Chapitre 60: Entre deux couronnes

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Sebastien est venu rester un peu à la maison, mais maintenant ce type parle avec Maman du livre de Maya Angelou, Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage. Il y a des années, il l'a lu seul, pas parce qu'on nous l'avait donné à lire. On ne nous l'aurait sûrement pas donné à 11 ans vu ce que j'ai entendu dire qu'il pouvait y avoir dedans. Mais par curiosité parce que la prof l'a déconseillé pour notre âge, Sebastien l'a trouvé à la bibliothèque de la ville. Il a menti à la bibliothécaire en disant que c'était pour les cours et l'a lu.

Ce qu'on avait vraiment vu de Maya Angelou ce n'est pas son livre biographique plutôt triste, mais des poèmes du genre "Pourtant je m'élève". C'est beau et ça nous donne une certaine confiance, mais je ne cherche pas ce genre de littérature en particulier dans mon temps libre. Maman, ça l'agace un peu, mais avec Sebastien au moins elle a l'air contente de parler des aspects tragiques et compliqués du livre.

Parfois, Maman me sort que je n'ai pas l'air d'en avoir quelque chose à faire d'être noire. Noire afro-américaine plutôt. Elle dit que je suis plus intéressée par tous ces autres peuples ou les choses sur le pays de Papa. Que je fais comme si ici on n'avait pas de culture aussi. Je ne comprends pas pourquoi elle dit ça. Je sais qu'il y en a. Il y en a plein même, que ce soit des Créoles de Louisiane aux Gullah de Floride par exemple. En plus de ça, c'est aussi partout que l'on trouve ces cultures.
Malgré ce que certaines personnes aiment penser, on contribue à une bonne partie de la culture de ce pays.

Je suis sûre que Maman sait que je sais tout ça. Je ne connais pas tout sur tout le monde, mais j'ai appris, dansé, goûté et vu beaucoup. Peut-être qu'elle est juste gavée avec Papa et ses trucs des fois et qu'elle me le met dessus.
Tout ça juste parce que je n'ai pas fini de lire L'œil le plus bleu ni vraiment aimé les livres de Sister Souljah. Ou encore que je sais juste faire du Gumbo et ai abandonné après avoir brûlé ma dernière tentative de Jambalaya censé être facile. Il y a aussi le fait que le rythme de l'accordéon et le frottoir des sons de zydeco ne m'excitent plus autant que quand j'étais petite et en faisais carrément des spectacles dans le salon de Nana. Ça les faisait tellement rire que je souris en y repensant.

Oui, je pense qu'au fond Maman sait que je ne suis pas perdue. En attendant, je suis heureuse qu'elle ai trouvé quelqu'un avec qui parler des livres qu'elle aime. Ils n'ont pas l'air de s'ennuyer. Je soupire et replonge dans mon propre livre.

Par miracle, plus tard on se retrouve enfin dans ma chambre avec Sebastien. C'est malgré Papa que Maman a amadoué. On est en train de rire sur le lit quand ça toque. Je crie:
-Oui!

Aya entre et me dit:
-Hey Amina, je vais être en retard. On a un truc après l'entrainement donc je sais pas pour tes tresses. Je pense pas finir pour demain.

Je soupire bruyamment. Oh putain. En plissant son regard noisette, elle ajoute amusée:
-Hey sois pas dramatique. T'as pas besoin de les garder plus longtemps. Je peux le faire avant demain en fait, mais tu devras faire comme au bon vieux temps et te détresser toi-même.

Je réplique:
-Pff. Débarrasse les lieux.

-Je t'aime.

Je me lève et elle s'enfuit en criant:
-Bye Sebastien!

Je retourne m'asseoir agacée, Sebastien lève un de ses longs sourcils, ce qui me fait brièvement sourire. Je lui explique:
-Elle était censée me détresser avant de me tresser.

Il demande étonné:
-Attends, c'est elle qui fait tes tresses?

