Au petit matin, comme à son habitude, Lior déboula dans notre chambre. Après nous avoir demandé comment nous allions, elle nous annonça une grande nouvelle.
- Chers amis, aujourd'hui, vous ne serez plus seuls.
En se retournant vers l'extérieur de la pièce, elle tendit le bras, comme pour inviter quelqu'un à entrer dans les lieux, en nous annonçant le retour de nos binômes. Je vis les compagnons de Malé et Bino entrer, et enfin, il était là. Bien vivant, visiblement en bonne santé, comme s'il n'avait jamais quitté les lieux, Réro était de retour. Sans pouvoir me contenir, je courus vers lui. Et alors que je le serrais dans mes bras, ravi d'enfin le retrouver, je sentais que son corps restait inerte. Il ne m'enlaçait pas en retour, ce qui freina mes ardeurs euphoriques. Lior tourna les talons, quitta la chambre, et nous nous retrouvions à nouveau à 6 dans ce dortoir. Les trois se mirent assis sur un lit, tandis que nous les harcelions de questions. Mais, encore une fois, le silence régnait en maître.
Après près d'une heure de nos retrouvailles, Réro ne m'avait toujours pas lancé le moindre regard. Je profitais d'un moment seul avec lui, pour enfin tenter de lui parler.
- Alors, où étais tu durant tout ce temps ?
- Dehors. Me répondit il !
- Dehors ? Tu veux dire que tu as pu aller de l'autre côté des tunnels ?
- Oui.
- Raconte ! Qu'est ce que tu y as vu ? Lui demandai-je.
Mais Réro ne semblait pas disposer à me répondre. Je le sentais différent. Il n'avait plus rien de ce jeune homme que j'avais besoin de protéger. Il me paraissait soudainement bien plus fort que moi. J'étais si impressionné que je ne pouvais qu'être fier de ce qu'il semblait être devenu, tout en m'inquiétant de ce qui avait pu tant le changer. Et alors que je nageai pleinement dans les mystères troubles de Dillermo, je voyais que Réro lui, savait. J'ignorai ce qu'il savait, mais il était certain qu'il avait découvert des choses qui m'échappaient encore. Afin de ne pas le bousculer, je décidais de ne plus le pousser à me parler, misant sur notre amitié pour qu'il finisse par avoir envie de le faire naturellement.
- En tout cas, tu m'as beaucoup manqué. Lui lançai-je.
- Ah oui ? S'étonna t il.
- Oui, vraiment. J'ai demandé à Paride où tu étais, il n'a pas voulu me répondre. Mais ça ne m'a pas empêché de continuer à me poser la question. Tu as disparu si soudainement. J'ai presque fini par croire que tu étais mort.
- Quand on était dans le tunnel, lorsque tu es tombé, je t'ai vu à terre. Et puis, soudainement, une sorte de cagoule m'a été mise sur la tête, et j'ai senti mon corps se faire traîner dans une sorte de trappe à proximité de là où nous nous trouvions.
- Et après ça ? Où t'a t on emmené ?
- Je te l'ai dit. Dehors !
Réro prit un petit moment de réflexion, comme s'il sombrait dans ses pensées pour trier ce qu'il pouvait me dire, de ce qu'il ne pouvait pas.
- Khalek, j'ai compris que nous étions concurrents. On ne s'en sortira pas ensemble, ce sera toi ou moi, mais pas tous les deux.
- C'est faux, l'un de nous peut très bien devenir rapporteur, et l'autre son second. Lui rétorquais-je.
- On est six. Tu ne crois pas que ce serait totalement inespéré que nous soyons les deux seuls à nous en sortir ? Bino est fort, il est l'un des favoris de votre groupe.
- Notre groupe ?
- Oui, nous avons commencé en binôme, mais après ce qu'il s'est passé, c'est vous trois contre nous trois.
Je tentais de comprendre pourquoi Réro avait soudainement changé son fusil d'épaule. D'autant que, même s'il l'ignorait, Bino et Malé avaient bien reçus la même formation, mais dans mon cas, je ne pouvais faire partie d'aucun groupe, tant je n'avais pas vécu ce qu'ils avaient vécus, chacun de leur côté. Mais mes arguments ne semblaient pas faire plier mon ami, que je reconnaissais à peine.
La journée se déroula ainsi, dans une espèce de froideur entendue, que je ne pouvais m'expliquer. Et alors que nous nous dirigions vers la salle des repas, Lior m'interpella dans le couloir.
- Khalek, je peux te parler un instant ?
- Oui, bien sûr.
Après s'être mise à l'écart, elle m'interrogea sur le retour de Réro.
- Tu es heureux que ton ami soit revenu ?
- Oui. Mais il n'est plus lui même.
- Ce que vous vivez ici vous change, c'est normal.
- Je n'ai pas changé. Mais peut être qu'on ne m'en a pas donné l'occasion.
- Ecoute, ton heure viendra. Profite de ce que tu as au moment présent. Ce qui t'attend ne sera peut être pas mieux tu sais.
Puis, avant même que je n'eu le temps de répondre quoique ce soit, Lior me conseilla de rejoindre le groupe, pour ne pas que mon absence paraisse anormale. J'écoutais ses recommandations sans me faire prier, et me dirigea vers la table des apprentis rapporteurs, qui mangeaient dans un silence presque religieux, jusqu'à ce que Bino vienne casser ce paisible repas.
- Vous pensez quoi de Lior ? Nous demanda t il.
Malgré sa question, personne ne répondit, ce qui n'empêcha pas Bino de poursuivre.
- Allez quoi ! Vous êtes des hommes ou pas ? Vous avez forcément un avis !
- C'est la seule en qui j'ai confiance ici. Lui répondis je.
Bino semblait surpris que je sois le premier à répondre. Il faut dire que nous n'étions pas proches depuis le départ, et répondre à ses questions ne faisaient pas, jusque là, partie de mes activités favorites.
- Elle te plait non ? Me demanda t il.
- Non, je ne suis pas là pour ça.
- Mais tu te laisserais tenter si tu savais que cela ne ruinerait pas ta formation ?
- Je ne sais pas. Je préfère ne pas y réfléchir. Lui répondis je.
Bino ne paraissait pas convaincu par mes réponses. Pourtant, j'avais été honnête sur la question, à un détail près. Elle n'était pas la seule en qui j'avais confiance. Par ces mots, je tentais de faire réagir mon ami, qui était resté manifestement insensible à ma semi-attaque.
De retour dans notre chambre, chacun se dit bonne nuit, et les lumières s'éteignirent, nous invitant à dormir.
>>>> A suivre : Chapitre 14 - Cette nuit là <<<<
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DILLERMO
Science Fiction"Dillermo, c'est une sorte d'immense cuve, bien entourée par de grands rochers, nous permettant de nous terrer dans cet endroit, devenu le seul lieu de vie n'étant pas encore tombé dans un état totalement sauvage, à notre connaissance." Dillermo est...
