Ce matin, j'ai à peine eu le temps de mettre la boîte rouge que j'ai reçue dans mon sac avant d'être en retard. J'espère que mes recherches ne m'ont pas trompée. Je ne pourrais la donner à Sebastien qu'après le cours, vu que je ne l'ai pas trouvé dans les couloirs avant. Mais là, c'est un tout autre moment. La classe s'amuse bien grâce à nous. Je suis sûre que mon groupe de débat m'a choisie exprès et insisté quand ils ont vu que les autres ont choisi Sebastien.
J'évite toujours les débats. Répondre aux arguments des autres ne me pose pas problème. C'est les commentaires que l'on fait sur le côté et surtout après qui me rendent anxieuse. Je ne sais pas pourquoi j'ai cédé, mais je dois finir ce que j'ai commencé. Je dois gagner ce débat sur la justesse de l'utilisation de la violence durant les révolutions.
Sous les regards attentifs et les sourires, j'inspire. Debout derrière la table au milieu de la classe que l'on a réarrangée, je réponds à Sebastien en face de moi:
-Je comprends tes inquiétudes sur les conséquences de la violence, mais parfois c'est le seul moyen de changer la situation. Si tu regardes l'histoire, des études ont montrés que les révolutions naissent souvent d'un sentiment d'injustice collectif et donc un désir pour le changement.
J'enchaîne avec:
-On peut prendre comme exemple la révolution haïtienne, où les descendants d'africains réduits en esclavage se sont soulevés contre leurs oppresseurs, pour former la première république noire indépendante. Malgré la violence de la révolution, ça a mis fin à l'esclavage et à la domination coloniale là-bas. Ça a ouvert la voie pour la liberté et l'autonomie pour d'autres pays.
Je provoque encore des sourires et des regards étonnés tandis que Sebastien qui m'écoutait avec attention hoche la tête et répond:
-Oui Amina, mais la violence mène souvent à plus de violence. Effectivement, la révolution violente amène le changement, mais à quel prix? Les conséquences de ces révolutions peuvent être le chaos et l'instabilité. La destruction de l'ordre, la perte d'infrastructures et les traumatismes infligés à des communautés peuvent avoir des conséquences à long terme. C'est vraiment l'héritage que l'on veut laisser? Haïti est devenue une dictature le siècle qui a suivi sa révolution. Et ça, c'est après des années d'instabilité.
Certains des autres émettent des bruits confirmant que sa réponse n'est pas mauvaise du tout, malheureusement. Je ne me laisse pas démonter et dis:
-Sebastien, je crois que tu passes à côté de ce que je veux dire. Comme je l'ai dit, une révolution violente est une réponse à une injustice systémique qui a été perpétuée par ceux aux pouvoirs. Les méthodes non violentes ont leur place, mais des fois elles ne sont tout simplement pas assez pour démanteler des systèmes d'oppression bien enracinés.
Je réfléchis rapidement, puis ajoute:
-Si on regarde le mouvement des droits civiques, des figures comme Malcolm X ont plaidé pour des formes de résistance plus radicales, tandis que d'autres étaient non violentes comme Martin Luther King Jr. Les deux approches ont joué un rôle crucial à l'avancement de la cause pour l'égalité raciale.
Les regards intéressés se posent maintenant sur Sebastien qui réfléchit brièvement, d'après le mouvement de ses yeux s'étant baissé une seconde. Il me sourit et je me retiens de faire pareil, ce qui amuse d'autres élèves que j'arrive à voir. Ce sale tricheur. Il me dit:
-Je saisis ta frustration, vraiment. Mais la violence est un chemin dangereux à prendre. La résistance non violente prend peut-être plus longtemps, mais c'est au final plus durable et moralement défendable.
"Moralement défendable", pff. Je réplique:
-La non-violence met plus de temps à être exécutée, mais au final quels changements majeurs tout ce temps produit? La révolution peut être un catalyseur pour des changements transformateurs. Détruire les anciennes structures de pouvoir et ouvrir la voie pour des sociétés plus équitables. Des fois la seule façon de se libérer de la tyrannie c'est de la confronter directement, même si ça veut dire recourir à la force.
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Wabi-Sabi
عاطفيةAmina a toujours détesté les maths, mais en 17 ans, elle a appris à les maîtriser, habituellement sans problème. Mais c'était sans compter sur son étourderie, qui lui a fait oublier de noter un contrôle. Pour s'éviter les foudres de son père, elle s...
