Verónica RAICHANDS
Il jouait distraitement avec sa barbe, ses yeux fixés sur un point invisible devant lui. Depuis la fin de mon récit, il était plongé dans un silence profond, manifestement perdu dans ses pensées. Je savais qu'il me croyait, et c'était précisément pour cette raison que Christian était mon humain préféré. Il avait cette capacité rare de savoir quand me croire, même lorsque la vérité semblait inconcevable.
Installée dans un coin du canapé, je portais son t-shirt ample et l'un de ses shorts. Mes cheveux mouillés laissaient des gouttes d'eau s'infiltrer dans le tissu fin. Mes pensées erraient, revisitant cette soirée qui avait si bien commencé. Danser avec Nikolai m'avait procuré un bien-être immense, mais le retour à la réalité avait été brutal, me rappelant la dureté de ma situation.
Je tournai la tête vers Christian, qui me regardait déjà. Son regard me rappelait une époque plus simple, quand tout allait bien. Je me souvenais des moments où il venait me chercher en bas de chez moi, toujours maladroit, renversant des pots de fleurs en conduisant. Son maladresse avait quelque chose de charmant, presque réconfortant.
Il leva les bras et, avec un sourire doux, me dit :
— Viens là, tu n'as pas à t'inquiéter. Je te crois, Verónica.
Je te crois, Verónica.
Je me blottis sur ses genoux, lui rendant son sourire, et entourai son cou de mes bras. Cette proximité me réchauffait le cœur, malgré le chaos qui régnait en moi.
— Tu sais que ton père m'a cassé la gueule ? dit-il soudainement, rompant le silence.
Je ne pus m'empêcher de rire, me retirant légèrement de son étreinte tout en restant sur ses genoux. J'avais anticipé cette réaction de son père.
— Il m'a demandé si c'était moi qui t'avais fait sortir de l'hôpital. Je me suis dit, mais qu'est-ce qu'il raconte ? Tu es sortie de l'hôpital il y a trois jours ! C'est l'effet de l'âge ou quoi ? Puis il a commencé à me raconter sa vie. Il disait qu'une personne avait retourné l'hôpital psychiatrique et tout, comme d'habitude, des conneries qui sortaient de ses lèvres même pas hydratées, dit-il en riant.
Christian continua à me parler de tout ce que j'avais manqué pendant mon absence. Il expliquait avec de grands gestes, se levant parfois pour mimer des scènes. Il faisait des coups de poing dans le vide, criait, jouait des rôles, et je ne pouvais m'empêcher de rire. C'était comme si je n'étais jamais partie, comme si le poids de mes préoccupations s'était momentanément envolé.
— Mais elle est toujours là ? demandai-je, curieuse de cette fille dont il parlait.
— Non, j'ai porté plainte. Elle me fait trop peur, cette fille. Parfois, je la vois sur le côté de la rue, et elle me regarde marcher comme si j'étais une divinité, répondit-il en buvant sa bière.
Je posai ma bouteille d'eau en riant. Il exagérait sûrement. Christian avait toujours cette tendance à se croire le centre de l'attention.
Il continua en me parlant d'une prof de l'université qui, selon lui, ne pouvait pas s'empêcher de le regarder. Il m'a même dit qu'il avait l'impression qu'elle le suivait parfois. Ridicule.
— Je trouve que tu abuses un peu, dis-je franchement.
Il se leva, visiblement outré, et se pointa du doigt :
— Moi, j'abuse ?! Tu dis que je ne suis pas assez beau pour être vu comme une divinité, dit-il en prenant le bonbon que je tentais de saisir sur la table.
Je levai les yeux au ciel, pris un autre bonbon et le portai à ma bouche, le fixant avec un regard de jugement.
— Ouais, tu n'es pas assez beau. De plus, je crois en l'unicité, darling. Jusqu'à preuve du contraire, tu n'es pas Le Divin. Nuance.
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The mystical dance
FantasyDans un monde où chimères et humains coexistent, Verónica Raichands, étudiante en sciences spécialisée dans les chimères, se distingue par sa fascination pour ces créatures, contrairement à la plupart des humains qui les craignent. Issue d'une famil...
