Au lendemain matin, alors que nous nous préparions pour la journée, Lior fit une nouvelle apparition. Ce rituel matinal devenait le meilleur moment de ma vie d'apprenti rapporteur. Je savais que j'allais entendre sa voix, la contempler. Et depuis la disparition de Réro, je finissais par me dire qu'elle était devenue la seule douceur que j'avais dans mon quotidien.
- Bonjour les garçons, prêts pour une nouvelle journée ? Nous lança-t-elle.
Nous l'étions forcément, et moi plus que les autres. Mais au moment de nous demander de la suivre, je m'étonnais de voir que je n'étais pas le seul convié. Bino, Malé et moi marchions donc derrière elle, vers une destination inconnue. Arrivés dans les tunnels, Lior pris Bino par la main, et lui indiqua de suivre le couloir A. Malé fut dirigé vers le couloir B. Elle enchaîna sur les indications qui leur seraient nécessaires durant l'épreuve :
- Durant ce parcours, vous pourrez découvrir, si vous atteignez votre objectif, l'extérieur au travers d'une parroi. Cela ne veut pas dire que votre formation touche à sa fin, vous en êtes loin. Profitez de cette vue pour vous souvenir pourquoi vous faites tout cela.
Je vis Malé et Bino partir dans des chemins opposés, tandis que j'attendais que l'on m'indique ma mission. Lior me regardait, sans dire un mot, ce qui finissait par me troubler.
- Et moi ? Je vais où aujourd'hui ? Lui demandais-je.
- Toi ? L'impatient ! Tu n'es pas encore prêt. Bino et Malé ont une avance sur leur formation, ce qui leur permet d'évoluer. Me répondit elle.
- Peut être que si l'on me formait, j'aurais le même niveau qu'eux. Commençais je à pester.
Mais la formatrice ne se laissait pas démonter pour autant.
- Tu veux faire quelque chose ?
- Oui ! Je ne veux pas passer une troisième journée à ne rien faire.
- A ne rien faire, ou à m'attendre à l'extérieur ? Me rétorqua-t-elle.
Ne voulant pas paraître insolent, je n'osais pas répondre. Je baissais simplement les yeux, dans l'attente d'une phrase qui me redonnerait un peu d'espoir quant à ma présence ici.
- Ne t'en fais pas Khalek, j'ai une mission bien précise pour toi aussi.
C'est un peu comme si je renaissais de mes cendres à l'écoute de ces mots. Je suivais ma formatrice, qui après avoir longé quelques couloirs, m'installa, seul, dans une pièce. Dans celle ci ne se trouvait qu'une table et une chaise. Elle m'invita à m'asseoir, puis me demanda de l'attendre. Je la vis quitter la salle, et me laisser seul dans ce lieu durant quelques minutes. Elle revint, l'air de rien, et me tendit une pile de feuilles.
- Voilà pour toi !
Je ne compris pas bien en quoi tout ceci pouvait avoir un rapport avec ma formation, mais je récupérais les papiers, afin de jouer le jeu, sans pour autant m'intéresser au contenu de ceux ci.
- Tu ne lis pas ? Me demanda-t-elle.
- Si, bien sûr, je vais le faire.
- Qu'attends tu ?
J'imaginais qu'elle allait me laisser seul, face à mes feuilles. Je n'attendais donc que son départ, tout en espérant qu'elle ne me laisse pas.
- Tu préfères que je m'en aille ? Ajouta-t-elle.
- Oui. Enfin, non. Tu peux rester si tu veux.
- Bien.
Je vis Lior s'installer au sol, le dos collé au mur, tandis que je commençais ma lecture, très troublé par la présence de ma formatrice. Je lisais sans lire. Je constatai que je faisais face à un questionnaire dont les interrogations s'intéressaient à mes ressentis depuis le début de ma formation. Si mes parents me manquaient, ce que je pensais de mes nouveaux compagnons d'infortune, nos conditions de vie, d'apprentissage. Tout y passait. Alors que je sentais le regard de Lior glisser sur moi, je partais à la recherche d'une question qui aurait pu me permettre d'évoquer l'absence de Réro. Mais, à ma grande déception, aucune ligne ne faisait référence à un tel événement, ne m'accordant pas la possibilité de m'en plaindre.
- Khalek ? M'interrompit-elle.
- Oui ?
