39- Nina

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Nina


— Oui ! Oui ! s'écrie joyeusement ma mère. Et comment ça se passe là-bas ? Tu manges bien ?

Je ferme délicatement la porte pour éviter de faire du bruit. Il était plus de vingt-trois heures, et d'habitude, si elle me croisait à cette heure-là, elle m'aurait explosé pour être rentrée aussi tard et ne pas avoir répondu à ses appels.

Mais aujourd'hui, elle n'avait pas l'air énervée, vu la voix qu'elle prenait au téléphone. Je pose mes clés sur le meuble de l'entrée et m'approche de la porte de la cuisine, entrouverte. Je penche la tête pour observer.

— Oh, c'est super, ça ! D'accord ! Et sa famille était gentille avec toi ? Ils t'aiment bien n'est-ce pas ? Tu es un bon garçon, c'est sûr qu'ils t'ont aimé !

Je la voyais faire des allers-retours nerveusement, enroulant distraitement une mèche de cheveux autour de son doigt. Je me demandais qui la mettait dans cet état. Je ne pense pas que ce soit Richard.

Je recule, curieuse, et me dirige vers le salon où Tayron s'acharnait sur sa console, tirant frénétiquement sur des monstres dans son jeu vidéo. Il portait un débardeur et un caleçon Spiderman, alors que la maison n'était même pas chauffée, à cause des économies que maman voulait faire sur le chauffage.

Rien que de le voir comme ça, ça me donnait froid. Lui, en revanche, ne semblait pas s'en soucier tellement il était concentré. Je m'approche quand même, attrape le plaid sur le dossier du canapé et le lui balance dessus.

— Argh, mais dégage, tu vas me faire perdre ! s'écrie-t-il.

— Couvre-toi si tu veux pas choper la crève, je siffle, choquée par son insolence.

— T'es pas ma mère, il râle.

Je soupire et croise les bras pour essayer de calmer mon envie de lui en coller une. Il est toujours comme ça de toute façon. L'insolence incarnée.

— Elle parle à qui maman ? je demande.

— Tais-toi, tu me déconcentres.

— Parles ou je balance à maman que t'as utilisé sa carte pour acheter tes packs de merde, ou je sais pas quoi là.

Il me regarde, choqué que je sache ça, puis son visage s'adoucit d'un coup dans un sourire forcé.

Mes bras tombent de chaque côté de mon corps.

— Liam l'a appelée ? je demande.

— Ouais..., il répond en retournant à son jeu. Grâce à lui, on va peut-être commander du poulet frit ! s'exclame-t-il.

Donc Liam l'a appelée ? Elle ? Pourquoi ? Il ne l'appelle jamais. C'est toujours elle qui essaye de le joindre, et encore, il répond rarement.

— Tu penses que je peux lui demander de m'acheter d'autres packs ?

— Tais-toi.

Je soupire et sors du salon, hésitante entre écouter la conversation de ma mère ou celle de mon frère. Ou bien m'enfermer dans ma chambre.

Instinctivement, mon corps choisit la première option, et me voilà, l'oreille presque collée à la porte de la cuisine. J'étais trop curieuse. De quoi pouvaient-ils bien parler ? Dans quel monde Liam appellerait maman ?

Il ne m'appelle même pas moi, alors pourquoi elle ?

— Oh..oui d'accord..et tu viendras pour Noël ? Ça fait longtemps quand même ?

SPRING BLOSSOMOù les histoires vivent. Découvrez maintenant