Cachée au fin fond du Tombeau, Yana n'a eu aucun mal à devenir une terrible tueuse. Mais lorsqu'elle émerge enfin à la lumière du dehors, ses crimes ne peuvent plus être ignorés de personne.
Alors, comment mentir à Malo, l'héritier de l'Empire qui l...
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- Commandante 423 de la section sept. Préparez vos troupes à partir dans cinq minutes.
Cinq minutes... C'était trop peu, seulement trois cents secondes, seulement deux cents battements de cœur. C'était assez pour se presser une orange, cirer ses chaussures, ou avaler sa soupe le matin. Il y avait tellement de choses qu'on pouvait faire en cinq minutes. Se laver les dents, fermer sa maison à clés, se confectionner un petit feu de camp.
Mais cinq minutes pour se préparer à se battre, c'était trop peu. Pouvait-on calmer sa monture en cinq minutes ? Pouvait-on faire disparaître sa peur en cinq minutes ? Pouvait-on oublier la mort qui attendait là-bas, de l'autre côté de la ligne de front, et ce champ qu'on s'apprêtait à traverser au galop en sachant qu'une centaine de flèches viendrait s'y ficher dans cinq minutes ?
Pour 423, le temps était déjà écoulé. Maintenant, elle devait faire son discours, réaliser des miracles pour rendre ces derniers instants supportables.
- Tunique noire. Entre toi et l'ennemi s'étend la plaine, longue, boueuse, interminable. Ton cheval y enlisera ses sabots et tu lui crieras d'avancer. Un trait transpercera ta chair et tu continueras ton combat. De l'autre côté, sur l'autre ligne, un homme bien plus costaud que moi exhorte ses hommes à nous tuer tous. Lui aussi pénétrera dans la plaine et laissera son cheval s'y embourber. Lui aussi lèvera son sabre et nos lames se rencontreront. Lequel de nous deux remportera le combat ? Celui qui ne veut pas mourir ? Celui qui aura le plus de force ? Ou celui qui y mettra le plus de cœur, de courage et d'obstination ?
423 marqua une pause et balaya du regard les rangées de tuniques noires immobiles, suspendues à ses lèvres. En première ligne, Maître Govat attendait, les yeux mi-clos et le visage paisible. A sa droite, 303 trépignait impatiemment sur son cheval en faisant jouer ses muscles tendus. Deux rangées plus loin, 99 et 51 paraissaient figés sur leurs montures, telles deux statues d'ivoire. Une sueur froide suintait le long de leur tempe. Montée fièrement devant eux, contemplant au loin l'ennemi, 600 donnait l'impression d'être inaccessible à toute stimulation extérieure.
- Aujourd'hui je vous le dis, sortiront vainqueurs les braves et les déterminés, parce que l'ennemi a tous les atouts et nous toutes les faiblesses, mais lui est jeune et nous avons vécu. Tunique noire, tu es plus sage et plus forte que deux de ces hommes. Montre-leur ce que tu connais et qu'ils ignorent, prend ton épée et dessine dans leur sang ce qu'ils n'ont pu voir du monde. Offre-leur le présent de ton expérience, et qu'ils n'en profitent que brièvement, car tu es jalouse de ton savoir. As-tu peur désormais, de cette plaine où tu t'enliseras, de ces traits qui te transperceront, alors que tu te sais prête à affronter bien pires épreuves, et que devant toi des nouveaux-nés avancent à l'aveuglette ? Tunique noire, tu es mieux armée qu'un homme pour combattre aujourd'hui. En avant !
423 fit pivoter sa monture d'un coup sec des talons et abattit sa bride. Dans son dos, elle entendit des centaines d'enfants l'imiter, puis tous s'élancèrent au galop à l'unisson. La terre tanguait autour de 423 au rythme de la foulée de son cheval. Elle aurait aimé que le champ soit plus grand, que les lignes ennemies soient plus loin, mais déjà une volée de flèches fendit l'air. Les dards de fer furent stoppés net par un coup de vent qui les envoya valdinguer de côté. 423 ressentit un brusque élan d'affection à l'égard de 51 et de son équipe qui faisaient du bon travail.