Dans la chambre de Sebastien on parle couchés et en face de lui je m'amuse à décoiffer encore plus sa nouvelle coupe courte à l'effet ébouriffé. Je lève les mèches restées longues de ses cheveux, une par une même si elles retombent de façon identique. Ça le fait sourire entre de faux airs ennuyés. Il s'arrête soudainement de sourire et semble pensif. Je ne réagis pas et attends en continuant mon sabotage. Il commence:
-Amina...
-Hmmm?
-Qu'est-ce qu'il s'est passé?
Je ne sais pas comment, mais une partie de moi semble comprendre quelque chose dans sa question qui fait retomber mon sourire. Je fronce les sourcils avec l'impression d'avoir l'estomac serré et il continue:
-Pourquoi t'es devenue comme ça avec les années? Fermée?
J'enlève doucement ma main et réfugie mon regard sur sa poitrine. Il y répond par:
-Tu veux pas me le dire...
J'essaie de parler, mais je n'y arrive pas. Mon regard est bloqué tandis que mon esprit est en pleine tempête. Il s'approche et me serre contre son corps chaud et fort. Il me tient un moment avant de déposer un bisou sur ma tête et me dire doucement:
-C'est pas grave.
Au bout d'un moment, je réussis à contrôler mes émotions et une partie de moi me donne l'autorisation de le faire. On peut lui faire confiance. Je lève la tête et on reste là à se regarder un moment. Je me repose dans son regard sombre m'enveloppant le temps de me solidifier un peu. Je finis par presque murmurer:
-J'avais 11 ans. Peut-être que tu te souviens pas, mais ça a commencé vers là. Mon voisin...je pense pas que tu te souviennes de lui. Kyle. Il avait 13 ans, ça faisait deux ans qu'il avait emménagé. Il était cool. Je le pensais. Donc je jouais avec lui dans le quartier des fois, parfois ça énervait Jamari.
Je ris doucement, puis dis plus sombrement:
-Peut-être qu'il l'avait senti...
Je soupire et renchéris:
-On jouait souvent aux jeux vidéos et un jour comme souvent on nous a laissés seuls pour jouer dans sa chambre.
J'inspire pour me durcir face à un souvenir que j'ai quand même l'impression d'avoir rendu moins coupant. Ça ne veut pas dire que ça ne fait plus mal, mais je peux y arriver. Je continue calmement:
-Il a fermé la porte et il m'a dit qu'il voulait jouait à "des jeux de grands". Il n'a pas été gentil après ça. J'ai réussi à m'échapper, mais...il y avait assez de mal fait pour que je m'écroule mentalement quand je m'en suis souvenue. Parce qu'après ce qu'il s'est passé j'ai tout oublié. Je pouvais absolument rien faire par rapport à ça parce que j'avais oublié. Tout ce qu'il me restait c'est ma personnalité qui changeait...et c'était l'enfer. Je continuais même à jouer avec ce connard, mais il n'a pas recommencé.
Tandis que Sebastien dépose un baiser sur mon front puis caresse mon dos, j'expire pour détendre mon corps et combattre mes larmes. Je continue:
-C'était comme si rien n'était arrivé. Jusqu'à ce que j'en ai marre de me forcer à parler et m'amuser avec lui, parce que comme avec tout le monde je me sentais mal à l'aise. J'ai arrêté de rester avec lui. Quand j'ai eu 15 ans, tout est revenu comme une vague qui m'a heurté en un instant. Je ne me souviens plus comment, mais je sais que c'est revenu. C'était pas super, vraiment pas. C'est allé très mal. Quand je l'ai dit à ma mère et qu'elle l'a dit à mon père, il était dans un état pas possible. Kyle et sa famille avaient déménagé à ce moment-là, mais ils les ont retrouvés. Heureusement, ils ont juste porté plainte contre lui.
Je ricane et ajoute:
-Ça n'a mené à rien, innocent jusqu'à preuve du contraire et j'avais pas assez de preuves. Ce truc assure qu'il n'y ait pas d'abus dans la justice, mais parfois...mon père était encore plus furieux. Et encore plus obsédé par le fait que je ne m'approche pas des garçons. Il disait qu'ils me feraient juste plus de mal, même Jamari. C'est là que je lui ai dit que de toute façon il ne me parlait plus, parce qu'il en a eu marre de mon aura sombre. Mon père était quand même choqué. Du coup toutes mes expériences avec des gars que ce soit flirter ou même mon premier baiser qui était avec un quasi-inconnu je les ai cachées.
Je soupire et demande:
-Je te soule pas, hein?
-Non, pas du tout.
Il m'embrasse doucement et j'ai des frissons avant de sourire. Les coins de mes lèvres retombent et je lui dis:
-Tu sais, la psy que j'ai vue pendant un moment me servait un peu de Maman quand même. J'avais fini par lui parler de mes interactions chaotiques avec les gars, mais que après les faits. J'ai éventuellement réussi à éviter de faire n'importe quoi avec le peu que j'ai vu. Juste parce que j'avais pratiquement pas d'amour propre. Et...en fait, elle a dit que je me suis peut-être souvenue de tout parce qu'Aya venait de fêter ses 11 ans. L'âge que j'avais quand c'est arrivé. Ça devait être un truc de protection bizarre. Je pense vraiment qu'en fait mon père était aussi content que Sumai soit un garçon à cause de tout ça.
J'expire longuement. C'était douloureux, mais je me sens plus légère parce que je lui ai donné un morceau de mon puzzle. Il n'y a vraiment personne qui le savait à part la psy, les professionnels qu'on a vus que ce soit au niveau légal ou médico-psy et ma famille. Mais lui, je l'aime et je lui fais assez confiance. J'espère que ça aidera, j'aime le croire. Il me serre et me murmure:
-Je suis désolé.
Pour ne pas pleurer au milieu de son odeur réconfortante, je rétorque:
-C'est moi où t'aimes toujours cette phrase jusqu'à maintenant?
Il rit doucement puis ses lèvres me réconfortent à nouveau. Il me dit:
-Des fois, on a besoin de l'entendre. Et j'espère que ce connard brûlera en enfer.
Je ne peux me retenir de sourire malgré son ton sombre. Je lui réponds:
-C'était violent.
-Comme ça doit l'être.
Je souris et il attaque mon cou avec des bisous me faisant rire.
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Wabi-Sabi
RomanceAmina a toujours détesté les maths, mais en 17 ans, elle a appris à les maîtriser, habituellement sans problème. Mais c'était sans compter sur son étourderie, qui lui a fait oublier de noter un contrôle. Pour s'éviter les foudres de son père, elle s...
