Verónica

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La nostalgie.

La nostalgie m'envahissait comme une vague indomptable à chaque fois que ces mélodies résonnaient dans mes oreilles.

« Je pense à toi mon amour, ma bien-aimée
Ne m'abandonne pas
Mon amour
Ma chérie »

Ces paroles, si familières, me ramenaient aux matins d'autrefois, lorsque ma mère, avec sa voix malhabile mais pleine d'amour, remplissait la maison de ces refrains, tandis que les produits de nettoyage embaumaient l'air, particulièrement lors des matins enneigés, ajoutant une touche de douceur à ces moments privilégiés.

Pourtant, aujourd'hui, alors que la neige tombait doucement en Angleterre et que le matin s'annonçait, le silence pesait lourdement. Plus de musique envoûtante, plus de chants maternels, juste le vide et le silence oppressant qui semblaient envelopper mon être solitaire.

Mes yeux dérivèrent vers le corps endormi de, allongé sur son lit et l'événement de la veille refit surface. Je n'aurais jamais penser retrouver Ivan aussi tremblant et peur dans mes bras. Je m'en suis toute suite voulu quand j'ai vu qu'il ne remontait pas à la surface, quand j'ai vu les larmes sur les joues qu'il avait essayer de masqué.

Je me demandais ce qu'il avait bien pu vivre pour autant craindre l'eau.

Il semblait si paisible dans son sommeil, si différent de l'image que je m'étais forgée de lui lorsque ses yeux étaient ouverts.

Un soupir d'exaspération s'échappa de mes lèvres alors que je me levais pour prendre mon café sur la table de la terrasse. Son corps prenait toute la place.

Je me rendis ensuite dans la salle de bain, espérant y trouver un moment de répit, mais mon calme fut brusquement interrompu par une vision terrifiante dans le miroir. Une silhouette sinistre, aux cheveux verts et aux piercings, me souriait d'un air malsain.

C'était lui...

L'homme de la cave...

Je me retournai brusquement, mais ne vis personne.

Était-ce le fruit de mon imagination débordante ? Suis-je en train de sombrer dans la folie ?

J'étais folle.

L'idée de mourir me traversa l'esprit, comme seule échappatoire à cette souffrance insupportable.

Les mots de Marco résonnaient encore dans ma tête, ravivant la colère qui brûlait déjà en moi. Je m'agenouillai sur le sol glacial de la salle de bain, me bouchant les oreilles pour ne plus entendre toutes ces voix dans ma tête. Des larmes de rage coulaient sur mes joues. Si personne voulait m'aider à me sortir de ce merdier, peut-être que je devrais m'en charger moi-même.

Les pas légers de Ivan résonnèrent dans la pièce, brisant le silence insupportable. Mais je ne voulais pas lui parler, pas maintenant et je ne voulais pas le voir. En ces moments-là, il n'était plus Ivan, mais Nikolai, le frère maudit qui hantait mes pensées. Je le détestais de ressembler autant à celui que je fuyais, mais je le haïssais encore plus de me procurer un sentiment de sécurité que je n'avais jamais ressenti auparavant.

Verónica... tu veux un truc..?dit-il maladroitement

Sa voix était empreinte d'une préoccupation qui m'énervait encore plus, mais je me taisais, laissant la tension s'installer entre nous.

Il posa sa main sur mon épaule, comme pour me calmer. Mais je me levai brusquement, repoussant son geste avec une violence que je ne contrôlais plus.

Ouais, fais quelque chose pour moi ! Casse-toi ! criai-je, submergé par ma propre colère.

Ivan agrippa mon bras alors que je voulais partir, ses yeux sombres lançant des éclairs.

Ne joue pas avec moi, Verónica ! Et montre du respect, gronda-t-il d'une voix rauque.

Un rire amer m'échappa.

Tu ne le mérites pas ! Tout ça, c'est de ta faute, de ton âme sombre qui résonne en moi et Nikolai sache que...mierda...Mais les mots se perdirent dans ma gorge, trop tard pour faire demi-tour.

