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Finalement, il a cuisiné un poulet rôti au citron et aux herbes, accompagné de légumes grillés et d'un riz légèrement parfumé. Rien de compliqué en apparence, mais les saveurs se mêlent avec une précision qui me surprend. J'aurais parié qu'il se contenterait d'ouvrir une boîte ou de commander. Non. Il a cuisiné. Pour moi.

La table est dressée simplement, deux assiettes, deux verres de vin, et cette musique de fond qui n'a pas cessé depuis qu'il l'a allumée. J'observe ses gestes précis, son calme presque agaçant. Moi je n'arrive pas à m'empêcher de cogiter, lui il semble flotter dans une bulle où tout est sous contrôle.

On discute. Beaucoup. Enfin... surtout lui. Il me raconte sa journée, sa réunion interminable, les chiffres alignés, les décisions qu'il a dû prendre, les noms qui ont circulé autour de la table. Il parle aussi de l'événement qu'il prépare pour la semaine prochaine. Un dîner privé avec plusieurs investisseurs étrangers, un mélange de business et de mise en scène. Je l'écoute, fascinée malgré moi. Sa voix grave déroule chaque détail comme si tout s'imbriquait parfaitement dans sa tête.

Puis il se tourne vers moi. Ses yeux plongent dans les miens.
Il me demande mon avancée. Mes idées. Le produit.

Je commence à parler, maladroite. J'essaie d'expliquer mes recettes, mes associations de saveurs, mes envies pour les packagings. Mais ma voix tremble un peu. Les mots sortent souvent au conditionnel. "Peut-être que je pourrais... si jamais ça marche... mais je ne suis pas sûre que..."

Je le vois, il m'écoute, attentif, sans m'interrompre. Mais au fond, je sens bien que ça l'agace. Pas le projet. Moi. Mon manque d'assurance. Alors il finit par dire, d'un ton posé :
Demain, on en parlera. J'ai une idée.

Je fronce les sourcils, pique un morceau de poulet dans mon assiette.
J'espère juste que ce n'est pas pour me dire de tout recommencer.

Le silence tombe. Un silence lourd, sec.
Ses traits se durcissent d'un coup. Sa mâchoire se contracte, son regard devient plus sombre.

Demain on en reparlera. Sa voix est ferme, presque coupante.  

Je baisse les yeux, honteuse de mon ironie. Mais il continue, adoucissant à peine le ton :
J'ai déjà ressenti assez de négativité dans ce que tu viens de me dire. On en parlera aussi.

Il boit une gorgée de vin, repose son verre avec lenteur. Puis, plus calme :
Et demain, je ne travaille pas. On passera la journée ensemble. Considère ça comme ma façon de me faire pardonner.

Je relève timidement les yeux. Il ne sourit pas, pas encore. Mais son regard a perdu cette froideur qui m'avait piquée.

Je ne dis rien. Je coupe un morceau de poulet, je mâche doucement, le cœur battant trop vite pour un simple dîner. Une partie de moi voudrait s'excuser, une autre voudrait répondre avec autant de fermeté. Mais je me tais.

Je sais juste qu'il a raison. Demain, il faudra que je parle autrement.

On termine le repas sans un mot de trop. Le silence n'est pas lourd, mais il a une densité particulière. J'empile les assiettes, ramasse les verres, et me lève pour débarrasser.
Laisse, je vais le faire, dit Liam.
Je secoue la tête, ferme, sans même le regarder.
Non. C'est moi qui m'en occupe.

Je passe les assiettes à la machine, je range les restes au frigo. Geste après geste, presque mécanique, comme si la vaisselle pouvait effacer ce qui m'a piquée quelques minutes plus tôt. Quand je reviens, il est déjà dans le salon, un verre encore à la main.

Beyond Appearance [Terminé]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant