11.1 Section trois, mission deux

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— Pourquoi as-tu tué ces enfants ?

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— Pourquoi as-tu tué ces enfants ?

— Je préférais qu'ils meurent à ma façon, Gardien Ikral.

— Je crois une chose sur toi, 423. Je crois que tu as peur, chaque instant, à chaque phrase que tu prononces, à chaque regard que tu poses. Que font les gens qui ont peur ? Ils détruisent sans réfléchir, sans peser les conséquences de leurs actes. C'est ce que tu as fait, n'est-ce pas ?

— Je n'ai pas peur. De tous les enfants dont vous avez la garde, c'est moi qui suis la moins effrayée. Je les tuerai tous, si vous me le demandiez.

— Oh mais tu n'y es pas du tout, ma petite ! On m'a déjà assez répété à quel point tu es dévouée, talentueuse, travailleuse, patati patata. Mais je ne parle pas de ça. Tu n'as pas peur des autres...

— De quoi ai-je peur, alors, Gardien Ikral ?

— Tu as peur de leur souffrance. Tu l'évites comme on fuirait une flamme qui brûle la peau. Ai-je vu juste ?

— Il se trouve que je ne suis pas naturellement disposée pour ce genre de chose.

— Cela ne pose aucun problème aux autres Gardiens, tant que tu fais ton boulot et que tu ramènes toute ton équipe saine et sauve comme tu l'as fait hier, ils n'iront pas se plaindre. Mais, comprends-tu, à moi, ça me pose un problème.

— Je ne vois pas comment y remédier, Gardien.

— Ce n'est pas à toi de voir ce qu'il faut faire, petite. Heureusement, j'ai moi-même trouvé la solution. Je suis sûr que ça te plaira. Parce que tant que tu seras sous ma garde, je ferai tout mon possible pour que tu deviennes la meilleure entre tous. Je sais que tu en as les capacités, et je ne veux pas que ta peur t'empêche d'agir comme il convient. Pas tant que tu seras sous mes ordres. Est-ce clair ?

— Très clair, Gardien Ikral.

— Une dernière chose, 423.

— Oui, Gardien ?

— Il n'y avait pas d'espions dans ce village. Mais je suppose que tu le savais déjà.

— Oui.

Il avait commencé à neiger sur le volcan. La neige blanche n'était pas parvenue à venir à bout de la roche noire, mais la muraille était entièrement recouverte de son manteau immaculé. Les enfants étaient chez eux à la garderie. Quitter leur foyer pour partir en mission leur était à chaque fois de plus en plus pénible. D'autant plus que beaucoup ne revenaient pas, ou en piteux état. C'était une sorte de loterie où on n'était jamais sûr de si on allait gagner ou perdre, vivre ou mourir. 

Le groupe de 423 avait été un des seuls à revenir indemne. Les autres avaient du combler les trous, remplacer par de nouvelles pièces celles qui avaient été perdues en route. Au fur et à mesure, les ordres de missions devenaient de plus en plus vagues, comme s'ils étaient écrits à la hâte. On disait que le nombre de mots était lié aux chances de réussite. Que Ikral choisissait ainsi ceux dont ils voulaient se débarrasser, ou ceux qu'ils voulaient mettre à l'épreuve. Chaque soir, il les réunissait dans la cour et il désignait deux ou trois d'entre eux pour un combat en public. Il n'y avait jamais de morts durant ces duels à l'épée de bois, mais on pouvait être sûr qu'Ikral se souviendrait du numéro du perdant. Et qu'il le lui rappellerait au moment où il s'y attendrait le moins.

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