52 - Winter

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Winter

Des années plutôt...

— Il faut que vous compreniez, madame Beya, c'est que nous sommes—

— Lane.

— Pardon ?

— Le divorce a enfin été établi, c'est madame Lane maintenant.

— Oh... toutes mes excuses... madame Lane.

La directrice toussote, gênée, avant de reprendre :

— Je disais... je disais que nous étions ici pour parler de vos filles, et de leurs actes.

Affalée sur la chaise, le regard tourné vers la fenêtre, je m'efforçais de ne pas me déconnecter de moi-même et d'obliger mon esprit à rester en place.

Nina était dans la trajectoire de mon regard, le visage penché vers ses pieds, ses cheveux bouclés le cachant. Elle balançait mollement ses jambes couvertes de longues bottes hautes et de collants noirs. Elle n'avait pas enlevé son manteau, ni même sa mitaine recouvrant son bras enveloppé d'un plâtre tout blanc qu'elle avait déjà depuis plusieurs jours.

En face de moi, maman était là, sa forte odeur fruitée enivrant toute la pièce et me donnant légèrement la nausée. Elle était énervée, encore, comme d'habitude. Mais cette fois-ci elle était face à la directrice de notre école, qui portait toujours des tailleurs trop petits pour elle et un chignon plaqué serré.

Je n'avais aucune envie d'être là.

— Est-ce que c'est vraiment si grave, sincèrement ? J'ai un bébé à m'occuper, un divorce à gérer, et un travail que je dois rejoindre dans moins d'une heure, râle-t-elle.

La directrice déglutit, troublée, et se tortille sur sa chaise.

— Eh bien... je pense que oui. C'est un sujet dont nous devions parler, en effet madame, c'est plutôt grave...

— Dépêchez-vous s'il vous plaît, je n'ai pas le temps.

— Euh... bien... aujourd'hui, votre fille Winter a planté sa paire de ciseaux dans la main de sa camarade de classe.

Je renifle et me redresse en tirant sur mon gilet pour bien le remettre sur mes épaules. La tension était à son comble, et nous pouvions même entendre une mouche voler dans le silence de maman.

Elle ne m'avait pas regardée, ni réagi. Je me demandais si elle allait encore péter un câble.

— Ce sont des enfants, les accidents arrivent, répond-elle tout simplement.

Je croise le regard de la directrice.

— Il y avait des témoins, reprend-elle avant de revenir vers ma mère. Apparemment, elle a dit à sa camarade, je cite : « Crève comme ton père », avant de lui planter les ciseaux.

Est-ce que c'était nécessaire qu'elle précise ce passage ?

— C'est une fille intelligente, elle ne l'aurait pas fait sans raison.

Maman se tourne vers moi, le regard rempli d'avertissement, de déception, de honte et de colère.

— Pas vrai, Win ? Il y avait une raison n'est-ce pas ?

Évidemment qu'il y en avait une.

— Elle m'a traitée de salope, je réponds. Je me suis défendue.

Ah, elle avait aussi utilisé des photos de femmes nues en collant mon visage dessus, qu'elle avait découpé de la photo de classe, avant de les faire passer à des garçons en prétendant que c'étaient les miennes.

SPRING BLOSSOMOù les histoires vivent. Découvrez maintenant