Chapitre 15 - Qu'importe le crime

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Je n'avais aucune idée de l'endroit où je me trouvais. Si j'en avais eu la moindre petite idée, j'aurais sans doute pu trouver une autre issue que cette fameuse porte que Réro avait emprunté. Je contournais les couloirs, les uns après les autres, en prenant soin de ne pas m'éloigner de mon ami. Mais la peur qui me gagnait, m'empêchait de réfléchir correctement. J'étais perdu, et cela ne faisait plus aucun doute. Qui allait pouvoir retrouver Réro, sinon moi ? Et qui allait pouvoir me retrouver ensuite ? Combien de chance avais je pour qu'un rapporteur aguerrit choisisse précisément ce chemin, pour se rendre à l'extérieur ? Et alors que ma lampe torche commençait à montrer des signes de faiblesse, je tentais de trouver une échappatoire, en vain. Soudain, l'obscurité la plus totale me gagna. Je hurlai de toutes mes forces pour entendre le son de la voix de Réro, afin de trouver un endroit où me poster, sans aller trop loin de lui, dans l'attente de quelque chose qui changerait sa situation, autant que la mienne. Soudain, au loin, j'entendis mon prénom. Réro m'appelait, et je l'entendais me prévenir d'un danger imminent.

- Quelque chose va se passer Khalek.

- Ne t'en fais pas, on va s'en sortir. On s'est juste perdu, mais quelqu'un va nous retrouver.

- Je ne suis pas perdu, il n'y a que toi qui l'est. Et personne ne sait, pour le moment, qu'il faut te rechercher.

Sur ce point, Réro avait raison. Je ne pouvais le nier. Il faisait nuit, tout le monde dormait à Dillermo, tout comme dans les tunnels. Il semblait évident que nous allions devoir passer les prochaines heures dans cet endroit, lui dans cette pièce, et moi le dos collé à la porte m'empêchant de le rejoindre. Nous aurions pu en profiter pour discuter, tenter de nous retrouver, nous comprendre, mais Réro, lui, usait du moment pour trouver de nouvelles raisons de s'éloigner de moi. A bout de force, nous finîmes par nous endormir sur le sol, séparés et si proches en même temps, tandis que je restais animé par l'espoir que, peut être à notre réveil, quelqu'un nous retrouverait.

Alors que je semblais avoir pleinement sombré dans le sommeil, je sentis comme une présence auprès de moi. J'imaginai que Réro avait réussi à me rejoindre mais, en ouvrant les yeux, je me retrouvai nez à nez avec la vive lumière d'une lampe qui me pointait. Je devinai, derrière celle ci, qu'une arme était également focalisée sur moi. Je n'eus pas le temps de décliner mon identité que, soudainement, une alarme retentit dans les tunnels. La résonance était assourdissante, et angoissante. Je tentaisde me relever énergiquement, dans l'espoir de peut être réussir à m'enfuir, mais au moment de m'appuyer sur la porte, pour m'aider, celle ci s'ouvra, et m'enferma dans cette même pièce où Réro avait passé des heures sans moi. Depuis l'intérieur, j'entendais des hommes s'activer, se lancer dans des recherches. Bien plus euphorique à l'idée de retrouver Réro, qu'angoissé à l'écoute de toute cette agitation, je tentais de retrouver mon binôme dans cette pièce si sombre. Mais il ne semblait y avoir personne. Avait il réussi à s'échapper pendant que je dormais dans le couloir ? J'ignorais tout, et alors que je commençais à m'interroger sur la question, j'entendis, dans le couloir, un homme tenter d'arrêter quelqu'un. Il n'y avait pas de doute possible, Réro venait d'être repéré. Je posais mon oreille contre la porte, afin d'entendre mieux l'échange entre eux.

- Qui es tu ? Demanda l'homme qui m'avait également pointé quelques minutes auparavant.

Je n'entendis pas de réponse. Puis, le ton sembla monter, et j'entendis un homme hurler que le fugitif venait de partir dans le couloir de droite. C'est alors que, sans que je n'eus le temps de réagir, j'entendis le bruit effroyable des tirs. J'ignorai si ceux ci avaient réussi à toucher qui que ce soit, mais la perspective d'ouvrir la porte, et de trouver Réro mort, me donnait froid dans le dos. La simple idée de pouvoir mourir à mon tour, en sortant de la pièce, ne m'avait pas effleurée. Sans lui, quel intérêt ? J'étais en partie responsable de ce qui venait de se produire, quoi qu'il s'était produit. Si je n'avais pas traîné Réro hors de son lit, jusque dans les tunnels, rien de tout cela ne se serait passé. Animé par le besoin de savoir, j'ouvris la porte et vis au loin la silhouette d'un cadavre. Je n'en voyais que les pieds et le début des jambes, mais la tenue ne faisait aucun doute. Réro, venait de périr, par mon unique faute, sous le poids des balles des rapporteurs qui avaient dû le prendre pour un sauvage.

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