Chapitre 86: Shingetsu

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Pendant la nuit après m'être réveillée au bout d'une courte sieste, je me calme en berçant Sumai. Sebastien a dit tout ça, mais peut-être qu'il va éventuellement se rapprocher à nouveau de ses parents. Il va trouver une fille magnifique qu'ils vont aimer, vivre une belle vie et se souvenir de moi comme d'une brève amourette de lycée. Mes larmes coulent à nouveau en y pensant et en me souvenant de ce qu'il m'a dit sous la tente. Pourquoi je me fais du mal? Je couche Sumai avant que je le réveille avec mes pleurs.

Un moment après, je me faufile dehors et marche dans la nuit sur mes gardes. Sur le chemin, j'essaie d'appeler Sebastien, mais mon espoir est écrasé quand je tombe à nouveau sur le répondeur. Je décide de laisser un message, ce que j'ai rarement fait dernièrement:
-Hey, c'est moi Amina. Je...j'espère que tu vas mieux. Si tu veux euh...je vais au jardin, peut-être que tu viendras si t'écoutes ce message.

Je ne sais pas vraiment ce que je fais, mais je suis juste attirée par l'endroit. Quand j'entre et dépasse la maison morte bien sûr, Sebastien n'est pas dans ce foutu champ. Je me couche dans l'herbe et observe la lune luisante. Par une sorte de chance tordue, elle est là pour une scène triste de ma vie. Pourquoi je suis comme ça? Est-ce que j'essayais de ne pas être égoïste et le sauver? Ou est-ce qu'il avait raison la dernière fois quand j'ai accepté qu'il allait me suivre à Berkeley? J'ai peur. Comme la dernière des idiotes.

Ce que je sais c'est que je veux être dans ses bras maintenant. Je m'assieds et écoute de la musique en regardant l'herbe. Dans mes oreilles, la rappeuse en a marre de son copain qui lui fait la morale et lui dit qu'elle s'en va parce qu'il n'est qu'une perte de temps. Les paroles me font sourire un peu pendant quelques secondes puis je retombe dans l'obscurité. Une partie de moi aimerait qu'il n'ait jamais énervé le prof et que je n'ai jamais oublié de réviser ce foutu contrôle de maths et regardé sa feuille.
Pourtant l'autre partie de moi sait très bien que je me mens à moi-même.

Soudain, je ne sais pas si c'est un bruit ou une impression, mais j'enlève mes écouteurs. Après que Sebastien me l'ait répété, j'essaie d'être moins perdue dans mes écouteurs et ça pourrait bien sauver ma vie. Je regarde les alentours entre la lueur de la lune et les ombres, mais il n'y a rien. J'espère que ce n'est pas un chien ou un truc du genre, quelqu'un? La police? Je suis vraiment idiote d'être venue ici aussi tard. Je devrais rentrer. J'approche le porche du jardin et regarde l'embrasure de la porte ouverte tenant à peine.
Je recule et regarde la vieille fenêtre sûrement poussiéreuse. J'ai toujours voulu voir comment c'était en haut, mais je tiens à ma vie plus que de faire l'expérience du sol hasardeux.

Je soupire et baisse la tête avant de me figer. Je suis sûre d'avoir entendu un autre bruit que j'ai du mal à identifier. Est-ce que cet endroit est hanté? Je me tourne pour fuir vers l'herbe, mais m'arrête en retenant ma respiration. Il y a une silhouette plus loin que là où j'étais assise au sol. J'espère tellement que c'est lui et que je ne délire pas, mais il était tellement en colère à la maison qu'il a pu partir n'importe où. Pas ici, parce qu'il risquerait de me croiser.

Malgré tout, j'approche la silhouette assise dans l'herbe et quand je suis plus près je vois le visage qui s'est tourné être un peu éclairé par la lune. Je peux aussi distinguer un sourire comme celui qu'il m'a adressé tant de fois quand je l'approchais. Un sourire qui me fait pleurer. Il se lève et m'approche, même si je cours pour le rejoindre plus vite. Il m'attrape et m'embrasse. Ses lèvres caressent les miennes et me réconfortent avant de me posséder. Elles me donnent l'impression d'être traversée par des éclairs accompagnant mes frissons. Je m'arrête de penser jusqu'à ce qu'on se détache l'un de l'autre. Je le regarde à bout de souffle et il essuie mes larmes. Il commence:
-Je...

-Attends.

Sous la lumière lunaire, il me regarde avec ses beaux yeux sombres et je respire intensément avant de lui dire:
-Je veux partir avec toi, n'importe où, n'importe quand. Il n'y a rien de logique là-dedans, mais je m'en fous...si tu le veux toujours.

Je distingue son grand sourire avant qu'il ne m'embrasse longuement, ce qui me donne des picotements. On s'arrête en rigolant et j'ajoute malgré moi:
-Mais...

-Mais rien du tout.

-Je veux dire et si tes parents te jettent dehors? Même si c'est un peu absurde.

-J'ai une voiture et je sais survivre avec les ours dans le pire des cas.

Je ris et secoue la tête avant de lui dire plus tristement:
-Je veux pas que tu souffres.

-Je sais, je peux faire plus d'heures avec plein d'huile sur moi et économiser encore plus pour vivre dans un hôtel. Appart 'hôtel peut-être? Ou même le dôme du Skylight.

Il a un ton sous entendeur me faisant rire. Il ajoute:
-Je souffrirais plus qu'avec tout ça sans toi.

J'étire mes lèvres et il ajoute:
-J'ai 18 ans maintenant. Je pourrais essayer de trouver un appartement éventuellement, même si c'est pas facile. Mais bon, j'aime les challenges. Surtout après que tu m'aies un peu fait faire les montagnes russes émotionnelles.

Je glousse puis lui réponds:
-Je me remettrais à bosser à la glacerie pour t'aider.

-T'as pas à faire ça, surtout avec ce que tu m'as raconté sur cet endroit chaotique.

Je pouffe puis insiste:
-On est une équipe, on s'aide.

Il rit doucement puis m'embrasse et en caressant ma joue il me dit:
-Tu devrais rentrer avant que tes parents pètent les plombs Poyo-poyo.

Je ris et rétorque:
-Je suis pas partie depuis si longtemps.

-Alors on a qu'à faire en sorte que tu te fasses pas attraper.

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