Ivan se redressa , ses traits marqués par la frustration.

C'est ça ton foutu problème ? Tu vois mon frère à travers moi ? murmura-t-il avec une colère contenue. Après tout, c'est moi qui suis le détraqué mental...ajouta-t-il avant de quitter la pièce, me laissant seul avec ma rage brûlante.

Je restai là, à genoux sur le sol glacé, les poings serrés, laissant la colère m'envahir.

Tuez moi, marmonnai-je dans le silence oppressant, un cri de désespoir étouffé par la solitude qui me rongeait.

[...]

J'étais installée dans la bibliothèque, confortablement nichée sur ce même canapé qui, d'un coup d'œil, laissait transparaître un horizon bien différent du mien.

La bibliothèque, bien qu'ancienne, était un joyau de calme et de beauté, avec ses plantes suspendues, soigneusement entretenues malgré son apparence délaissée. Plongée dans les pages de mon livre, je parcourais les récits envoûtants des créatures surnaturelles, des vampires aux sorcières en passant par les banshees et les loups-garous. La mention finale, "Inspiré de faits réels", m'a glacée d'effroi.

Si des sorcières aussi puissantes que l'Enchanteresse existaient, pourquoi étais-je encore encombrée de la moitié d'âme de Ivan ?

Cette pensée m'a saisie avec une intensité palpable. Frustrée, j'ai attrapé le lourd ouvrage et me suis dirigée vers le laboratoire du château. L'ouverture fracassante de la porte a attiré l'attention de Gabriel, qui s'est retourné, visiblement surpris.

Señor, Gabriel, espero para ti que tengas una excusa válida porque me arriesgo a matarte con mis propias manos, ¡maldito chimpancé! [Seigneur, Gabriel, j'espère pour toi que tu as une excuse valable car je risque de te tuer de mes propres mains, maudit chimpanzé !] hurlai je

Son expression a changé lorsqu'il a vu le livre, le saisissant rapidement. Bien sûr qu'il avait compris ce que je disais, fallait être aveugle pour ne pas voir qu'il était mexicain.

Où as-tu trouvé ça ? s'est-il pressé de demander.

Ma frustration était palpable alors que je m'approchais de lui, déterminée. Je ne savais plus qui j'étais, submergée par une colère et une tristesse indomptables.

Pourquoi tu m'as fait ça ?! Tu sais mieux que quiconque que je tiens à ma liberté ! ai-je crié.

Il s'est approché, déposant le livre sur une table à proximité, son regard trahissant une certaine gêne.

Je suis désolé, Verónica, mais...

— Pourquoi ai-je encore cette maudite âme en moi ? Alors qu'il existe des sorcières aussi puissantes ! ai-je demandé.

Il a gratté sa tête, cherchant ses mots.

Ivan est en mauvais termes avec l'Enchanteresse...a-t-il commencé, sa voix empreinte de nervosité.

Un rire nerveux m'a échappé, mes mains s'agrippant à mes cheveux.

Quel idiot ! Je déteste Ivan ! Il ne peut pas se lier d'amitié avec des personnes importantes ? Après tout, qui voudrait de cet idiot comme ami...

Peut-être qu'il ne peut pas être en bons termes... ai-je suggéré.

Il a levé les yeux au ciel avant de s'approcher, mais j'ai levé une main pour l'en empêcher.

Il doit trouver un moyen, vous devez trouver un moyen, car je ne supporte plus d'avoir l'âme de Ivan qui dévore la mienne ! ai-je dit, emplie de dégoût.

Il m'a regardée, ses yeux exprimant une certaine gêne, puis a passé une main sur son visage comme pour se réveiller de son propre cauchemar.

Je pense que tu as déjà atteint ton terme, en réalité...a-t-il murmuré.

The mystical danceOù les histoires vivent. Découvrez maintenant