Chapitre 49

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    Je referme la porte derrière nous d'un geste hésitant, et le bruit du verrou qui claque résonne comme un écho dans ma poitrine

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Je referme la porte derrière nous d'un geste hésitant, et le bruit du verrou qui claque résonne comme un écho dans ma poitrine. L'air de mon appartement est trop dense, trop chargé de non-dits.

Mon canapé, contre le mur en briques apparentes, la petite lampe sur la table basse, seule source de lumière qui diffuse une lueur tamisée et vacillante. Les grandes baies vitrées dévoilent les lumières vibrantes de New York qui scintillent derrière nous, indifférentes à ce qui est en train de se jouer dans cet espace clos. Si j'avais imaginé, ne serait-ce qu'une seconde, que Curtis Mackay viendrait à New York, je crois que j'aurais ri. Pas par moquerie, mais parce que l'idée même me semblait impossible. Curtis appartient aux plaines infinies, aux levers de soleil sur l'horizon australien. Il est tout ce que cette ville n'est pas. Il est la liberté brute, là où cette ville est une prison de verre et de métal. Et pourtant, il est là. Comme une anomalie dans mon décor, comme un rappel que peu importe la distance, il n'y a jamais eu d'échappatoire.

Un nœud se forme dans mon ventre, me clouant sur place. J'ai l'impression que l'air se raréfie, que chaque respiration est un effort. Je ressens son regard peser sur moi comme une brûlure, mais je ne peux pas encore me tourner vers lui.

Mon cœur bat trop vite, et pourtant, j'ai l'impression que le temps s'étire à l'infini. Je n'ose pas bouger. Pas parler. Pas respirer trop fort, de peur que tout s'effondre.

Je ne me tourne pas vers lui tout de suite. Je défais maladroitement les boutons de mon manteau. Mes doigts tremblent tant qu'ils peinent à agripper le tissu. Il glisse sur mes épaules, mais je le retiens un instant, comme si m'en délester risquait de me faire chuter. Je finis par le poser sur le canapé, mais mes mains restent crispées sur le tissu, mes jointures blanchies sous la tension. 

Curtis, lui, n'a pas bougé. Il est toujours dans l'entrée, le regard rivé sur moi. Son silence est écrasant, un poids invisible qui alourdit l'air.

Et c'est insoutenable. 

Mon souffle est court. Ma gorge nouée. Quand je parviens enfin à parler, ce n'est qu'un murmure brisé : 

— Pourquoi maintenant ? 

Deux mots. Juste deux mots. Et pourtant, ils contiennent tout. C'est tout ce que je suis capable de dire alors que mon corps entier tremble sous le poids de son regard.  Il inspire profondément. Ses épaules se soulèvent légèrement avant qu'il ne ferme brièvement les yeux, comme s'il cherchait ses mots.

Puis, il avance d'un pas. Juste un. 

— Parce que j'ai cru que la pire douleur de ma vie, c'était de perdre mon père. 

Sa voix est rauque, empreinte d'une douleur encore vive. Il marque une pause, passe une main sur sa nuque, et je vois sa mâchoire se contracter sous l'émotion.

— Mais je me trompais. 

Sa voix est plus basse cette fois, comme un aveu qu'il n'a jamais prononcé à voix haute.

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