Cachée au fin fond du Tombeau, Yana n'a eu aucun mal à devenir une terrible tueuse. Mais lorsqu'elle émerge enfin à la lumière du dehors, ses crimes ne peuvent plus être ignorés de personne.
Alors, comment mentir à Malo, l'héritier de l'Empire qui l...
Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.
Il était cinq heures du matin. Dans la capitale, les rues commençaient à peine à s'animer. Les volets claquaient de temps à autre, une charrette chargée de cageots grinçait sur les pavés et des enfants endormis traînaient leurs seaux jusqu'aux fontaines pour assurer la toilette matinale.
Sur la Grand-Place, une échoppe bourdonnait déjà d'activité et une odeur de pain chaud s'élevait dans le ciel nocturne. A l'intérieur, on versait la farine, on pétrissait la pâte, on découpait les baguettes et on enfournait le tout en attisant les flammes.
Le service était terminé, mais Yana salua le boulanger et pressa le pas. Elle ne devait pas faire languir le boucher qui l'attendait à sept heures précises. Elle enfila ses gants et sa blouse, pénétra dans la chambre froide et referma la porte derrière elle. Le travail s'annonçait pénible, les morceaux de bœuf qu'elle devait dépecer étaient deux fois plus lourds qu'elle. Ses mains se gerçaient rapidement à travers le tissu et les gouttes de sueur qui coulaient de son nez se solidifiaient avant de tomber.
La jeune fille suspendit les bouts de viande aux crochets, quitta ses affaires et ressortit dans la rue en faisant un signe au boucher à travers la vitrine. Elle jeta un coup d'œil à l'horloge. Midi, elle était en retard. Elle courut directement jusqu'à l'enseigne du poissonnier sans prendre de déjeuner. Après avoir déplacé des caisses entières de glace, elle se précipita chez le cordonnier, puis chez le charpentier. Les gens souriaient à son passage, plaisantaient un instant avec elle, demandaient des nouvelles de son frère. Il n'y avait pas une seule personne dans le quartier qui ne connût pas Yana la persévérante, l'inépuisable, la brave sœur de Yann l'ambitieux.
Yana compta avec minutie les sous de la journée. C'était bien assez pour qu'elle vive, mais trop peu pour payer les études de son frère. Heureusement, les peines de mort et autres supplices avaient lieu chaque semaine sur la place à la fontaine. La nouvelle mode voulait que l'on ne tire aucun plaisir de la vengeance et c'était très seyant pour Yana. Ainsi, si par hasard un homme violait une fille de la haute société et qu'il était appréhendé, la famille qui assistait au supplice ne devait retirer aucun plaisir de sa punition.
C'est pourquoi on faisait appel à des personnes dotées d'un talent particulier, celui de voler la souffrance des autres. La jeune fille avait donc postulé à ce travail ingrat qui était rapidement devenu la source principale de ses revenus. Les autres volontaires n'avaient accepté de supporter que les peines mineures et Yana s'était bientôt vu chargée des exécutions les plus douloureuses et les mieux rémunérées.
La jeune fille s'agenouilla sur le rebord humide de la fontaine et étancha sa soif. Ce soir-là, elle irait servir au bar des Calpuciers puis s'accorderait enfin quelques heures de repos.
— Message urgent à aller porter, s'écria soudain un valet en agitant une enveloppe. Trente sous de cuivre à celui qui ira porter le message !