6.2 Les bandits

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On fit enfin entrer Yana

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On fit enfin entrer Yana. Le calme revint rapidement dans l'audience et même Belfa cessa de chanter. Malo essaya de retrouver dans son regard la froide prestance qu'il y avait vu tant de fois, mais ses yeux étaient larmoyants sous l'effet de la décoction. Elle tituba sans grâce jusqu'à son tabouret et s'affala lourdement.

— Présentez-vous, ordonna Ravelle.

— Yana.

Un mouvement parmi les invités attira l'attention de Malo. Il repéra le frère de Yana, au milieu du premier rang. Pour une raison inconnue il paraissait enchanté par la réponse de sa sœur.

— Votre âge.

— Dix-sept ans.

— Où avez vous vécu votre enfance ?

— Dans la forêt, derrière les montagnes, très loin d'ici. Dans une maison en bois peint.

— Vous aviez une grande famille ?

— Oui, répondit-elle sans l'ombre d'un sourire à cette évocation.

— Pourquoi ne sont-ils pas tous avec vous aujourd'hui ?

— Mon frère jumeau est venu, dit-elle aussitôt, et cela la fit sourire tandis qu'elle regardait droit devant elle sans rien voir. Les autres sont morts.

Elle avait ajouté ces derniers mots avec une telle désinvolture que la foule en frémit. Malo se demanda si c'était l'effet de la décoction qui la rendait si insensible, ou si elle n'éprouvait vraiment rien en pensant à la disparition de sa famille. Au premier rang, le frère de la jeune fille la regardait à présent intensément.

— Comment sont-ils morts, interrogea Ravelle sans se laisser déstabiliser.

— Chacun de manière différente.

Elle prit une grande bouffée d'air avant de poursuivre, comme si elle se lançait dans un récit compliqué. Son frère tenait maintenant sa tête entre ses mains, le front posé sur ses genoux.

— Ça a commencé quand des pillards ont investi le coin de terre que l'Empire nous avait donné. Je me souviens que papa disait que la forêt n'était plus sûre depuis que l'Empereur Néal avait trouvé meilleur appât ailleurs. On ne voyait plus aucun homme armé qui patrouillait, on ne croisait plus grand monde sur les routes. Et puis cette nuit-là, des hommes sont venus. Ils étaient neuf en arrivant et puis sept ensuite. Mes grands frères en ont tué deux avant de se faire eux-mêmes tuer.

Elle s'interrompit, semblant perdre le fil de son récit à travers son esprit embrumé.

— Ils ont tué vos parents aussi ?

— Oui, reprit-elle, c'est ça, ils les ont tués.

Un silence qui se voulait respectueux suivit ses paroles. Mais elle continua sur sa lancée, imperturbable.

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