Cachée au fin fond du Tombeau, Yana n'a eu aucun mal à devenir une terrible tueuse. Mais lorsqu'elle émerge enfin à la lumière du dehors, ses crimes ne peuvent plus être ignorés de personne.
Alors, comment mentir à Malo, l'héritier de l'Empire qui l...
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La situation était pour le moins délicate. Tout d'abord, ils étaient prisonniers, désarmés, forcés à poser le genou à terre.
Mais ça, c'était presque un détail. Car devant eux, confortablement installé sur son fauteuil au velours rapiécé, se tenait l'Empereur.
La salle du trône était fidèle à elle-même, les reflets bleutés des pierres précieuses scintillaient sur les marches blanches et la lumière était si éclatante qu'elle en devenait presque insupportable.
L'Empereur était adossé contre son fauteuil, les jambes sévèrement croisées devant lui, sa barbe rousse tranchant avec le doré de son manteau. Deux Maquellans étaient postés à ses côtés et promenaient leurs yeux vifs sur la salle. Quelques degrés en contrebas, quatre enfants étaient agenouillés sur la pierre froide, les mains liées derrière le dos. 51 lançait des regards apeurés autour de lui, comme s'il cherchait désespérément une issue. 99 pleurait doucement contre son épaule. Seuls 303 et 600 restaient impassibles, apparemment inébranlables ; le premier parce qu'il n'avait pas du tout saisi ce qui se passait, la deuxième parce que rien ou presque ne pouvait la déstabiliser.
— Voici donc les meurtriers, dit l'Empereur avec précaution, il fallait bien que cela arrive un jour. Quel âge ont-ils, cette fois-ci ? interrogea-t-il avec lassitude.
— Entre treize et quatorze ans, Empereur Néal. C'est la plus grande des filles qui l'a tué. Nous avons retrouvé les autres à proximité des lieux du crime.
— Bon travail, messieurs. Amenez-moi la paperasse, que je signe rapidement, j'ai horreur de ce genre d'histoire. Vous rendez-vous compte, des enfants de l'âge de mon fils !
600 ne parvenait toujours pas à y croire. Comment avaient-ils pu en arriver là ? La mission avait pourtant si bien commencé!
L'objectif était très clairement formulé: tuer le grand banquier de la ville pendant qu'il déjeunait au restaurant avec sa femme. Au premier abord, cela ne paraissait pas insurmontable. Mais la situation s'était rapidement détériorée.
Comme d'habitude, 423 avait ordonné une approche discrète afin de repérer les lieux et d'évaluer le danger. 600 s'était donc coulée à regret à l'intérieur du restaurant, un des établissements gastronomiques les plus renommés de la ville, et s'était dissimulée derrière un comptoir. Elle avait ainsi pu approcher le banquier en un temps record sans rencontrer la moindre difficulté.
Très contente de sa manœuvre et ragaillardie par sa réussite, une idée séduisante lui avait alors traversé l'esprit. Pourquoi ne pas s'en occuper toute seule ? Inutile d'obéir à cette incompétente de 423, elle allait lui prouver qu'elle valait beaucoup mieux qu'elle.
Aussi furtive qu'une ombre, elle s'était faufilée dans les cuisines pour voler un tablier dans un placard. Ainsi déguisée, elle avait débouché une bouteille de vin et s'était dirigée d'un pas assuré vers la table où le banquier et sa femme déjeunaient. Ils étaient rendus au fromage, décidément, c'était le moment idéal pour agir.