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Liam

— Bon, on conclut avec l'échéancier Q4, et on enchaînera avec les mises à jour juridiques lundi.

La voix du directeur des opérations bourdonne à ma droite. J'ai les yeux sur l'écran, les slides passent, et pourtant rien ne reste. Rien. J'ai le stylo en main, je note deux-trois trucs par réflexe, mais en vrai mon esprit s'est déjà barré.

Ça fait un mois que je suis revenu à Londres. Un mois à courir derrière le rythme, à replonger dans mes chiffres, mes équipes, les réunions qui s'éternisent. Un mois à rejouer la partition de l'homme sûr de lui, du type qu'on appelle quand il faut trancher. Mais la vérité ? La seule chose qui me traverse, du matin au soir, c'est Dulce.

C'est dingue. Je pense à elle tous les jours. Parfois sans prévenir. Une odeur de parfum dans le métro, et boum, son image. Une chanson qui traîne dans un bar, et j'entends sa voix. Même une silhouette dans la rue et mon cerveau m'envoie son rire. Elle est partout. Elle squatte mes pensées, sans autorisation. Et putain... ça me dérange. Beaucoup trop.

Le jour où j'ai quitté Santa Monica, il s'est rien passé. Rien, dans le sens "physique". Et c'est pas parce qu'on voulait pas. C'est pas parce qu'on a été interrompus. Non. Elle a dit qu'elle voulait pas se précipiter. Et j'ai respecté. Moi. Liam. Celui qui, y'a pas si longtemps, refusait qu'on lui dise non. J'ai rien exigé. Je l'ai juste laissée comme elle voulait. Et tu veux que je te dise ? J'ai aimé ça. Juste la voir bien, sourire, respirer tranquille. Ça m'a suffit. Et maintenant ça me hante.

Je suis pas ce mec-là normalement. Pas sentimental, pas stable, certainement pas romantique. Les femmes, pour moi, c'était une distraction. Un passe-temps. Comme ces plats qu'on bouffe sans réfléchir, puis qu'on balance à la poubelle une fois qu'on en peut plus. Manger. Jeter. Oublier. J'ai toujours été lucide là-dessus. J'ai jamais maltraité personne, je les respectais, mais une fois que j'avais eu ce que je voulais... je passais à la suite. Toujours.

Mais là, non. Là c'est autre chose. Je crois que ce que je ressens pour elle, ça dépasse le désir. C'est un manque. Un vrai. Sa voix. Son rire. Son regard quand elle me cherche, quand elle me provoque. Même ses silences me manquent. Cette façon qu'elle a d'être là sans être là. De se faire désirer comme si c'était naturel. Et le pire, c'est qu'elle me laisse le choix : je pourrais l'ignorer comme elle m'ignore parfois. Mais non. Ce foutu vide qu'elle laisse, il colle à ma peau. Et j'ai pas le contrôle. Je peux pas ne pas lui parler.

On m'appelle pour valider la roadmap. Je claque un "oui" machinal, je hoche la tête. Puis je file. on bureau. Enfin. Je m'écroule sur le canapé, comme si je venais de courir un marathon. Ma chemise me serre, j'arrache deux boutons juste pour respirer. La journée m'a lessivé. Trop de monde, trop de mots, trop d'énergies parasites. Pas assez de silence.

Mon téléphone me fait de l'œil. Réflexe con. Mais je le prends. Et forcément... c'est elle.

Des messages. Dulce. Toujours elle.

La semaine dernière, elle m'a parlé de son idée. Se lancer dans l'agroalimentaire. Une gamme de plats préparés, pensés pour des gens comme elle : les jeunes actifs qui n'ont pas le temps, les mères épuisées, les types qui foncent et oublient de bouffer. Des barquettes éco-responsables, des plats qui ont du goût, une identité claire. Elle m'a parlé de textures, de QR code, de storytelling. Et moi j'ai souri comme un idiot en lisant. Parce qu'elle sait. Parce qu'elle touche juste. Et surtout parce que j'ai toujours su qu'elle avait ça en elle, même quand elle doutait encore.

Alors oui, on a décidé de tenter. Ensemble. Mais à mes conditions. Pas de bric-à-brac. Pas de demi-mesure. Je l'épaule, mais à une condition : qu'elle coupe définitivement avec son deal du cocktail au bar. Ce pourcentage, c'était du dépannage, un soutien temporaire. Elle en a profité, très bien. Mais maintenant on passe au sérieux.

Beyond Appearance [Terminé]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant