24. Discussion avec le Magicien

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— Les hommes sont naturellement bons, Yana

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— Les hommes sont naturellement bons, Yana. Tu le comprendras au fur et à mesure de ta vie.

— Alors ceux qui ont tué mes parents n'étaient pas des hommes.

Ils étaient assis en tailleur sur le grand rocher plat, en face de la chaumière rouge. La plaine s'étendait devant eux, derrière, la forêt, et au loin les montagnes roses dans le coucher du soleil.

— Il n'y a pas d'exception, petite. Regarde-toi, tu es une fillette gentille et dévouée, cela ne t'empêchera pas de commettre de mauvaises actions. Tu sais, Yana, j'ai un frère tout comme toi, Esoukaï. Lorsque nous étions petits, Esoukaï était le meilleur de nous deux, il recueillait les oiseaux tombés du nid, soignait les biches blessées et avait toujours un mot doux pour tout le monde. Et puis, à vingt ans, nous avons eu une querelle de cœur. Esoukaï s'est comporté de manière odieuse avec moi pendant plusieurs années, jusqu'à ce que la femme se marie avec lui. Je demandai à Shaure comment elle avait pu tomber amoureuse d'un homme qui se montrait si exécrable avec son frère. Elle me dit alors : « Si chaque homme porte en lui sa bonté, il traîne aussi son boulet de haine. Même si Esoukaï ne le comprend pas encore, il saura bientôt regretter sa conduite et pencher du bon côté. » Elle ne s'était pas trompée, car quelques temps plus tard, mon frère est venu me demander pardon.

De la plaine ondoyante leur parvenaient les cris et le rire de Yann. Un ballon cabossé vola devant eux et roula dans l'herbe fraîche.

— Il faut donc regretter ses mauvaises actions, Féliko?

— Pas seulement, petite. Il faut d'abord faire pencher la balance du bon côté. Si le mal est déjà fait, alors il faut être pardonné.

— Comment faire si la personne qu'on a offensée est partie et qu'on ne peut pas lui parler ?

— Les occasions seront nombreuses et se présenteront toujours, Yana. Il faut juste savoir les reconnaître et les saisir. Regarde ton frère qui court dans la prairie sans se soucier de rien. Lui aussi un jour devra affronter ses démons, comme chaque personne ici bas.

— Mais si jamais... On a trop vécu, trop souffert et trop fait souffrir, que faire ? J'ai peur de vous décevoir.

— Les règles habituelles ne s'appliquent pas avec toi, Yana. Tu es peut-être née avec l'apparence d'une humaine, mais tu n'es pas comme nous tous. Tu affronteras les épreuves comme nulle autre ne les a affrontées jusqu'à présent et tu en sortiras grandie. Tu seras source d'envie, d'admiration, d'amour...

— Magicien, ceci est un rêve, n'est-ce pas ? Nous ne sommes pas réellement en train de nous parler. Yann n'est plus un petit garçon, ni moi celle que vous avez connue. Féliko, si vous saviez... comme vous seriez déçu de moi !

— Mais je sais déjà tout, Yana. Je sais que tu as survécu au tombeau et à la garderie. Je sais que tu as essayé depuis de racheter tes fautes et que tu as découvert la peur à nouveau. Et je sais ce qui est arrivé entre Yann et toi.

— Vous me manquez terriblement, Yann et vous. C'est extrêmement douloureux de quitter un endroit et de devoir patienter des années avant d'y revenir, puis de se rendre finalement compte que tout a changé en son absence.

— Tu me manques aussi, Yana. Mais tu ne pouvais pas rester toute ta vie enfermée dans notre chaumière rouge. Tu es venue sublimer notre monde, c'est pourquoi tu ne peux me décevoir. Une dernière chose, je vois que tu as toujours la double serpe Kholê avec toi.

— Oui.

— Il faudra t'en débarrasser si tu veux aller de l'avant.

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