- 57 - Partie 2

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Dulce

Liam était censé partir dimanche, quand il m'a dit qu'il reportait son voyage pour rester deux jours de plus près de moi, j'ai vu sur son visage ce demi-sourire qu'il garde pour ce genre de situations, celui qui ne s'affiche pas grand mais qui éclaire les yeux comme une petite victoire sur le temps qui file, et j'ai senti, dans ma poitrine, une vague de chaleur presque coupable parce que oui, ça me rend heureuse, mais sous ce bonheur discret une pointe plus noire s'invite aussitôt, une angoisse qui me mord par à-coups : si Carter débarque, s'ils se croisent, si tout s'effondre d'un coup, qu'est-ce que je fais, qu'est-ce que je dis, comment je répare ce qui n'aurait jamais dû se toucher.

Hier, j'avais insisté pour qu'on passe la soirée dans son appartement, prétextant qu'une amie devait venir dans le mien.  J'avais senti qu'il n'était pas dupe, qu'il avait perçu cette fuite que j'essayais de camoufler derrière mes excuses maladroites. Et depuis, j'étais restée étrangement tendue, comme si chaque minute passée à ses côtés me rapprochait du moment où le mensonge finirait par se fissurer.

Ces derniers jours, j'ai ignoré Carter : appels, messages, notes vocales nerveuses à des heures où on ne devrait pas appeler, je n'ai rien ouvert, rien écouté, rien lu, j'avais pas envie qu'il me dérange, pas envie de sentir son ombre se glisser entre nous, pas envie non plus de cette vieille loyauté qui me tire toujours par la manche quand je fais mine d'avancer sans me retourner ; il n'aime pas que ce soit sérieux entre Liam et moi, je ne sais pas pourquoi exactement, ou peut-être que je sais trop bien, et je refuse de mettre des mots dessus.

Je me disais que le temps nous aiderait peut-être à panser les plaies, que deux jours de plus suffiraient à remettre un peu d'aplomb là où tout tremble encore, mais en vérité, plus je restais, plus la peur revenait, la peur qu'il découvre tout, qu'il lise sur mon visage ce que j'ai caché, qu'il trouve dans mes silences les fils tirés d'une histoire que je n'ai jamais su raconter sans trembler.

Je suis allée me doucher, espérant que l'eau, en ruisselant le long des épaules, emporte mes pensées trop lourdes, mais à chaque goutte, je pensais à lui, à sa manière de me parler comme si les mots avaient un poids exact, à la façon dont il m'écoute sans me juger et me laisse de l'espace quand je bafouille, à sa patience presque irréelle qui, parfois, me donne envie de pleurer parce que je n'ai pas appris ça, moi, j'ai appris la fuite, la survie, les mensonges qui protègent à court terme et détruisent tout le reste ; c'est un homme bien — trop bien — et je me déteste d'avoir tout gâché. 

Quand je suis sortie de la salle de bain, la vapeur encore suspendue autour de moi comme une buée tiède, j'avais pris ma décision : j'allais tout lui dire, coûte que coûte, même si ma voix tremble, même si mes mains se crispent, même si je le perds, parce que vivre en apnée n'est plus possible. Ma douche a durée plus longtemps que prévu, parce que j'ai plus passé du temps à réfléchir, qu'autre chose. Je me demandais si Liam serait prêt à me pardonner et à recommencer sur de bonnes bases avec moi. Alors que je sors de la chambre pour le rejoindre, les mots se perdent dans ma tête et le stress commence à monter, mais avant même d'avoir pu faire un pas dans les escaliers, je me suis figée. 

Devant moi, dans le salon, Carter et Liam se faisaient face. Mon cœur a cogné tellement fort dans ma poitrine que j'ai cru piqué une crise d'angoisse. 

Carter ? Commencé-je.

Je sens un frisson me traverser, mes doigts glissent un peu dans mes cheveux encore humides.

Tu... tu aurais dû appeler.

Il hausse les épaules, cette désinvolture insolente vissée au coin des lèvres.

Beyond Appearance [Terminé]Des histoires addictives. Découvrez maintenant