Long Live

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Rose saisit son micro, lança un sourire brillant à sa petite amie à la guitare, qui jouait les premières notes. Dernière chanson du dernier concert de leur première tournée internationale, au cœur de New-York. Ils avaient vingt-et-un an, un cœur scintillant de bonheur, et l'espoir du futur.

I said « Remember this moment », in the back of my mind...

Dans le cœur de la chanteuse brillaient les souvenirs, toutes les sessions d'enregistrement, toutes les difficultés d'écriture, l'impatience et l'angoisse, la sortie de l'album, après des EPs acclamés, le succès immédiat, la tournée, chaque date, chaque soirée, la promesse de ne jamais oublier. De toujours se souvenir de la chaleur dans leurs cœurs quand ils posaient, ensemble, le pied sur la scène pour le début du concert.

Would never be the same... You held your head like a hero, on a history book page...

Et plus loin aussi, les débuts, les arnaques de Bob Roth, les heures à s'inventer une identité, à se démarquer, écrire sur les escaliers du collège, tourner l'angoisse du Papillon en or mélodique, changer l'incertitude du lycée en confiance musicale, cristalliser l'amour et l'amitié, la première fois qu'Ivan avait chargé leur musique sur Spotify. L'histoire qui s'écrivait.

How the kingdom lights shined just for me and you, I was screaming « Long live all the magic we made », and bring on all the pretenders...

La lumière des premiers festivals importants, les cris des fans, le stress des scènes de plus en plus grandes, le soutien indéfectible de leurs amis, de tous ces gens, partout, qui écoutaient leur musique, les exclamations de joie, les discours de remerciements, les liens d'amitié qui se tissaient, les participations irrégulières et marquantes d'Adrien, les costumes iconiques de Marinette, les vieilles moqueries de Chloé qui finissaient par mourir alors qu'elle-même commençait à écouter le groupe.

La vie était un scintillement, une lueur permanente. Et les Kitty Sections, devenus Roaring Tigers en cours de route, se sentaient inondés de cet éclat qui les baignaient, eux seuls sur leur scène.

You traded your baseball cap for a crown, when they gave us our trophies, and we held them up for our town...

L'année dernière, quand ils avaient reçu leur premier trophée, leur Victoire « Révélation groupe de l'année », les larmes de joie en le soulevant sur la scène, les remerciements en torrents qui jaillissaient de leurs bouches, les commentaires acerbes des critiques toujours impossibles à convaincre auxquels les Tigers répondaient à présent par des rires. Les attaques envers Rose et Juleka avaient perdu tout le pouvoir qu'elles avaient tenu dans leur adolescence, ce soir-là, ce baiser-là avait tout effacé pour toujours. Elles étaient fortes, et heureuses.

Long live the walls we crashed through, how the kingdom lights shined just for me and you...

Les records déchirés, les souvenirs incandescents, les impossibilités, toutes les timidités envolées, sans même avoir eu besoin d'aide, pas tant que ça, des cadeaux, des encouragements, mais ils savaient qu'ils s'étaient faits eux-mêmes, ils avaient gagné leur public, personne ne le leur avait offert.

Les murs si solides de leur enfance, qu'ils avaient détruits si facilement, c'était les confettis qui pleuvaient autour d'eux en tempête de joie.

Et, en regardant les personnes amassées dans la salle, debout, tourbillonnant, chantant avec elle, la jeune femme sût que rien ne pouvait être meilleur.

Elle reprit alors la suite de la chanson, assurément et presque tendrement, aidée par la force de la flamme en elle, du bonheur des souvenirs et de l'espoir de l'amitié.

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