56 - Nina

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Nina


— Pourquoi t'es aussi en retard ?! On va bientôt passer à table !

À peine rentrée dans l'appartement, ma mère s'énerve contre moi, les mains occupées par une assiette de ribs de porc encore chaude, en passant le rideau de guirlandes pour rejoindre le salon servant aussi de salle à manger.

Je dépose mes clés sur la commode de l'entrée et enlève paresseusement mes chaussures. J'étais complètement lessivée, moi et les autres filles sommes restées jusqu'à tard pour finir tous les costumes et faire en sorte que tout soit parfait.

Nous avions réussi. En quelques semaines, nous avons fini et amélioré tous les costumes des comédiens, et tout semblait parfait. Les robes étaient magnifiques et originales, et j'avais hâte que les autres voient mon travail. Ce qui était surprenant, car en général je déteste avoir l'attention sur moi.

La représentation est demain soir, et je n'ai aucune envie de me planter.

Ajoute à ça, me concentrer sur la confection des vêtements m'a permis d'un peu oublier la situation avec West.

Malgré le fait que je n'arrivais jamais à vraiment l'oublier, j'essayais.

— Arrête de rester sans rien faire ! Va te laver les mains et viens manger ! s'exclame ma mère en réapparaissant du salon.

Je soupire, sa mauvaise humeur m'assaillant dès que je venais de rentrer.

— J'ai pas faim, je réponds en prenant la direction de la salle de bain.

— Comment ça t'as pas faim ? répond ma mère en revenant avec un autre plat dans ses mains. T'as enfin décidé de te mettre au régime ?

Je l'ignore complètement, essayant de ne pas accumuler encore plus d'énergie négative que j'en ai déjà. Je suis déjà habituée à ses multiples commentaires sur mon physique, j'arrive maintenant à contenir ma colère à chaque fois qu'elle en fait.

J'avance jusqu'à la salle de bain et, au moment où je veux l'ouvrir, la porte s'ouvre d'elle-même. Derrière se trouvait Liam, qui se tenait dans l'embrasure de la porte en train de me fixer. Il était torse nu, une serviette étendue sur sa nuque, avec seulement un short de foot d'une équipe anglaise.

Je voulais lui demander s'il voulait ma photo, mais je me force à me retenir et à simplement le regarder en retour, sans rien laisser transparaître sur mon visage.

— T'es rentrée, commence-t-il en me regardant de haut en bas, maman se faisait du souci.

Je lâche un pouffement moqueur avant de croiser les bras face à lui. Rien qu'entendre sa voix m'énervait, tout de lui m'énervait.

— Bien sûr, je réponds sarcastiquement. Tu peux bouger ? J'ai besoin d'aller dans la salle de bain.

Il se penche, l'épaule contre l'embrasure de la porte, puis imite ma position en penchant la tête et en croisant les bras. Il bloquait carrément l'entrée et ne semblait pas déboussolé par la manière dont je lui répondais.

— Plus tu grandis, plus ta colère augmente. C'est elle le fruit de ta colère, alors ne la fais pas subir aux autres.

Un frisson me parcourt et je me raidis en un mouvement.

— Tu ne sais pas de quoi tu parles, je réponds en forçant ma voix à ne pas trembler.

La relation que j'avais avec ma mère était un point sensible. Je n'aimais pas en parler, et je ne voulais pas. Puis le fait que ce soit Liam qui le mentionne est encore plus horrible, car il a toujours été un fantôme dans ma vie. Toujours au-dessus de tout, et éloigné de cette famille.

SPRING BLOSSOMOù les histoires vivent. Découvrez maintenant