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Liam

Le bureau est bruyant. Les claviers tapent, les téléphones sonnent, les conversations vont et viennent, mais moi... j'entends rien. Je suis là, devant mon écran, à faire semblant de bosser, les yeux posés sur un document que je relis pour la cinquième fois sans en capter une seule ligne. Ça fait plus d'une semaine que j'ai disparu. Et elle aussi. Pas un message. Rien. Comme si on s'était rayés mutuellement sans avoir eu le cran de se le dire.

Je sais que c'est moi qui ai pris la fuite. C'est mon genre, ça. Reculer quand ça devient sérieux. Disparaître pour ne pas faire face. Mais j'aurais cru, je sais pas... qu'elle m'écrirait. Qu'elle me dirait un truc. Même un reproche. Mais non. Silence radio. Et ce silence me ronge plus que je veux l'admettre.

Chris m'a lancé l'info dans la matinée, comme ça, sans me regarder vraiment. Il a dit qu'elle était en arrêt. Fatigue passagère, selon lui. Mais rien dans sa voix sonnait léger. C'était le genre de "fatigue" qu'on sert quand on veut pas expliquer. Quand on sait que c'est plus profond, mais qu'on n'a ni le droit ni l'énergie de le dire. Il m'a regardé une seconde de trop. Et j'ai compris. Il savait. Il savait pourquoi elle n'était pas là. Et il savait que ça me concernait. J'ai pas répondu. J'ai juste attrapé mes clés. Et je me suis tiré.

J'ai roulé dans la ville sans vraiment avoir de destination. Je pensais à elle. À ce qu'on avait failli être. À tout ce que j'ai laissé filer parce que je suis trop fier, trop flippé, trop con. J'ai conduit comme un automate, le regard fixe, les mains crispées sur le volant, et ce truc dans la poitrine qui serrait de plus en plus.

Et puis, sans m'en rendre compte, je me suis retrouvé devant une boutique de fleurs. Elle était encore ouverte, malgré l'heure. J'ai coupé le moteur, mais je suis resté là, à fixer les bouquets à travers la vitre. Je sais même pas pourquoi j'ai pensé à lui en acheter. C'est pas mon style, ce genre de geste. Ça m'a toujours paru bidon. Mais là... j'avais besoin de faire quelque chose. De lui montrer que j'étais venu, que je m'en foutais pas. Alors j'ai fini par entrer.

J'ai pris un bouquet sans trop réfléchir. Des roses, des pivoines, quelques feuilles vertes. Rien de très sophistiqué, mais c'était beau et vrai. Un peu comme elle. Et maintenant, je suis devant sa porte.

Avec ce bouquet dans la main, les doigts moites, le cœur un peu trop rapide. J'ai pas de discours prêt. Aucune idée de ce que je vais lui dire. Je veux juste qu'elle m'ouvre. Je veux voir son visage. Je veux qu'elle sache que je suis là. Je sonne.

La porte s'ouvre après quelques secondes. Une fille que je reconnais vaguement apparaît. Sa coloc sans doute. Elle me dévisage avec une expression à mi-chemin entre la surprise et la méfiance. Je sens qu'elle me scanne de haut en bas, qu'elle cherche à comprendre ce que je fous là, un bouquet à la main, l'air paumé.

Elle me salue, sans chaleur mais sans agressivité. Un simple "bonsoir" poli, avec ce petit sourire curieux qui dit : je sais pas ce que tu veux, mais j'ai bien une petite idée. Moi, je reste là, un peu con, avec mes fleurs, à espérer qu'elle va me laisser entrer.

— Vous êtes... le copain de Dulce ? demande-t-elle, le ton innocent, mais les yeux malins.

Je la fixe, un bref instant, et ma voix claque, un peu plus sèche que je ne l'aurais voulu :

— Si c'était le cas, vous ne poseriez pas la question.

Elle rit doucement, lève les mains, faussement désolée.

— OK. C'est noté. Désolée, j'voulais pas être intrusive.

Puis elle se décale pour me laisser entrer.

Beyond Appearance [Terminé]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant