Dulce
Je serre ma veste contre moi, mes doigts s'agrippant au tissu froissé comme à une bouée de sauvetage au milieu d'une tempête. L'habitacle de la voiture est un cocon de luxe silencieux, mais pour moi, c'est une cage. Une cage qui sent lui. Ce mélange subtil et dévastateur de cèdre et d'ambre, cette odeur qui, pendant des années, a hanté mes draps, mes nuits, mes souvenirs. On dirait que même son parfum a changé, mûri. Il est moins brut, plus posé, plus complexe... tout comme l'homme assis à quelques centimètres de moi.
Je garde le regard rivé droit devant, fixant le pare-brise où les lumières de New York s'écrasent en taches floues. Je refuse de tourner la tête. Si je le regarde, si je plonge dans ce profil que j'ai tracé du bout des doigts des milliers de fois, je sais que je vais m'effondrer. Le silence qui nous enveloppe est presque matériel. Il est épais, lourd, vibrant de tout ce qu'on ne se dit pas, rythmé uniquement par le bruit régulier, presque agaçant de calme, de sa respiration.
Au bout d'un moment, la tension devient insoutenable. Je tourne la tête vers lui, lentement, comme malgré moi. Il ne dit rien. Il conduit. Son profil se découpe dans la pénombre, calme, impassible, concentré sur la route qui défile. Je détaille involontairement chaque centimètre de ce visage que je croyais avoir oublié. La ligne de sa mâchoire, plus carrée, ombrée par cette barbe naissante qui lui donne un air sauvage que je ne lui connaissais pas. Son nez droit, aristocratique. Et ses mains... Ses mains sur le volant. Fermes. Assurées. Ses longs doigts qui commencent doucement à manœuvrer son véhicule avec une précision chirurgicale, sans la moindre hésitation. La panique monte d'un cran. Je suis seule avec lui. Enfermée. Par un réflexe purement animal, j'attrape la poignée de la portière et tire. Le clic sec du verrouillage centralisé résonne comme un verdict. Je fronce les sourcils, mon cœur bondissant dans ma poitrine.
— Liam... ouvre.
Rien. Pas un mot. Pas un regard. Il démarre doucement, imperturbable. Je sens la colère remplacer la peur.
— Où tu vas ?
Sa réponse tombe, calme, basse, presque désinvolte.
— On roule un peu.
Je me redresse sur mon siège, prête à bondir.
— On peut parler ici, je dis sèchement, ma voix claquant comme un fouet.
Mais, fidèle à lui-même, il ne m'écoute pas. Il n'en fait qu'à sa tête. Il décide, et le monde doit suivre. Il conduit tranquillement quelques minutes de plus, contournant un pâté de maisons avec une lenteur exaspérante, puis tourne à la rue suivante et se gare. Il prend son temps, ajuste sa position, coupe le moteur. Le silence retombe, plus lourd encore qu'avant. Il s'appuie contre son siège, pivote enfin vers moi, et me regarde.
Ses yeux croisent les miens. Le choc est physique. C'est le même regard. Exactement le même. Cette intensité sombre, brûlante, qui semble voir à travers mes vêtements, à travers ma peau, jusqu'au fond de mon âme.
— Tu as changé, dit-il doucement. Sa voix est une caresse rugueuse. Il m'analyse, me détaille comme une œuvre d'art qu'il redécouvre.
— Cette assurance que t'as maintenant... comme une lionne. C'est intriguant.
Je reste de marbre. Je contracte chaque muscle de mon visage pour ne rien laisser paraître, m'interdisant la moindre émotion. Une lionne ? C'est ce qu'il voit ? Il ne voit pas la petite fille tremblante que je suis à l'intérieur ? Il ne voit pas que je tiens à peine debout ? Il soupire, et un petit sourire triste, presque nostalgique, étire le coin de ses lèvres.
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Beyond Appearance [Terminé]
RomanceDeux âmes brisées, l'une un homme au succès apparent mais hanté par un vide émotionnel profond, l'autre une personne jeune mais déjà marquée par la dureté de la vie, cherchent désespérément à trouver une connexion authentique dans un monde dominé pa...
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