Un an. On dit que ça fait un an maintenant. J'ai compté les jours. Je les ai même barrés avec un gros feutre rouge. Un an. Jour pour jour. Un an.
Et pour la première fois en un an, j'ai un pied au cimetière. Je regarde toutes ces tombes, toutes ces inscriptions et je ne ressens qu'un grand vide au fond de moi. Tu te demandes bien pourquoi hein ? Enfin, je sais que tu connais la réponse. Comme toujours.
Et tu sais, de cette histoire, on n'en retiendra que la moitié. Peut-être les moments les plus importants, les plus marquants et tout le reste, on l'oubliera. Pourtant, ça sera bien là, profondément ancré en nous mais mis dans une sorte de boîte dont on va jeter la clé quelque part et qu'on oubliera où. Parce qu'on oubliera forcément ce qui s'est passé exactement ce jour-là. C'est peut-être le jour le plus important de nos vies tu sais . Celui où, pour la première fois, on a pris une décision, « cette » décision. Pleins d'hésitations, de curiosité et de doutes, on a fait ce pari risqué et par moments, on le regrette, du moins, moi je le regrette. Parce que par moments, j'aurais aimé avoir fait les choses différemment à ton égard. Pas pour moi et pour me soulager la conscience, non. J'aurais aimé le faire pour toi, pour t'éviter tout ça. J'aurais aimé te dire que j'aurais tout arrangé d'un coup de baguette magique et que quoiqu'il nous arrive, nous serons toujours ensemble. Parce que c'était la promesse que l'on s'était faite, comme dans les films : « Ensemble, envers et contre tous. »
Mais aujourd'hui, les choses sont différentes n'est-ce pas ? Bien différentes de tout ce que l'on aurait pu imaginer. Trop différentes. On ne s'attendait pas à ça. Pas maintenant, pas à ce moment-là. On ne s'attendait pas à ce que cela nous tombe dessus, on n'a pas choisi et tu en as payé les frais.
Toi plus qu'un autre. Toi plus que lui, plus qu'elle et plus que moi. Pourtant, ce n'était pas à toi de le faire. Ce n'était pas ton rôle. Ça n'a jamais été ton rôle.
Quand on y pense à toute cette histoire sordide et folle à la fois, j'ai quand même un léger sourire qui reste en suspens sur le bout des lèvres et je crois, non, je suis persuadée que tu saurais pourquoi. Pourtant, qui aurait cru qu'un jour, on en arriverait-là ? Qu'un jour on surpasserait jusqu'à nous-mêmes pour arriver à ça . Qui aurait cru qu'on en serait capable toi et moi ? Se regarder dans le blanc des yeux, hocher la tête en même temps et lire cette même certitude en l'autre tandis que nos doigts sont entremêlés les uns avec les autres. Ce genre de moment que je chéris encore, que j'oublie parfois par regrets et que je remémorise juste pour une dernière image de toi.
Juste pour me souvenait de toi. De toi avant tout ça. De toi avant « eux ». Je veux me souvenir de toi, vraiment, je veux me souvenir de chaque trait de ton visage, de chaque son provenant de ta voix grave et je veux me souvenir de chaque pore de ta peau... Mais plus j'essaye, plus j'oublie. Mes cauchemars sont devenus imprégnés de ton image s'effaçant petit à petit et de ton lointain souvenir.
Parce qu'au final... Tu n'es que ça n'est-ce pas ? Un souvenir. Heureux ou malheureux. Un juste mélange des deux. Une image. Un écho d'un passé lointain.
Aujourd'hui tu n'es plus. Aujourd'hui tu n'es que poussière et pourtant, aujourd'hui, comme chaque jour, ta tombe est encore fleurie. Ce n'est pas moi. Quelqu'un vient ici. Tous les jours. Surement les deux autres. Ils viendront toujours te voir. Tu dois leur manquer aussi mais je ne peux plus te partager... Plus quand je te sens partir, une nouvelle fois.
Je veux seulement que tu te rappelles, avec moi, comment on était avant. Comment tout était entre nous...avant.
Avant que nous mourrions tous les deux.
Ça fait un an aujourd'hui et je n'ai pas revu Tara ou Nico... Ou les autres. Je n'ai pas envie. Peu de temps après l'enterrement auquel je ne suis pas allé, j'ai déménagé de chez Mima, j'ai pris un appartement en ville. Je voulais être seule sans subir constamment ces regards pleins de compassion et de pitié. J'en avais marre que l'on me regarde comme ça.
J'en avais marre qu'ils aient tous cette expression dans les yeux. La même que toi quand tu t'excusais à chaque fois.
Alors je suis partie.
J'ai arrêté de chasser aussi. Les esprits sont moins nombreux et les chasseurs aussi depuis quelques mois et c'est tant mieux. Je ne veux plus y retourner. Pas après tout ce que j'y ai sacrifié. Plus après tout ça. Et pourtant, j'ai bon nombre de mystères à résoudre... Mais pas maintenant. Plus jamais.
« - Si tu savais comme je te déteste. »
Je regarde les inscriptions sur sa tombe. Ils ont enterré un cercueil vide. C'est tellement ridicule.
Je m'abaisse et dépose un vieil anneau cabossé et rouillé à côté des fleurs. Je n'en ai plus besoin. Plus maintenant.
Maintenant tout est fini.
Le vent souffle fort aujourd'hui, je devrais songer à rentrer avant qu'il ne pleuve. Il va encore pleuvoir n'est-ce pas ? Il pleut souvent depuis quelque temps. Je me demande bien pourquoi ? On dirait que le ciel lui-même cherchait à effacer quelque chose.
Le vent souffle et les feuillages s'agitent. Avant, ce bruit me faisait paniquer... Maintenant, j'ai le regard vide et ces feuilles ne sont que des feuilles à mes yeux.
Je détourne les talons, derrière moi, il y a une silhouette. Derrière moi, sans un bruit, il y avait quelqu'un. Capuche sur la tête, tête baissée, mains dans les poches, jean troué. Je ne sais pas qui c'est. Pourtant, je reste plantée devant cet homme.
Pourquoi ?
Il passe une main sur sa tête, fait descendre sa capuche, relève les yeux vers moi et me regarde, tout sourire.
« - Ne dit-on pas que les chats ont neuf vies ? »
FIN.
A SUIVRE .....
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Hunters - Tome 1
ParanormalLa curiosité est un vilain défaut. Voilà un proverbe qui s'applique particulièrement bien à Amélia. Aimant mettre son nez partout et dans les affaires de tout le monde, cela a tendance à lui créer plus d'ennuis qu'autre chose, mais quand sa grand-mè...
