Chapitre 85: Cassure

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Le jour après, notre feu fait maison ou plutôt fait tente, on rentre chez nous. Justement, Maman a appelé sur le chemin pour savoir si on revient bientôt, mais elle m'a dit que ce n'est pas Papa qui a découvert où je suis partie. Elle lui a dit que Sebastien m'a récupéré, mais il y a autre chose on dirait. On entre dans mon quartier en voiture quand j'entends Sebastien murmurer:
-Quoi...

Je le regarde et l' expression joyeuse qu'il avait s'est effondrée. Je lui demande:
-Qu'est-ce qu'il y a?

-C'est la voiture de ma mère.

Je suis son regard et reconnais bien l'Audi noir que j'avais vu chez Sebastien. Mon estomac me donne l'impression de se serrer tandis que Sebastien commence à dire:
-Peut-être qu'on devrait...

-Non, on y va.

Aya nous ouvre sans un mot avant de s'enfuir vers les escaliers. On trouve nos parents avec Emmie aussi, assis par deux et trois sur un canapé opposé . Ils nous fixent et Maman se lève et s'approche. Elle a un air troublé, inclinant ses sourcils nettement dessinés. Son malaise continue de me donner l'impression que mon estomac se retourne. Elle commence:
-Amina...

La voix presque tremblante, je demande:
-Qu'est-ce qu'il se passe?

Papa s'approche en plissant son regard sombre contrarié:
-Ce qu'il se passe c'est que ces gens sont venus nous trouver pour que tu laisses leur fils tranquille.

La tristesse peint mon visage tandis que Masaru et Keiko nous rejoignent. Leurs regards sont comme des ombres cristallisées. Impénétrables et décidées. Plus blessée qu'en colère, je leur demande quand même:
-C'est vrai? Tout ce temps, vous avez fait semblant de bien m'aimer, mais c'était pas le cas?

Les cristaux de Keiko semblent se fragiliser quand elle à l'air de chercher quoi dire. Pourtant Masaru ne faiblit pas, il fronce même ses sourcils aux angles rigides en disant:
-Que l'on t'aime ou que l'on ne t'aime pas, ce n'est pas important. Ce qui l'est c'est qu'à cause de toi notre fils va rater les opportunités importantes qu'il a pour son futur. Et toi-même, tu le sais.

J'ai l'impression qu'on m'écrase, pourtant il a raison. Je serre la mâchoire mal à l'aise quand Sebastien passe devant moi pour leur dire:
-Non. Vous la laissez tranquille. Elle n'a pas choisi pour moi.

Emmie réplique:
-Oh donc si elle n'allait pas là-bas tu serais allé à Berkeley au lieu de les écouter eux et la logique?

-Peut-être, j'avais envie d'y aller avec Raj. C'est ce qu'on va faire. C'est pour ça que j'ai postulé avant même de savoir où elle allait.

Keiko rétorque irritée:
-Raj n'a pas eu les bourses aussi, c'est pour ça qu'il ne va pas ailleurs. Mais il a bien été accepté dans de bonnes universités comme toi. Et si c'était l'inverse et qu'il avait eu une bourse, je doute qu'il allait refuser d'y aller. Je doute aussi qu'il te laisserait faire s'il savait ce que tu fais pour y aller avec lui comme tu le prétends. Aller, soyons honnête, ce n'est plus juste pour lui. Ça ne l'a jamais été.

Sebastien dit:
-Ok, il y a d'autres raisons que j'avais avant, mais dernièrement j'avoue que c'est beaucoup pour elle...

J'essaie de respirer malgré ma poitrine comme compressée tandis que sa mère me fixe avec une colère affutant son regard. Son père, lui, secoue la tête avec un regard plein de déception pour Sebastien. Emmie ricane puis ajoute:
-Tu sais Sebastien on est tous au courant que j'ai jamais été la plus maligne de la famille. Et quand j'ai raté mes admissions et refusé d'aller aux universités qui m'avaient prise, ils ont failli devenir fous. Mais je m'en sors bien dans la pâtisserie de Maman maintenant. Par contre toi...si les choses tournent mal je sais que tu t'en sortiras pas à la pâtisserie ni avec Papa.
Ok, tu pourrais facilement vendre des maisons et tout, mais tu vas juste dépérir. Je te connais. T'es du genre gars passionné, stupide et c'est pour ça qu'on se retrouve ici maintenant. Maman et Papa t'ont laissé étudier ce que tu voulais, ils voulaient juste que tu fasses de ton mieux pour aller dans le meilleur programme pour devenir un des meilleurs et toi tu fous tout en l'air pour...

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