Le son que faisaient ses pas sur le sol m'angoissait de plus belle. Et si mon esprit voulait l'interrompre pour lui sommer de se présenter, et de me dire ce qu'il me voulait, aucun bruit ne semblait vouloir sortir de ma bouche. Je restais donc là, muet, les bras posés sur la table qui se trouvait face à moi, dans le noir le plus complet, jusqu'à ce que mon visiteur décide enfin de me retirer cette cagoule sous laquelle mes pensées avaient fini par se réfugier. Le simple fait de revoir de la lumière, la sentir agresser mes yeux, m'empêcha, dans un premier temps, de découvrir le visage de mon bourreau, ou de mon sauveur. J'ignorais encore dans quel rôle celui ci allait s'illustrer. Je ne pouvais que deviner sa silhouette s'asseoir en face de moi, et je sentais qu'il m'observait en prenant soin de ne rien dire. J'imaginais alors qu'il attendait de moi que je débute la conversation, que je lui demande où je me trouvais, qui il était, et pourquoi il me gardait captif dans cet endroit. Mais, sans conviction, je décidais de ne pas parler pour ne pas aggraver ma situation.
Après une longue observation mutuelle, bien qu'inutile, l'homme que j'avais en face de moi finit par ouvrir la bouche. Celui ci me questionna, visiblement curieux de savoir si j'avais conscience de l'endroit où je me trouvais. Au départ, je poursuivais mon objectif de silence. Mais les interrogations que j'avais dans la tête eurent raison de moi, et me poussèrent à enfin ouvrir le dialoguer avec la personne qui était venue à ma rencontre. Je pris à cœur de ne pas mentir, et d'avouer que j'ignorais tout de l'endroit où nous étions. Que je me posais d'innombrables questions à ce sujet. Je restais droit et donnait l'impression d'être sûr de moi. C'était la première fois que ma formation semblait m'avoir servit à quelque chose. Savoir m'exprimer sans grelotter de peur était une grande première pour celui que j'étais. Mais l'étranger finit par m'interrompre pour me demander d'où je venais ainsi, << selon moi >>.
Je savais que celui ci n'ignorait rien de ce qui se trouvait derrière la porte, pourtant, je déballais tout sans retenu. La totalité de mon vécu y passa. Dillermo, Réro, nos parents respectifs, Paride, Lior, Bino, et même Malé, les statuts dans notre société, ma fonction au sein de celle ci. Tout, sans mesurer, à aucun moment, la potentielle gravité de révéler tant d'éléments. Sans même tenter de négocier un retour équivalent à mon égard. L'homme me laissa, silencieux, m'épancher sur toutes ces thématiques qui avaient dirigées ma vie depuis ses débuts. Une fois terminé, je le vis se lever, prendre un instant de réflexion, puis il prit la parole.
- Sais tu que la porte que tu as franchit t'étais interdite ?
Je ne pouvais nier être au courant de ceci. J'expliquais donc que Paride, mon référant, avait pris soin de m'indiquer de ne jamais me rendre dans un lieu pour lequel je n'avais pas l'autorisation. Mais j'ajoutais que ma formatrice, elle, m'avait indiqué ce chemin. J'avais donc bien conscience que cette porte était une sorte de frontière entre le monde de l'étranger, et le mien, mais celle ci m'était apparue comme un dernier espoir.
L'homme ne disait pas grand chose, mais dans son silence, je compris qu'il savait déjà tout ce que je venais de lui raconter. Il avait beau ne pas vivre au sein de Dillermo, il connaissait ces lieux mieux que personne, cela ne faisait aucun doute. J'avais beau y réfléchir, son visage qui avait fini par m'apparaître au fur et à mesure que mes yeux s'étaient réhabitués à la lumière, m'était totalement inconnu. Je ne l'avais jamais vu zoner sur les terres de Dillermo. Et alors que je sentais qu'il allait enfin me révéler quelque chose que j'ignorais encore, une femme frappa à la porte. L'étranger l'invita à entrer sans hésiter. Je vis alors Lior, plus jolie que jamais, sans la moindre égratignure, pas le moins du monde terrorisée par ce que j'avais imaginé Paride lui faire. Celle ci ne me lança pas un seul regard, comme si j'étais un inconnu pour elle.
