Chapitre 35: Ta honte

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Je rentre de l'autre supermarché de la ville, où je suis allée malgré la distance, pour me procurer ces nouveaux bonbons dont tout le monde parlait. Bien sûr, j'ai fini par faire d'autres courses. Plus loin, je remarque une brune accompagnée d'une blonde me faire signe. C'est Emmie. Je ralentis et enlève mes écouteurs tandis qu'elle s'approche avec un grand sourire. Bizarrement, je le sens pas. Emmie me demande:
-Hey, t'es la fille de la dernière fois...Amina? En fait, je me souviens de toi à l'école aussi et au collège. T'étais...eh bien, je me trompe pas non? T'as Amina. T'es bien celle qui était chez moi?

Je réponds appréhensive:
-Oui...

Elle a l'air joyeuse, peut-être que la dernière fois sa rancune contre Sebastien était juste trop forte. Sinon elle peut être gentille. De ce que j'avais vu en grandissant, quand elle l'est, elle l'est vraiment. Mais quand elle est méchante, elle est vraiment mauvaise. Ça dépendait des jours.
Je souris un peu et Emmie me dit:
-Donc dis-moi...tu te tapes toujours, mon frère?

Sous les rires moqueurs d'Emmie et son amie, j'ai l'impression que je vais tomber en miettes. La blonde nous observe comme si elle attendait la suite de l'histoire. Je me reprends pour commencer à dire:
-Je...

Rien ne sort et elles restent juste là à me fixer avec leurs sourires. Mes jambes décident subitement de nous sauver en me faisant les contourner et partir le plus loin possible. Je ne savais pas quoi lui dire. Sebastien ne lui a même pas parlé de nous. J'entends Emmie m'appeler, mais l'ignore en accélérant.

En fin d'après-midi quand j'ai rejoint Sebastien il m'a encore plus fait penser à ce qu'il s'est passé, rien qu'avec sa présence, donc j'ai à peine parlé. Je suis tellement énervée, mais j'enferme tout à l'intérieur. Sebastien finit par s'arrêter de jouer celui qui ne se laisse pas teinter par mon attitude pour me dire irrité:
-Ok, c'est quoi ton problème là?

J'essaie d'augmenter la taille de la bouteille dans laquelle je contiens ma colère, parce qu'il en rajoute avec le putain d'air agacé qu'il ose avoir. Face à mon silence, il continue:
-Amina, je te parle.

Je m'efforce de l'ignorer en respirant profondément pour me calmer, mais il insiste en disant:
-Je suis invisible ou bien t'es devenue sourde et aveugle?

Je me contiens d'exploser en sortant:
-Ta gueule.

Il fronce les sourcils en écarquillant un peu ses yeux sombres. Il me demande confus:
-Ok, qu'est-ce qu'il y a?

-Ce qu'il y a c'est que...

Je secoue la tête en respirant intensément puis lui réponds:
-Tu sais quoi? Je veux que tu dises la vérité, que t'avoue la putain de vérité. T'as honte de moi non? Je suis pas assez bien pour je ne sais quelle raison. Parce que je suis comme je suis avec les gens au lycée?

J'expire fort et continue:
-Parce qu'être avec moi peut faire qu'on se mette à te regarder dans la rue? Mais dans tout ça le plus important c'est tes parents aussi et Emmie et sûrement Edward. Je suis pas assez bien pour eux hein? Si c'est trop dur pour toi, trop chiant ou je sais pas t'as juste à laisser tom...

Il me coupe en criant:
-Oh! Stop.

Il soupire puis fixe son regard onyx sur moi et me dit avec un sérieux durcissant son visage:
-J'ai pas honte de toi au lycée, c'est quoi ce délire? C'est toi qui avais aucune envie de dire la vérité. Moi je m'en fous de tout ça.

-Et la reste hein? Tu peux pas le nier.