- Es tu à l'aise dans cette formation ?
- Oui. Pourquoi ?
- Tu me sembles contrarié. Tu sais que tu peux me parler. Je suis aussi là pour ça.
- Il n'y a rien.
Je savais que si je commençais à m'enfoncer sur le sujet Réro, je finirais par lui révéler que j'avais fait une excursion durant la nuit. Et au delà de ne pas vouloir trahir Bino et Malé, je ne voulais pas non plus mettre en situation périlleuse Paride, qui avait fait le choix de nous couvrir. Et alors que je faisais mine de m'intéresser au questionnaire que j'avais reçu, je vis Lior se lever à nouveau, et sortir de la pièce, sans me dire un seul mot. Curieux, je me demandais où celle ci avait décider d'aller. Je profitais de son absence pour me lever, dégourdir mes jambes, et m'approcher de la porte que j'entrouvris, pour voir la silhouette de Lior s'égarer dans un couloir. Soudain, alors que je ne la voyais plus, je l'entendis parler à quelqu'un, dont je ne pouvais qu'entendre la voix de loin.
- Il ne tiendra pas le coup sur la longueur. Expliqua t elle à l'inconnu.
Je n'entendis pas la réponse qu'elle reçue, mais Lior continuait de tenter de prendre visiblement ma défense. Elle s'acharnait à expliquer à l'homme en question, mon besoin de vérité, de réponse. Soudain, l'inconnu haussa le ton, et me permis d'entendre sa réponse qui me laissa perplexe.
<< Vous ne voulez tout de même pas que l'on change tout le protocole uniquement pour vous aider à faire votre travail ? >>
A cette phrase, Lior ne répondit rien. Ou du moins, rien que je ne pu entendre de là où je me trouvais. J'entendais ses pas se rapprocher à nouveau de moi, et ne tardais pas à retourner à ma place, l'air de rien, comme si tout ce qui venait de se produire m'avait échappé. Elle entra dans la pièce, jetant un œil sur moi pour s'assurer sans doute que je n'avais pas bougé de mon siège. Je la sentais contrariée.
- Tout va bien ? Lui demandai-je.
- Oui. Continue ton questionnaire.
Elle semblait à son tour dérangée par ma présence, tout en ne voulant pas me quitter. Pour ne pas l'agacer davantage, je décidais d'enfin me plonger dans le questionnaire qui m'avait été donné. Je répondais, sincèrement aux questions, et me rendais compte, durant l'exercice, que si mes parents me manquaient, Réro avait causé un vide beaucoup plus grand encore, que le leur. Et, malgré les encouragements que j'avais reçus de toute part, pour passer à autre chose, je comprenais que je n'allais pas pouvoir l'abandonner ainsi.
Vint le moment où le questionnaire s'intéressa à mes conditions de vie. Le dortoir, les repas, la formation. Tout y passait. Je me résignais à ne rien critiquer, à donner les réponses que l'on attendait certainement de moi. Et, avant même que je n'eus le temps de terminer chaque feuillet, Lior se leva, me retira la pile de papier de la table, et me dit :
- Il est temps de retourner au dortoir. On se reverra demain.
Sans le moindre mot, je me dirigeai vers mes appartements, très confus de la journée que je venais de passer. Arrivé dans la chambre, je vis Malé et Bino, en pleine discussion sur leur journée. J'avais hâte qu'ils me racontent ce qu'ils avaient vécu en mon absence, mais ceux ci décidèrent que, n'ayant pas participé à l'activité, je ne pouvais en savoir plus. J'ignorais toujours si cela était une demande formulée par nos supérieurs, ou si cela résultait d'un choix qu'ils avaient eux mêmes fait, à mon encontre. Alors, lorsqu'ils m'ont, à leur tour, interrogés sur ma journée, je pris le parti de ne pas répondre non plus. Les mystères ne devaient pas aller que dans un seul sens. Je me mis sous mes draps, et cherchais le sommeil, en espérant que demain serait meilleur.
>>>> A Venir - Chapitre 13 : Réro <<<<
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DILLERMO
Fiksi Ilmiah"Dillermo, c'est une sorte d'immense cuve, bien entourée par de grands rochers, nous permettant de nous terrer dans cet endroit, devenu le seul lieu de vie n'étant pas encore tombé dans un état totalement sauvage, à notre connaissance." Dillermo est...