-Oui, contrairement à moi elle a le talent de ma grand-mère. Elle a commencé petite alors que moi ça m'a toujours frustré.

Je soupire en remontant sur le lit et il me demande:
-Donc tu dois les enlever?

Je le regarde avec son sourire suspect. Je réponds:
-N'y pense pas, on n'est pas ces couples des réseaux. C'est mignon pour les photos, mais mon crâne se débarrasse toujours de plein de pellicules sans faute quand je me détresse et en plus j'aurais l'air bizarre avec mes cheveux n'importe comment. Je veux pas que tu voies ça.

Il me fait son air de chiot avec son regard brillant et ses lèvres s'étirant. Je ne peux m'empêcher de rire puis lui demande:
-Pourquoi ça t'intéresse?

-Hey, c'est pas de la curiosité tordue, mais on voit pratiquement jamais tes cheveux.

-Hmmm, je t'enverrais une photo quand j'aurais fini.

Il s'enfonce dans mon cou qu'il embrasse lentement. La tension monte tandis que je lui murmure:
-Ok...stop.

Je sens son souffle contre ma peau tandis qu'il demande:
-S'il te plait.

Il s'éloigne et je me calme en disant:
-Je marche pas à la manipulation.

Il me fait tomber et recouvre mon visage de baiser. Sous la pluie de douceur, je dis en riant:
-Je vais crier.

-Ton père vient pas de partir chercher ce qu'il avait oublié?

-Ma mère peut t'attaquer aussi.

Il rigole puis les coins de ses lèvres retombent et son regard se ternit. J'y réponds par:
-T'es au courant que je sais que t'es pas vraiment triste?

-Arrrh.

Je ris puis le pousse et me baisse sur lui, mais ses lèvres esquivent mon baiser et il tourne la tête. Je lui demande amusée:
-Oh ok, maintenant on boude? Tu parles de respecter les limites des gens.

-C'est pas des limites c'est des peurs stupides.

-J'ai pas peur.

Sebastien sourit, moqueur en répondant:
-Si t'as peur que je te juge on va dire et puis on s'en fout des pellicules c'est humain. En plus, c'est drôle de s'occuper des cheveux des gens. À un moment je le faisais avec Emmie. Quand elle avait ses jolies tresses, ses trucs avec les barrettes et les petites pinces et tout là c'était moi. Je suis un artiste, mais c'est un secret, hein. Je suis pas encore prêt à revendiquer ça.

Je ne peux retenir mon sourire puis je rétorque:
-Avec mes cheveux, c'est drôle jusqu'à ce que tu les emmèle. Là, ça énerve bien.

-Je le ferais pas ou pas beaucoup. Tu me montres comment faire et je te ferais pas mal.

-Je sais même pas pourquoi je t'écoute.

Il se met sur son coude et réplique:
-Ça, c'est parce que tu me fais confiance.

Je ris en pensant à la première fois qu'il m'a dit ça pendant que je recouvrais son visage de peinture. Comme s'il lisait dans mes pensées, il demande:
-Tu t'es perdue dans tes pensées quoi?

-Oui, à un moment amusant. Quand tu m'as laissé peindre ton visage.

Il me sourit puis répond:
-Je t'avais dit un truc comme ça.

-On partage un cerveau on dirait.

-La dernière neurone, oui.

On se marre et avec un sourire en coin il demande:
-Alors?

J'espère vraiment que c'est pas à cause de sa belle gueule, mais je soupire et abdique:
-Ok.

Il me fait tomber et m'attaque avec des bisous au cou et aux joues.
Dans certaines cultures comme celles africaines, les tresses sont intimement liées à la force, la dignité et la beauté d'une personne. En les enlevant, ce serait peut-être comme affaiblir tout ça avant de me transformer vers une différente source de beauté avec mes cheveux naturels. Mais entre, oui, j'aurais l'air vraiment bizarre, comme vulnérable. J'espère que ce ne sera pas trop étrange de me voir entre deux couronnes.

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