Il soupire, puis répond:
-Le truc dans la rue c'est arrivé que deux fois et c'est...c'est juste un truc de merde que je déteste oui. Je sais pas pourquoi ça arrive des fois, dans certains endroits, comme si c'était des zones radioactives.

-Tu détestes ça hein?

-Allez, vas-y. Dis-moi que t'as pas envie de t'échapper de ton corps quand les gens te fixent comme ils l'ont fait.

Je ne réponds pas et il continue:
-Mais je lâcherais jamais ta main pour autant, parce que c'est ta main.

Je me bats pour ne pas laisser le feu de ma colère s'éteindre avec ses mots. C'est trop facile. Je réplique:
-Ok et?

-Je crois que tu me dis tout ça juste parce que t'es en colère, parce que je veux t'éviter le traitement de mes parents. Et puis comment tu sais ça?

-Non. Non. Celle-là, elle est trop facile. Tu sauves personne à part toi-même. Même si t'aimes penser que t'es un chevalier. En fait, ça me fait me demander si t'as au moins pensé à essayer de leur expliquer qui je suis et que je suis pas une boule de stéréotypes.

Je continue en disant:
-Parce que c'est juste plus facile pour toi de prétendre que j'ai jamais été là, quand t'es avec eux. C'est sûr qu'ils savent même pas que je suis dans ta vie. Alors que j'ai bien morflé avec ma famille pour toi. Et pour info, j'ai croisé Emmie et elle se demandait si j'étais encore un de tes coups vite faits.

Je ricane et m'en vais en ignorant ses appels.
Je me souviens d'avoir lu une fois que la préservation de l'harmonie familiale était très importante au japon. Elle est basée sur le Wa, l'idée d'harmonie. Pourtant là, j'ai surtout l'impression que Sebastien n'a pas besoin du côté culturel comme motivation pour vouloir sauver sa peau face à ses parents.
Tous ces trucs d'anthropologie ne s'appliquent pas à tout le monde et n'expliquent pas toujours tout. Parfois, les choses peuvent être beaucoup plus simples. Il a peur. Il flippe pour lui, alors que moi j'ai dû mettre un poing à mon père à cause de lui. J'y crois pas.

***

C'est mon dernier jour de paix avant les cours et je suis réveillée à 11H00 par un foutu numéro que je ne connais pas. J'avais enfin le calme mental dont j'avais besoin après le fiasco d'hier. Je ne réponds pas et me recouche, mais mon téléphone vibre. La curiosité me pousse à regarder les messages:

C'est Emmie!!!

Réponds putain!!!

Où est mon frère?!!!

Je fronce les sourcils quand elle rappelle. Je réponds et elle m'explose les tympans en criant:
-Où est mon putain de frère?!

-Wow, calme-toi. Je l'ai pas kidnappé.

-Tu te crois drôle?

Je marmonne:
-Non...comment t'as eu mon numéro?

-C'est pas le moment putain! Vous êtes partis ensemble quelque part?!

Soudain, mes neurones se réactivent et l'anxiété me prend. Il a disparu? À cause de moi? En perdant patience, Emmie dit:
-Réponds.

-Oui, pardon euh non. Il est pas avec moi. Pourquoi?

-Parce qu'il est pas rentré hier soir et on peut pas le trouver. Ma mère est sur le point d'appeler les flics. Si tu fais partie de je ne sais quelle connerie à laquelle il participe, je vais m'assurer qu'on te traine en prison.

Avec la peur provoquée par son ton s'ajoutant à mon anxiété, je dis:
-Quoi? J'ai rien fait, m'attaque pas. Attends...peut-être que je sais où il est.

-Dis-le-moi.

Je m'efforce de ne pas me laisser intimider en répondant:
-Je vais le chercher, pas besoin d'appeler la police pour l'instant. Je suis sûre que je vais le trouver.

Elle commence à dire:
-Où c...

Je raccroche et soupire avant de presque courir dans la salle de bain.

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