Quelques insomnies plus tard, ce fut enfin le grand jour de la cérémonie. Malgré ma fatigue évidente, je remarquai, depuis ma fenêtre, que tout ce qui n'était pas encore en place la veille, avait fini par prendre forme durant la nuit. Je n'avais pourtant pas vraiment dormi, mais je n'avais malgré tout rien entendu de tout ce chahut que cela avait dû causer. Je me rendis compte que mon esprit était bien plus troublé par ce grand événement que je n'aurais accepté me l'avouer. En descendant de ma chambre, je retrouvai mes parents, sur leur 31, prêts à célébrer la petite investiture de leur fils unique. Et alors que j'aurais dû vouloir profiter de ces derniers instants en famille, avant d'entrer à mon tour dans la seconde phase de mon existence, je ne pensais qu'à une chose : Réro.
Et si celui ci avait eu raison, quelques jours auparavant, de s'inquiéter de son avenir ? Et s'il était destiné à devenir un sacrifié, et que lui et moi étions en passe de ne plus jamais nous revoir ? Nous nous étions quelque peu évités les quelques jours précédant la cérémonie. En réalité, nous ne nous étions plus revus depuis la visite de Paride. Mon père m'avait, un jour, raconté qu'il avait également eu un ami proche lorsqu'il avait mon âge. Celui ci fut sélectionné, le jour de la Cérémonie des Fonctions, pour devenir un sacrifié, tandis que mon père, lui, fut choisi pour devenir un rapporteur. Je me souvenais alors de ce qu'il m'en avait dit.
Selon lui, la tristesse le gagna rapidement à l'annonce de cette nouvelle, mais elle fut balayée en quelques instants, au moment où il se retrouva face aux tunnels. Pourtant, je n'imaginai pas oublier Réro si facilement, et ce, malgré l'importance que j'accordais au titre que je rêvais d'obtenir. Quoiqu'il en fut, au moment où je voulus rejoindre mon ami chez lui, avant notre possible séparation, mon père me barra le chemin. Celui ci m'interdit de sortir de la maison, m'expliquant que le jour de la cérémonie, il n'était plus question de moi, mais du rôle que j'allais enfin jouer au sein de Dillermo. Je compris que si j'avais dû saisir un moment pour dire au revoir à Réro, j'aurais dû le faire la veille. Et alors que je désespérais à l'idée de ne faire que l'apercevoir durant les festivités, je le vis sortir de chez lui, sans pouvoir en faire de même pour l'intercepter une dernière fois.
Si je n'avais pas eu tant à poser sur mes épaules à ce moment là, j'imagine que j'aurais pu aisément céder à la désolation de la situation. Mais je n'avais pas d'autres choix que d'accepter mon sort, comme le bon petit soldat qu'on avait voulu faire de moi, durant toutes ces années. Et, à peine j'eus le temps d'en arriver à ce constat, que mon père me prit par le bras, m'emmena dans sa chambre, avant de sortir une malle qui semblait flambant neuve. Celle ci contenait un habit spécifique aux rapporteurs, celui que mon père avait lui même porté lorsqu'il était encore en fonction. En observant cette tenue, je m'imaginai la passer, comme si celle ci faisait déjà un peu partie de moi. Je tentais ensuite de visualiser mon père dans cet habit fort de symbole. En effet, je n'avais jamais eu l'honneur de le voir habillé ainsi, car sur Dillermo, si un jour l'envie vous prend de fonder une famille, cela vous retire purement et simplement vos attributions au sein de la communauté. Les parents doivent s'occuper de leurs enfants, et ne peuvent pas remplir complètement cette tâche, sans pouvoir s'y adonner intégralement. C'est pourquoi je savais d'ores et déjà que je ferai tout mon possible, pour éviter de devoir cesser de remplir mes futures obligations de rapporteur. A l'inverse de mes parents, grands parents et tout ceux qui se trouvaient au dessus encore, je n'avais en aucun cas l'envie d'un jour devenir parent. Je m'étais bien trop destiné à mes fonctions, pour vouloir tout gâcher. A l'inverse, si le sort avait voulu me jouer un mauvais tour, je n'écartais pas la possibilité de ruiner mon travail, en usant de ce stratagème. Mais la question ne se posait pas réellement, puisqu'il semblait évident que j'allais devenir ce que j'avais toujours rêvé d'être.
La tenue de rapporteur en main, mon père m'observa, comme s'il jaugeait ma motivation à devenir un homme, et me lança :
- A partir d'aujourd'hui, tu ne seras plus mon fils. Tu seras un serviteur de ce peuple.
J'avais comme le sentiment que mon propre père ne voulait plus que je le considère comme un père, afin que je puisse me consacrer intégralement à ce pourquoi j'étais fait. Je comprenais ce qu'il voulait me dire. Je n'avais aucun doute sur le réel message qu'il voulait me faire passer. Il ne voulait, en aucun cas, me rejeter, mais seulement faire de moi le meilleur rapporteur que Dillermo ait pu connaître jusque là. Et sur ce point, je comptais bien le rendre plus fier que n'importe quel autre père.
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DILLERMO
Ficção Científica"Dillermo, c'est une sorte d'immense cuve, bien entourée par de grands rochers, nous permettant de nous terrer dans cet endroit, devenu le seul lieu de vie n'étant pas encore tombé dans un état totalement sauvage, à notre connaissance." Dillermo est...