Chapitre 10 - Etape 2

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Nous vîmes Malé s'en aller avec Lior, sans savoir où, pour combien de temps, et pour y faire quoi. La situation avait au moins le mérite de me changer les idées, et de m'interroger sur autre chose que le sort de nos disparus. Mais, de me retrouver seul avec Bino, qui n'avait pas vraiment envie de discuter avec moi, me fit me sentir soudainement très seul. Après avoir soupiré plusieurs fois intérieurement, je décidais de prendre ma veste, et d'aller faire un tour en dehors des dortoirs. Nous étions assignés à ces lieux, mais personne ne m'avait jamais parlé d'une interdiction à se rendre juste devant la porte, afin de profiter d'un peu d'air pur. Ce dont j'avais besoin plus que jamais. Quelques minutes après être enfin en train de prendre de grandes bouffées d'oxygènes, j'entendis un chuchotement. Une voix qui semblait m'appeler sans pour autant que je sois capable d'en définir l'origine.

Je finis par baisser les yeux, et découvris une grille en dessous de mes pieds. En me baissant, je vis se dessiner les traits de Lior, dans des souterrains que je n'avais pas encore eu l'occasion d'explorer.

- Lior ? Que fais tu là ? Tu n'es pas avec Malé ?

- Malé est en formation, il a reçu ses instructions, il se débrouille seul maintenant. Me répondit elle.

- Mais pourquoi es tu là dessous ?

- Et toi ? Pourquoi es tu à l'extérieur alors que tu n'en as pas l'autorisation ?

- Je pensais que je pouvais aller jusque là. Je vais rentrer.

- Non. Maintenant que tu es là, aide moi à enlever cette grille. Cela m'évitera un long chemin pour rentrer.

Je ne me fis pas prier, et aida ma formatrice à se sortir de ces obscurs tunnels, coincés sous la terre. J'enfonça le ridicule jusqu'à lui tendre la main, une fois la grille retirée, avant de la voir s'extraire, seule, sans avoir le moindre besoin de la plus petite de mes aides. Une fois sortie de son trou, Lior m'observa et me lança :

- Tu ne diras pas que j'ai pris ce raccourci, n'est ce pas ?

J'ignorais à qui elle pouvait imaginer que je puisse dire une telle chose, mais je lui assurais qu'elle n'avait aucun souci à se faire. Ce à quoi elle me fit comprendre que je faisais le bon choix, étant donné que notre rencontre ne fut pas plus légitime pour elle que pour moi, à ce moment là. Puis, très rapidement, elle me contemplait, comme si elle sentait que je n'étais pas totalement serein. Elle commença à me questionner, tandis que je résistais au possible pour ne pas lui révéler mes angoisses.

- Tu sais, je suis ta formatrice. Je suis là pour t'aider en cas de doute. Tu peux me faire confiance. Je ne suis pas comme les autres. M'assura Lior.

- Les autres ? Qu'ont ils, les autres ?

- Rien, c'est une façon de parler.

Je n'étais en aucun cas convaincu que cette fille, qui avait réussi à devenir la plus jeune des rapporteurs, et surtout, la seule femme, ai pu si mal choisir ses mots. Je la savais très sûre d'elle, et toujours dans un certain contrôle de ses propos.

- Très bien ! J'en ai trop dit, je suis d'accord. Khalek, ne te méprends pas. Tu n'as rien à craindre des autres. C'est juste qu'ils respectent davantage les règles que moi.

- ça fait partie de la formation de me le révéler ?

- Non. D'ailleurs, tu devrais retourner au dortoir et considérer que cette discussion n'a jamais eu lieu.

Je comprenais que Lior, si fidèle aux règles me paraissait elle, était avant tout une jeune femme, de 4 ans mon aînée, qui n'était pas simplement une personne droite, mais au contraire, quelqu'un qui dissimulait de nombreuses nuances. Je retournais ainsi dans mes appartements, sans trop chercher à en savoir plus. Mais je savais qu'un début de lien venait de se créer, et que, peut être, je finirais par savoir ce qu'elle n'avait pas voulu me dire ce jour là.

Le soir même, après le repas, Bino et moi attendions sagement le retour de Malé. Nous n'avions toujours pas réussi à réinstaurer un dialogue, et je comptais sur les récits qu'il nous ferait de sa folle journée, pour renouer le contact. Mais Malé arriva tard dans la chambre, alors que nous nous endormions déjà. D'un œil à demi ouvert, je le vis entrer dans la chambre, sans prendre soin d'éviter de faire du bruit. Il semblait tituber, épuiser. J'ignorais ce qu'il avait pu vivre dans les souterrains de Dillermo, mais de ma semi-conscience, je comprenais que cela avait dû être éprouvant. J'ai, malgré tout, fait mine de ne pas remarquer sa présence. Je me laissais ainsi sombrer dans le sommeil, en ayant hâte d'être au lendemain, pour en savoir plus.

A peine le jour levé, que nous étions déjà debout, à l'exception de Malé. Bino décida de ne pas se gêner quant aux nuisances sonores matinales qu'il faisait. Je tentais de lui faire baisser le volume de ses mouvements pour se préparer, mais celui ci me regardait, sans me répondre. Pourtant, au réveil de Malé, Bino retrouva la parole, afin de l'interroger, au moins autant que moi, sur sa journée passée.

- Alors, ils t'ont fait faire quoi ? Demanda Bino.

- Rien de grandiose. Répondit Malé.

- Tu ne veux rien nous dire ? Demandais-je.

- C'est surtout que je ne suis pas sûr de pouvoir.

Il semblait clair que nous n'allions pas en savoir plus de sa bouche. C'est alors que Lior fit son entrée dans la chambre.

- Tout va bien aujourd'hui ?

Nous répondîmes que oui, unanimement, même si les traits que nous causaient la fatigue commençaient à se voir sur nos visages.

- Parfait ! Bino, tu viens avec moi aujourd'hui. Vous deux, vous pouvez vous reposer. Nous lança-t-elle.


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