Epilogue

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Le temps est un architecte étrange. Il polit les pierres, creuse les rides, mais il bâtit aussi des empires.

Sur la terrasse de leur maison en Grèce, le soleil de fin d'après-midi étire les ombres des oliviers. Liam est assis dans son fauteuil en osier, une couverture légère sur les genoux malgré la chaleur résiduelle. Il observe.

Devant lui, le jardin résonne de cris et de rires.

Il y a Leo, quinze ans maintenant. Il est devenu un jeune homme, une tour de muscles et d'énergie, avec ce menton carré qu'il tient de son père et ce regard de défi qu'il a volé à sa mère. Il court, dribblant avec un ballon de basket, essayant d'impressionner sa sœur.

Dulcina, douze ans. Elle est assise sur le muret, feignant l'indifférence comme savent si bien le faire les préadolescentes, mais ses yeux brillent de fierté quand son frère réussit un panier. Elle a la grâce féline de Dulce, ses cheveux noirs et épais, mais elle a hérité du calme olympien qui caractérisait Liam autrefois.

Et puis, il y a le dernier. Le petit miracle. Alexandros. Cinq ans.

Il faut dire qu'ils ont été créatifs sur les prénoms. Donner à leur dernier-né le véritable prénom de son père, celui de l'homme d'avant la fuite, d'avant les mensonges... C'était une façon de boucler la boucle. De dire que plus rien n'était caché. Le petit Alexandros est une tornade, le plus têtu des trois, le plus bruyant aussi. Il se jette dans les jambes de Leo, qui s'écroule en faisant semblant d'être vaincu, provoquant un éclat de rire général.

Liam sourit. Un sourire doux, nostalgique, qui ne monte pas tout à fait jusqu'à ses yeux.

Il les regarde grandir avec un mélange toxique de gratitude infinie et de terreur absolue. Il se sent vieux, soudain. Pas à cause des années qui passent, mais à cause du poids qu'il porte seul, en silence, juste derrière son front.

Personne ne sait. Pas même elle. Surtout pas elle. Son monde s'était écroulé en une seconde. Il avait pensé à Dulce, à Leo encore enfant, à Dulcina qui jouait à la poupée. Il avait visualisé l'instant où tout s'éteindrait, sans préavis.

Il était rentré ce soir-là, prêt à tout avouer, le dossier médical brûlant ses mains. Il voulait s'effondrer dans les bras de sa femme, partager cette peur qui le dévorait. Mais en passant le seuil, il l'avait vue. Elle riait aux éclats avec les enfants, rayonnante, ignorant qu'un spectre venait de s'inviter sous leur toit.

Il n'a rien dit. Il a rangé le dossier au fond de son coffre-fort. Il savait, avec une certitude viscérale, que Dulce ne vivrait plus. Elle survivrait, dans l'angoisse permanente du moindre coup de fil, à guetter chacun de ses maux de tête. Il a refusé de lui infliger cette torture.

Alors Alexandros a fait ce qu'il a toujours fait de mieux : il a géré le risque. Il prend ses bêta-bloquants chaque matin en prétextant des vitamines. Il masque ses rendez-vous de contrôle semestriels derrière des "réunions d'affaires" urgentes. Il a négocié avec le destin.

Laisse-moi du temps. Ne craque pas aujourd'hui. Pas maintenant.

C'était il y a six ans.

Contre les probabilités, il est encore là. Il vit avec cette épée de Damoclès invisible qui oscille au-dessus de sa tête. Il a parfois des vertiges, des céphalées violentes qui lui broient les tempes et qu'il dissimule derrière des sourires forcés et des prétextes de fatigue ou de stress au travail.

Il les regarde jouer, sa vie, avec cette intensité poignante de celui qui sait que tout est emprunté. Chaque anniversaire fêté est un braquage réussi contre la mort.

Mais pour l'instant, il est là.

Une main se pose sur son épaule. Douce. Familière.

Dulce.

Beyond Appearance [Terminé]Des histoires addictives. Découvrez maintenant