Je voulais l'interrompre, mais elle prit la parole avant que je ne le fasse.
- Monsieur D, pouvez vous m'accorder quelques instants ? Demanda t elle à l'étranger.
Je ne comprenais pas pourquoi Lior s'était retrouvé ici, faisant mine de ne m'avoir jamais croisée auparavant, mais grâce à son interruption, je savais enfin comment mon étranger se nommait. Et alors que celui ci s'était levé pour quitter la pièce, je restai ainsi, à attendre son retour, tout en évaluant les possibilités qui s'offraient à moi. Et le moins que l'on pouvait en dire, était qu'il y en avait peu. La seule porte de sortie qui se trouvait dans la pièce, était celle par laquelle j'étais entré, et celle ci était visiblement bien gardée. L'endroit ne disposait que d'une minuscule fenêtre, par laquelle je n'aurais pu me faufiler. Aucune bouche d'aération au sol ou au plafond. Rien qui puisse me donner le parfum d'un espoir de sortie par mes propres moyens.
Alors que j'en étais encore à analyser tout ceci, monsieur D fit son retour auprès de moi. Avant qu'il n'ouvre la bouche, je pris la parole, et enchaînait mes questions, les unes après les autres. Je me nourrissais de l'espoir qu'il réponde à au moins l'une d'entre elles. Une seule suffirait à éclaircir mes idées, et à lever le voile sur le pourquoi de ma présence ici. Mais l'homme ne semblait pas né de la dernière pluie, et après m'avoir laissé le temps de poser toutes mes questions, il se mit à rire et me lança, le plus sérieusement du monde, que tout compte fait, ce n'était pas rapporteur que j'aurais dû être, mais référant. Ces mots firent figer mon corps tout entier sur ma chaise. Si j'avais conscience qu'il en savait plus que moi sur Dillermo, j'avais à présent la preuve irréfutable qu'il était le mieux placé pour me donner les réponses tant attendues. Il semblait me connaître. Il était même probable, après réflexion, qu'il m'ait observé, durant toutes ces années. A peine j'eus le temps de comprendre ceci, que monsieur D poursuivit en me demandant :
- Es tu content de l'avoir revu, et de savoir qu'elle est en bonne santé ?
- Qui ça ? Lior ?
- Elle même, Khalek.
- Je suppose.
- Tu n'es pas sûr ?
- Je ne suis plus sûr de grand chose à l'heure qu'il est.
- Puis je te poser une question ? Ajouta t il.
- Allez y !
- Penses tu toujours qu'être rapporteur est ce que tu as toujours voulu ?
Cette question me fit faire un bond en arrière. Je me revis, quelques jours avant mes 21 ans, dans ma petite chambre à la décoration sommaire, quelques jours avant la cérémonie, lorsque Paride m'avait posé lui même cette question. Pourquoi me demandait on, une fois encore, si j'étais sûr d'être dans le bon chemin ? Mais contrairement à mon référant, Monsieur D ne semblait pas être du genre à se contenter de quelques marmonnements, comme j'avais pu le faire avec Paride. L'homme répéta alors sa question, une fois encore, puis deux, puis trois. Je restais muet face à son insistance, jusqu'à ce que celui ci change de sujet.
- Tu sais que si Lior n'avait pas transgressé les règles, tu serais encore à Dillermo ?
- Si je ne suis plus à Dillermo. Où est ce que je suis ?
Monsieur D se leva de suite après ma question. Il ouvrit la porte et lança à l'un de ses hommes que j'étais prêt. Prêt pour quoi, c'était la grande question. Mais, selon lui, il était temps que je passe à un autre niveau. Et, avant de m'inviter à sortir de la pièce, il dénoua les liens de mes mains.
- Tiens toi prêt Khalek. Ce que tu vas découvrir aujourd'hui va complètement bouleverser ton existence.
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DILLERMO
Science Fiction"Dillermo, c'est une sorte d'immense cuve, bien entourée par de grands rochers, nous permettant de nous terrer dans cet endroit, devenu le seul lieu de vie n'étant pas encore tombé dans un état totalement sauvage, à notre connaissance." Dillermo est...
