A notre retour, personne n'osait plus se regarder dans les yeux. Ce qui venait de se passer avait malheureusement scellé une relation plus étrange entre nous. Nous n'étions plus que trois. L'un d'entre nous était parti chez les sacrifiés, et deux autres avaient trouvé la mort durant notre formation. Je m'interrogeai sur le fait que mon père avait connaissance de ça, et m'avait malgré tout encouragé toute ma vie à suivre cette voie. Et pendant que je me posais ces questions, nous vîmes Paride nous attendre à l'entrée de notre dortoir.
- Je vois que vous n'êtes plus que trois. C'est parfait !
Nous étions abattus, démunis, tandis qu'il se réjouissait de nous voir avoir remplit une mission dont je ne comprenais pas l'intérêt, sinon celui de nous briser. Il regarda soudainement Bino.
- C'est toi qui a tiré. ça se sent. Je le vois dans tes yeux. Tu es devenu quelqu'un d'autre cette nuit. Tu es probablement le seul à être certain de finir la formation.
Bino ne semblait pas heureux de l'apprendre, et pour cause, quand on savait par quoi il avait dû passer pour en arriver là, toutefois, il semblait jouer le jeu, pour ne pas montrer ses faiblesses à notre référant. Paride nous souhaita une bonne nuit, comme si elle pouvait l'être, et s'en alla rejoindre ses appartements. Malé, Bino et moi, nous nous retrouvions dans notre chambre, avec ce malaise palpable qui régnait sans que l'on ne puisse rien y faire.
- On aurait dû t'écouter Khalek. Me lança Malé.
- J'aurais dû m'enfuir. Ajouta Bino.
- Je voulais le faire, mais ça n'a rien changé à l'issue de cette journée. Répondis je.
- Je crois que je ne suis pas fait pour ça. Je crois que je vais abandonner. Poursuivit Malé.
Nous étions, Bino et moi, surpris de découvrir que Malé envisageait sérieusement de quitter le programme. Après tout ce que nous avions traversé, il nous semblait impossible de faire machine arrière. Et abandonner revenait à se jeter dans la gueule du loup. C'est alors que, sentant sa vulnérabilité, Bino commença à l'interroger sur ce qu'il avait vu dehors.
- Tu peux nous le dire. Avec Khalek, on s'est déjà raconter nos expériences. Assura t il.
- Et bien, je n'avais pas été dehors avant aujourd'hui. Ce jour là, le jour de mon épreuve, Lior m'a bien emmené jusqu'à la porte, mais je n'ai pas osé la franchir. Je suis resté assis des heures devant celle ci, à attendre que le temps passe.
- Quoi ? Tu n'as pas validé ton étape jusqu'au bout ? S'étonna Bino.
- Non. Je ne suis pas comme vous. Je n'ai pas ton courage Bino, pas plus que je n'ai ta curiosité Khalek.
Nous étions tous deux surpris de cette révélation à laquelle nous ne nous attendions pas. Et, dans le feu de la discussion, nous finissions par avouer tout ce que nous avions découvert à Malé. Nous lui racontions que les cartons que nous avions trouvés au début de notre formation, avaient fini par disparaître. L'altercation de Bino avec un homme sauvage, nos doutes quand à l'absence de Lior. Tout, nous lui avons tout livré sans retenu, comme si nous devions partager cela tous les trois, afin de découvrir ce que l'on nous cachait si subtilement. Malé semblait perplexe, presque sceptique à l'idée que Paride et les autres puissent ne pas être aussi sincères qu'ils n'y paraissaient. Mais nous insistions largement, et nous sentions qu'il finissait par rejoindre nos doutes, à force d'arguments.
Après avoir remplit l'esprit de Malé de toutes ces choses, nous finissions par ressentir beaucoup de fatigue. Bino était encore fragile de la soirée qu'il avait vécu, même s'il tendait à nous faire croire qu'il gérait la situation parfaitement.
