de moi, pourtant j'étais toujours là, revenir après quelque mot doux. J'étais sous emprise entière, il pouvait faire n'importe quoi de moi, il me dira juste juste que je suis belle d'une manière développée et je retomberait dans ses bras. Je le savais, j'avais perdu toute dignité, tout raison.

Chaque fois qu'il agissait ainsi, c'était comme s'il arrachait une partie de moi, laissant un vide douloureux qui ne se comblait jamais. Mais je m'efforçais de garder mon masque, de ne rien laisser transparaître, même si à l'intérieur, mon âme était en lambeaux.

Il avait un don pour faire comme si rien ne s'était passé, alors que moi, je ne pouvais m'empêcher de me demander ce que nous étions exactement. Des amants ?

Nous ne pouvions pas être des amoureux, il ne m'aimait pas, c'était certain. Mais moi ? Moi, je l'aimais, d'un amour ardent et désespéré qui brûlait en moi, consumant chaque parcelle de mon être.

J'avais raison d'avoir peur, c'était un menteur. Pourtant, malgré toutes ses tromperies, toutes ses trahisons, je ne pouvais m'empêcher de vouloir croire en lui, de vouloir croire en nous, même si chaque fois je me brûlais les ailes en approchant trop près du soleil.

Pourtant, je gardais espoir qu'il pourrait peut-être changer, être moins froid parfois, essayer de me comprendre et ne pas me regarder comme un fou obsédé du sexe. Je suis peut-être folle ou juste je l'aime éperdument mais je trouve fou celui qui laisse une femme aussi belle qu'Abigail et qui se tourne vers une femme... comme moi.

Je me demande bien ce qu'elle a fait pour que son regard change instinctivement quand on parle d'elle. Et je me demande encore plus si un jour, Ivan me regardera de la même façon.

Alors que mes pensées tournaient en boucle dans ma tête, je marchais d'un pas lourd, les yeux rivés sur mes talons, ignorant presque tout ce qui m'entourait. C'est alors que je percutai quelqu'un de plein fouet. Comment avais-je pu ne pas voir ses immenses pieds ?!

Relevant la tête, je fus confrontée à une version presque identique de Ivan, mais avec une teinte plus sombre et une aura légèrement différente. Ivan et Ivan auraient-ils eu un enfant sans que je le sache ? Mes pensées s'emmêlaient dans ma tête, tentant de démêler la réalité de la fiction.

Je suis désolée, balbutiai-je, me sentant submergée par cette rencontre inattendue.

L'homme m'offrit un sourire jovial, déconcertant par sa ressemblance avec Ivan et son attitude bienveillante.

Ce n'est rien du tout, répondit-il avec gentillesse. Vous êtes la reine Verónica, n'est-ce pas ?

J'avais presque oublié ma propre identité dans le tumulte de mes pensées.

Je hochai la tête, tentant de dissimuler mon malaise derrière une mèche de cheveux. Quelle ironie d'être une reine en tenue qui aurait mieux convenu à une boîte de nuit.

Je suis Théodore, le fils du roi. Enchanté de faire votre connaissance,se présenta-t-il avec courtoisie. Je regrette de ne pas avoir été là pour vos premiers pas vers le trône.

Un fils, marié et père de famille. C'était le monde à l'envers.

Vous n'avez pas à vous excuser, répondis-je, me sentant complètement décalée dans cette situation.

The mystical danceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant