Cachée au fin fond du Tombeau, Yana n'a eu aucun mal à devenir une terrible tueuse. Mais lorsqu'elle émerge enfin à la lumière du dehors, ses crimes ne peuvent plus être ignorés de personne.
Alors, comment mentir à Malo, l'héritier de l'Empire qui l...
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— Enfin, voici sans doute les plus surprenantes de nos jeunes prétendantes, venant des milieux modestes du royaume et renfermant bon nombre de richesses insoupçonnées.
La remarque déchaina les rires des invités et la procession reprit. Les trois premières étaient maigrichonnes et pâles. Effrayée par l'importance de l'audience, l'une d'elles courut jusqu'à la piscine et sauta à pieds joints dans l'eau. La seconde aurait pu décevoir les spectateurs si elle ne s'était pas mise au dernier moment à éternuer de manière hystérique en raison d'une allergie provoquée par l'eau de la piscine. La suivante était si crispée qu'on dut s'y prendre à trois pour l'arracher des bras de l'Héritier auquel elle s'était vigoureusement accrochée.
La foule ne retenait plus ses larmes de rire et même les derniers gradins où était perchée la populace ne tarissaient pas de moqueries en tout genre. C'était un peu comme si on lâchait soudain les clowns, les faibles parodies des prétendantes précédentes. Lorsque l'avant dernière jeune fille fit son entrée devant les gradins, les hoquets de joie atteignirent un degré proche de la jubilation. Malo, massant ses bras engourdis, plissa lui-même des yeux en découvrant la demoiselle en question.
— Où ont-ils déniché ce gorille ? s'écria son frère Roland d'une voix parfaitement audible.
Le mot était juste. Des bras de la taille des mollets d'un homme, des épaules d'où on voyait à peine dépasser une tête comprimée, des hanches pouvant rivaliser avec celles d'un hippopotame, c'était presque une vision d'horreur qui s'offrait aux spectateurs. Et cette vision n'aurait pas pu tomber plus à propos.
Le vacarme était assourdissant, les gradins grinçaient dangereusement et Malo avait l'impression de les voir vaciller. Une minute, c'est le temps qu'il fallut à la jeune fille surnommée le « gorille » pour comprendre qu'elle n'était pas faite pour la vie d'Impératrice. Elle ne se laissa pas démonter pour autant et marcha très vite jusqu'au plongeoir qu'elle dédaigna en préférant se laisser glisser sobrement dans l'eau. Avant que Malo n'ait eu le temps de lui offrir son assistance, elle sortit simplement de la piscine d'une modeste traction des bras, serra la main de l'Héritier et alla rejoindre les autres jeunes filles.
Dans les gradins, l'excitation retombait peu à peu. On commençait à trouver le temps long et la position inconfortable.
— Qu'on envoie la dernière, cria quelqu'un.
— Que ça finisse !
— On en peut plus !
— Voilà, voilà, reprit la voix amplifiée en dérapant légèrement dans les aigus, Mesdames et Messieurs, je vous demande toute votre attention pour notre dernière prétendante qui nous vient de la ville. Mademoiselle Yana, Yana tout court semble-t-il, a été choisie par la majorité comme étant la jeune fille issue de milieux modestes la plus méritante pour obtenir la main de l'Héritier. Je tiens à faire remarquer que c'est la première fois qu'une demoiselle suscite à ce point l'approbation générale, elle doit donc être tout à fait charmante !
Je vous rappelle qu'elle a été présentée à ce concours sous le conseil du Comte de Devinera. Yana a brillé de par son rôle de préceptrice chez une noble famille et a séjourné pendant quelques mois dans les faubourgs de notre ville, là où elle a sans doute rassemblé un si grand nombre de voies favorables. Voici donc, mademoiselle Yana.
Ce long discours avait achevé de calmer les invités, qui regardaient à présent d'un air vaguement intéressé l'entrée de la tente. La jeune fille en sortit lentement, prenant le temps d'examiner les alentours. Pour la première fois, Malo songea à ce qu'on pouvait ressentir en émergeant de cette tente et en se retrouvant face à des centaines d'yeux scrutateurs. Elle demeura un instant de plus que les autres derrière les pans de tissu, laissant juste sa tête dépasser.
Puis, très soudainement, elle s'avança devant les gradins. Aussitôt, un silence étrange se fit, mais de là où il était, Malo ne pouvait distinguer ce qui avait interpelé la foule. La jeune fille prenait son temps pour rejoindre la piscine, elle s'arrêtait de temps à autre, s'approcha pour examiner de plus près les invités du premier rang, et pendant tout ce temps la foule resta silencieuse. Tout à coup, un sifflement prolongé retentit. Il venait des gradins du haut. Le sifflement fut repris par une, puis deux, puis des dizaines d'autres personnes. C'était un sifflement de profond mécontentement. La jeune fille leva la tête, observa un instant, puis reprit son chemin en voûtant les épaules.
Malo put enfin vraiment la voir quand elle monta sur le plongeoir. La foule s'était maintenant mise à gronder tout entière et les enfants écoutaient leurs parents, effrayés et interdits. Yana était fine, de taille moyenne et de physionomie tout à fait commune. Ses cheveux blonds étaient coupés au ras des épaules, ses yeux étaient grands et gris-vert.
Elle avait le visage caractéristique de celle qui ne sourit pas, de celle pour qui le sourire est étranger. Pourtant, elle n'était pas triste, juste incroyablement inexpressive. Elle ne fit aucun mouvement inutile en grimpant sur le plongeoir et chaque fois qu'elle bougeait, elle le faisait avec précision et efficacité. Malo n'aurait pas menti s'il avait souhaité se ratatiner sur place devant elle, car elle était impressionnante de prestance. Il y avait même de la grâce dans chacun de ses battements de cils, songea-t-il, et c'était surprenant.
Juste avant qu'elle ne s'élance, il parvint à détacher ses yeux de son regard et remarqua alors la difformité de sa peau. C'était sans aucun doute ce qui avait rendu la foule si furieuse. Ses bras étaient lacérés de coups de fouets. Son torse était un tableau où l'on avait tracé des traits livides. Son corps entier était recouvert de marques de ce qui ne pouvait être issu que de la torture. Sa main droite était brûlée jusqu'au coude. Son dos était une ruine, un champ de bataille qui semblait hurler de douleur.
Jamais Malo n'avait vu quelque chose de si repoussant et de si révoltant de sa vie. Puis, brusquement, tout disparut. Yana avait plongé et la foule se calma instantanément, saisie par la beauté de ce plongeon. Malo, ému sans savoir dire pourquoi, saisit la main brûlée de la jeune fille en déployant toute la délicatesse dont il était capable.
— Je suis heureux de vous rencontrer, Yana, dit-il en toute sincérité.
Voyant qu'elle ne répondait pas, il précisa sans pouvoir s'en empêcher :
— Je m'appelle Malo. J'avais demandé à ce que ça ne se passe pas comme cela.
Elle le regarda avec une expression indéfinissable.
— Alors vous auriez dû insister, Malo.
Bonjour tout le monde!
Juste une petite phrase de remerciement au gentil lecteur qui a lu jusqu'ici! N'hésitez pas à commenter et à donner vos impressions... Les prochains chapitres seront entièrement consacrés aux aventures de Malo et de Yana au palais!