La nuit fut courte, et au réveil, nous attendions l'arrivée de Paride, en sachant que celui ci allait, une nouvelle fois, ne pas nous faire de cadeau. Et comme les jours précédents, son pas lourd annonça son arrivée, et en voyant nos mines ravagées :
- Ne vous inquiétez pas, aujourd'hui, vous allez pouvoir vous reposer
Paride sentit un soulagement s'emparer de nous. C'est alors que Malé se leva, et demanda au référant de s'entretenir avec lui. Nous sentions que celui ci avait sans doute fini par prendre sa décision durant la nuit. Il voulait abandonner, cela ne faisait aucun doute. Lui avoir parlé de ce que nous suspections n'avait pas eu pour effet de le rassurer, mais plutôt de le pousser vers la sortie. Nous étions, Bino et moi, conscients d'avoir joué un rôle certain dans cette décision. Nous vîmes Paride et Malé quitter la pièce ensemble, nous laissant ainsi, à notre culpabilité. C'est alors que Bino en profita pour me soumettre une idée.
- Khalek ?
- Oui ?
- Maintenant que l'on connait le chemin pour sortir, nous devrions faire une excursion extérieure, aujourd'hui.
- Mais pour aller où ?
- S'ils nous mentent. S'il y a quelque chose à découvrir plus loin, il faut qu'on le sache, il faut que tout le monde le sache. Tu ne crois pas ? Insista Bino.
- Je ne sais pas. J'ai marché plusieurs kilomètres sans que le paysage ne change à aucun moment l'autre fois. Je n'ai rien vu de plus que des arbres, et il est probable que ça soit comme ça sur une très longue étendue.
- Et s'il y avait autre chose, plus loin ? Tu ne voudrais pas le savoir ?
Je n'osais répondre que oui, même si l'envie me brûlait les doigts. Je devais respecter au maximum, ma promesse de suivre les règles telles qu'elles m'étaient énoncées. Je ne pouvais prendre le risque de laisser Bino subir le même sort que Réro, en m'éloignant de l'endroit où je devais être. C'est alors que Malé revint, avant même que je n'eus à prendre une décision.
- Je suis désolé les gars. Vous avez encore une chance de fuir, mais j'ai dû tout dire à Paride. Nous lança t il.
Tout dire ? Malé nous expliqua soudainement que tout ce que nous lui avions confié la veille, venait d'être répété aux oreilles de notre référant. Il nous assura ne pas avoir eu d'autres choix, que les secrets étaient trop lourds à porter, et beaucoup trop dangereux dans une civilisation aussi fragile que Dillermo. Trahit, nous l'étions, mais les conséquences nous inquiétaient beaucoup plus que l'acte en lui même. Bino semblait décidé à prendre cette occasion pour fuir, comme il me l'avait proposé quelques minutes plus tôt. Et si je ne voulais pas déroger aux règles, il était apparu évident que je n'avais plus le choix. Il fallait que je le suive dans son périple, qu'importe où celui ci nous mènerait.
A peine le temps d'attraper quelques affaires, que nous entendions les pas de Paride se rapprocher. Mais il n'était pas seul, cela ne faisait aucun doute. Nous ne pouvions plus nous permettre de perdre une seule seconde. Bino et moi nous mettions à courir aussi vite que possible, pour semer notre hiérarchie. Au fin fond des tunnels, nous nous enfoncions, jusqu'à enfin atteindre la sortie de ceux ci. Paride n'allait tout de même pas venir nous rechercher à l'extérieur, alors nous ralentissions le pas, afin de prendre notre souffle.
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DILLERMO
Ficção Científica"Dillermo, c'est une sorte d'immense cuve, bien entourée par de grands rochers, nous permettant de nous terrer dans cet endroit, devenu le seul lieu de vie n'étant pas encore tombé dans un état totalement sauvage, à notre connaissance." Dillermo est...
