Désorienté, je ne savais plus vraiment si je devais poursuivre ma course, ou tenter de le retrouver dans ce dédale. Les deux me paraissait être un mauvais choix, dans tous les cas. J'avançais, malgré tout, vers mon point A, tout en gardant l'espoir d'entendre, au loin, la voix de Réro m'appeler. Mais pas le moindre bruit à l'horizon. Je mis la main sur cette fameuse enveloppe que l'on m'avait dit que je trouverais. J'étais un peu honteux de l'ouvrir seul, alors que nous avions débuté cet exercice à deux, mais je ne pouvais pas faire autrement à ce moment là. En l'ouvrant, je découvris un drôle de message m'invitant à revenir au lieu de départ, << seul >>.
Cette précision me fit penser que l'absence de Réro n'était peut être pas un total hasard, et que cela faisait éventuellement partie de notre formation, finalement. Étrangement, chaque porte que je traversais, chaque couloir que j'empruntais, semblait me ramener bien plus vite que lors de l'aller, avec Réro. Certes, je n'avais pas pris le mauvais couloir comme il me l'avait fait faire, mais je trouvais étrange ma rapide progression. Et puis, je vis le point de départ. J'espérais y retrouver Réro, mais il n'était pas là. Seul Bino, et Malé étaient là. Comme si chaque binôme s'était retrouvé amputé de sa moitié, au cours du chemin. J'aurais voulu les interroger, mais Lior arriva très rapidement, et m'empêcha de prendre la parole.
- << Vous êtes de retour, et vous devenez ainsi ceux qui auront réussi la première étape. >>
Il était impossible que Lior ne sache pas où se trouvaient les trois absents à l'appel, pourtant, il était impensable de lui demander, tant nous redoutions que cela soit en fait un piège tendu, qui nous ferait perdre notre épreuve.
De retour au dortoir, je tentais de discuter avec mes deux compagnons, desquels j'étais un peu forcé de me rapprocher, en l'absence de Réro. Bino me fit rapidement comprendre qu'il ne voulait pas me parler de ce qu'il avait vécu dans les tunnels, le jour même. Quant à Malé, il me raconta en long, en large, et en travers, son incroyable épopée, qui ne ressemblait en rien à la mienne. J'étais perdu entre la possibilité que cela soit de toute pièce imaginé, et le fait qu'il se soit réellement retrouvé enfermé, durant plus de trois heures, dans un couloir sans issue, séparé de son binôme, et dont la porte aurait miraculeusement bougée à un moment donné, sans pour autant qu'il ne le retrouve. Dans le doute, je préférai garder le silence, et le laisser conter son histoire relativement incertaine.
Durant le récit, j'entendais Bino ricaner, comme s'il ne laissait pas l'ombre d'un doute quant aux possibles mensonges de Malé. Je l'interpella, afin qu'il nous donne son avis, malgré ses réticences. Il finit par jouer le jeu, et nous expliqua qu'avec son binôme, il avait marché durant des heures, dans ces tunnels sans fin. Il nous raconta s'être perdu, avoir eu envie d'étriper son compagnon de route, avoir frappé dans les murs de rage, jusqu'à ce qu'enfin, il trouve l'issue. Mais, au moment d'atteindre son but, son binôme aurait fait tomber la torche, les plongeant dans le noir complet. Bino aurait passé quelques minutes à tâter le sol, dans l'espoir de retrouver la lampe, et de la remettre en marche, mais au moment où celui ci semblait avoir réussi, il nous assura avoir perdu la trace de son acolyte. Sa version ressemblait bien plus à ce que j'avais moi même vécu, mais les faits étaient là, qu'importe à qui l'on se référait pour parler de réalité des choses, les trois histoires se terminaient pareil, et ça, nous ne pouvions le nier.
Épris d'un besoin de partager mon aventure, j'expliquai à Bino et Malé ce que j'avais vu, au travers de ce trou dans la paroi du tunnel. Bino paraissait septique quant à la véracité de mes propos, mais j'insistais suffisamment longuement pour qu'il finisse par me donner un peu de crédit. J'étais d'ailleurs presque sûr d'être capable de retourner à cet endroit, afin de prouver mes dires. Et si j'avais besoin de sommeil à ce moment là, Bino l'entendait autrement. Bien plus casse cou que nous autres, il décida d'organiser une expédition nocturne au sein des tunnels.
Cela était totalement interdit, évidemment, mais l'idée de circuler dans les tunnels me fit envie au plus haut point. Tout en sachant que je prenais là un risque inconsidéré, je décidais de le suivre. Nous avons attendu que les rapporteurs aguerris aillent se coucher, et avons quittés nos lits discrètement, puis nous avons longés les couloirs afin de rejoindre les tunnels. Le bruit de la dernière porte aurait pu réveiller l'ensemble des habitants de Dillermo, mais nous ne savons par quel miracle, personne ne semblait avoir été averti de notre escapade.
>>>> A suivre : Chapitre 9 - Les Tunnels <<<<
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DILLERMO
Ficção Científica"Dillermo, c'est une sorte d'immense cuve, bien entourée par de grands rochers, nous permettant de nous terrer dans cet endroit, devenu le seul lieu de vie n'étant pas encore tombé dans un état totalement sauvage, à notre connaissance." Dillermo est...
