Chapitre 33 - La Mémoire

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Monsieur D et un militaire me guidèrent dans un tout autre endroit. Je longeais les couloirs, où des tas d'autres visages inconnus circulaient librement. Je découvrais des lieux que je n'avais encore jamais vu, et tout me semblait si différent de ce qui se trouvait à Dillermo. La technologie qui se trouvait de ce côté là du monde était époustouflante. A se demander pourquoi et comment des hommes et des femmes avaient décidés, un jour, d'entrer dans cette peuplade, privée de tout ce confort.

Au bout du couloir, je vis une porte, mais je sentais mes guides tendre vers la gauche, bien décidé à m'emmener dans un endroit précis, autre que celui qui attirait mon regard. Plus je m'approchais de cette porte, plus je voyais, au travers de la petite fenêtre qu'elle contenait, la silhouette de deux hommes. Puis, à quelques secondes de ne plus pouvoir observer au travers de cette vitre, je vis un visage qui m'était plus que familier. Je n'eus pas le temps de bien regarder pour confirmer ce que mes yeux venaient de se convaincre d'avoir vu, mais j'en étais sûr, dans cette pièce se trouvait Réro.

Si celui n'était pas réellement mort, il avait forcément fini sa vie chez les sacrifiés. Je compris alors que les sacrifiés n'étaient en rien destiné à la mort, mais à une autre forme de liberté. Si Réro était encore en vie, alors tous les autres devaient l'être également. Peut être que la personne qui se trouvait avec lui était Bino, et que l'on m'avait accusé d'horreurs simplement dans le cadre de ce que l'on voulait que je vive. Cette information capitale, que je venais de récolter, devait rester en moi. Je pris donc soin de ne pas réagir, afin que personne ne puisse remarquer que j'avais soudainement une longueur d'avance. Puis, monsieur D et mon guide ouvrirent une autre porte, un peu plus loin. Je fus installé sur un siège, parmi des tas d'autres qui, eux, demeurèrent désespérément vides. L'endroit ressemblait à une concentration de chaises par dizaines, toutes en direction d'une sorte d'écran géant. Je connaissais ce genre de matériel, bien sûr, j'en avais vu des tas dans les livres dont nous disposions à Dillermo, mais cela appartenait au monde d'avant, à ma connaissance. Pourtant, ce que j'avais sous les yeux était bel et bien un écran, et j'ignorais encore ce que celui ci allait finir par me révéler.

Monsieur D prit alors la parole, et me demanda de respecter ce moment, en ne l'interrompant pas inutilement. Il m'expliqua que je ne devais ouvrir la bouche que si j'y étais invité. Avant même que je ne pus envisager de ne pas être d'accord avec ce principe, il m'affirma que nous nous étions déjà rencontré dans le passé. J'imaginais alors que cela remontait sans doute à mon enfance, et que j'étais bien trop jeune pour m'en souvenir. Mais l'homme insista, et m'assura que cela ne remontait pas à si longtemps. Il m'invita à réfléchir, à tenter de me souvenir, mais j'en fus simplement incapable.

L'homme me conseilla de faire de plus amples efforts de mémoire, avant de sortir de la pièce, me laissant ainsi seul, à nouveau avec mes interrogations, et un travail à fournir autour de mes souvenirs. Les minutes passèrent ainsi, et j'avais beau creuser au plus profond de ma mémoire, le visage de monsieur D ne figurait pas dans le film de ma vie. J'en étais convaincu, lui et moi ne nous étions jamais parlé. Mais à ce moment précis où je pus faire ce constat, je me souvins alors de sa voix. C'était lui, cela ne faisait aucun doute, l'étranger auprès de qui Lior avait tenté de plaider ma cause, juste avant le retour de Réro. Mais l'avoir entendu ne faisait pas de lui quelqu'un que je connaissais, et selon monsieur D, nous nous étions rencontrés physiquement. Malgré tout, cet événement, qui aurait visiblement dû me marquer, n'était déjà plus, depuis longtemps, dans ma mémoire.

Le temps passait ainsi, et au bout de près de 3 heures, l'écran se mit enfin en route, me sortant de mon silence et de ma solitude. A première vue, ce fut bien plus l'aspect incroyable de voir des images au travers de ce dispositif qui m'intéressa, que le contenu de celles ci. Pourtant, très vite, je reconnus ma silhouette. Je ne pus alors m'empêcher de prêter davantage attention à la situation. En regardant de plus près, je me vis, moi même, habillé dans une tenue que je n'avais jamais porté, assis dans cette même pièce où je me trouvais quelques heures plus tôt, renfermé sur moi même, et en face de monsieur D. Je ne pouvais donc plus le nier, j'avais bien fait la rencontre de l'étranger, dans le passé. Mais si l'homme prit la peine de me faire visualiser ces images intrigantes, il usa de son pouvoir en choisissant en me privant du son de celles ci. Lorsque la séquence s'acheva, j'attendis de longues minutes, encore, à me demander comment je pouvais avoir vécu cet instant, et ne pas du tout m'en souvenir.

Monsieur D revint dans la pièce, et me demanda alors.

- Et maintenant, tu te souviens de moi ?

Mon malaise se situait entre ma nouvelle incapacité à nier que nous nous connaissions, et le néant qui se formait dans mon esprit, concernant ce souvenir. Monsieur D s'approcha de moi, et m'invita, une fois de plus, à bien réfléchir à la question.

- Tout est là. Tu peux t'en souvenir maintenant.

Puis, il ressortit de la pièce, me laissant encore seul avec moi même. J'imaginais que des heures allaient une nouvelle fois s'écouler, et que l'écran m'apporterait d'autres réponses. Mais l'attente fut longue, interminable, et les questions qui occupaient mon esprit m'empêchaient de réfléchir correctement sur la situation. Et contre toute attente, monsieur D ne revint pas. Je vis quelqu'un d'autre pénétrer dans la pièce. Je reconnaissais cette silhouette sans mal, d'autant que j'en étais convaincu, je l'avais déjà croisé un peu plus tôt dans la journée. Il était bien là, en chair et en os, vivant, sous mes yeux : Réro.

J'eus envie de me lever, d'aller serrer mon ami dans mes bras, mais celui ci me demanda rapidement de me remettre assis, avant même que je ne pus m'approcher de lui. Il me lança alors que lui et moi n'avons jamais été amis depuis l'enfance. Que notre relation n'était basée que sur un scénario, dont j'étais l'acteur principal. Réro n'existait pas, c'est ce qu'il tentait de me dire à demi mot. Il était pourtant bien là, réel, sans pour autant avoir jamais été celui qu'il était prétendument à mes yeux. Je fus alors perdu, et avant même que je ne puisse lui demander quelques précisions, je le vis se diriger vers la sortie, m'abandonnant sur ces quelques mots :

- Les réponses, c'est Dillermo qui les a.

Si Dillermo était la réponse à l'énigme, je compris que j'avais peut être fait un mauvais choix en la quittant. Et de me retrouver à nouveau seul, me permettait de prendre en conscience l'étendue de mes erreurs, depuis le début, peu importe quand celui ci se situait. J'en étais précisément là lorsque l'écran se remit une nouvelle fois en route. 


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