Quand Elisabeth, jeune vétérinaire new-yorkaise fraîchement diplômée, découvre l'infidélité de l'homme qu'elle croyait aimer, tout s'écroule. Trois mois plus tard, elle accepte un poste à l'autre bout du monde, dans un ranch isolé du Queensland, pou...
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La nuit est calme, seulement troublée par le vrombissement régulier du moteur et le crissement des pneus sur le gravier. Je garde les yeux rivés sur la route, pendant qu'elle dort à côté de moi. Sa tête repose contre la vitre, sa respiration est lente, régulière, et ses lèvres entrouvertes laissent échapper un souffle paisible. Même endormie, elle est belle à en crever. Je déglutis, mes doigts serrant un peu plus le volant.
Elle retourne à New York, à sa vie brillante et bien rangée, loin du ranch, et de moi.
Je détourne le regard d'elle une fraction de seconde avant de me concentrer de nouveau sur la route. Elle mérite mieux qu'un type comme moi, brisé, incapable d'exprimer ce qu'il ressent autrement qu'avec des silences lourds.
Une mèche de cheveux lui tombe sur le front, et je lutte contre l'envie de la remettre en place du bout des doigts. Elle remue légèrement dans son sommeil, son corps glissant un peu plus contre la portière. Je tends instinctivement le bras devant elle, un geste protecteur, comme si le mouvement pouvait la réveiller ou la blesser. Mais elle ne bouge plus. Elle est loin, dans un sommeil lourd, sans doute bercée par l'alcool et la fatigue de la soirée.
La Réserve est derrière nous, et la maison apparaît enfin à l'horizon. Seules quelques lanternes illuminent faiblement les abords des écuries. Je coupe le moteur devant la maison et reste immobile une seconde, les mains toujours agrippées au volant. Je ne veux pas bouger. Je ne veux pas la réveiller. Parce que dès qu'elle ouvrira les yeux, elle repartira dans ce monde où nous continuons à jouer à un jeu dangereux, un jeu où je me force à rester loin d'elle pour ne pas m'effondrer quand elle partira.
Je sors du véhicule et contourne la voiture pour ouvrir la portière côté passager. La nuit est fraîche, et je remarque qu'elle frissonne légèrement dans son sommeil. Elle ne peut pas rester là.
— Allez, Collins... murmuré-je doucement.
Je passe un bras sous ses jambes et l'autre derrière son dos, la soulevant délicatement. Elle laisse échapper un léger soupir, sa tête venant naturellement se poser contre mon épaule.
Je monte les quelques marches menant à sa chambre, m'avance jusqu'à son lit et la dépose doucement sur le matelas. Elle remue à peine, un léger froncement de sourcils apparaissant sur son visage avant de s'effacer presque aussitôt.
Je reste un instant penché au-dessus d'elle, mes mains toujours de chaque côté de son corps, incapable de reculer. Je pourrais l'embrasser. Là, maintenant. Mais je ne le fais pas. Ce serait injuste. Ce serait lâche. Je me redresse, tire doucement la couverture sur elle, mais au moment où je me dirige vers la porte, sa voix m'arrête.
— Curtis...
C'est un murmure, presque un soupir. Je me fige, mais quand je me retourne, elle est toujours profondément endormie. Je ressens une douleur sourde quelque part dans ma poitrine, une pression invisible qui me donne envie de hurler. Mais je ne fais rien. Je me contente de quitter la pièce et de refermer la porte derrière moi, aussi doucement que possible.