30. The Runaways

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Lundi 31 janvier 2011 - Amélie

Je l'accueillis avec plaisir dans mes bras. Il sentait tellement bon ! Perdue dans un univers lointain, j'en oubliai même le bordel qui régnait dans la pièce. Mais il me fallut bien à un moment revenir sur terre, et là, je soupirai en voyant les fringues étalées partout.

- Non mais sérieux, vous avez fait comment ? Ça fait à peine une heure qu'on est arrivés !

- Je suis sûr que c'est pareil dans votre chambre !

- Jamais de la vie ! protestai-je avec véhémence.

Il rigola et me poussa doucement sur un lit, certainement le sien. Il avait fait attention à ne pas laisser d'affaires gênantes lui appartenant à portée de mes yeux, mais en revanche les autres ne devaient pas être au courant de ma venue... Ou alors ils s'en fichaient. Je vis quelque caleçons trainer, et même...

- Oh mon dieu, c'est des capotes ? lançai-je avant d'éclater de rire. Vous avez prévu de faire quoi au juste ?

- C'est pas à moi, ricana Tae. C'est à Jimin.

- Jiwoo sait pas ce qui l'attend...

Il éclata de rire, et je le suivis, trop contente de le faire rire. Nous allongeâmes côte à côte sur le petit lit une place. Il s'amusa à me tortiller les cheveux, ce que je n'appréciais pas plus que ça. Il allait les emmêler. Je poussai gentiment son bras pour lui intimer d'arrêter, mais il continua. Nous nous disputâmes un moment en nous donnant des petites tapes de la main, comme deux bébés qui se battaient, et le jeu s'intensifiant, je voulus le provoquer un peu plus. C'est alors que mes yeux se posèrent sur un stylo qui traînait par terre.

Je plongeai littéralement pour l'attraper, et je sortis la mine comme si je dégainai une épée. Il ne me vit pas tout de suite venir, et je crus un moment ma victoire assurée, mais à l'instant ou ma main s'approchait de sa joue (je voulais marquer mon territoire), il me stoppa avec une vivacité que je n'aurais jamais imaginé de sa part. Sa main droite intercepta mon poignet, tandis que la gauche se posait sur ma hanche. Il me fit pivoter sans difficulté, sa jambe fauchant les miennes, et je me retrouvai sans vraiment comprendre comment sur le dos, lui au dessus de moi.

Mon visage devint rouge écarlate, même si ce rapprochement n'était pas pour me déplaire. Ses yeux croisèrent les miens, nos lèvres n'étant qu'à quelques centimètres l'une de l'autre. Il s'appuya sur ses coudes, et il observa mon visage avec une sorte de fascination. Impatiente, j'avançais mon visage vers lui et nos lèvres se frôlèrent, me provoquant des papillons dans le ventre. Puis soudain, un bruit de pas sonore résonna dans le couloir. Je rouvris les yeux brusquement, tandis que Tae se redressait, tendant l'oreille. Nous nous regardâmes avec inquiétude. Les pas se rapprochaient, ainsi que des voix féminines. J'entendis des portes claquer.

- Tae ! chuchotai-je, fébrile. C'est les portes des chambres d'à côté qui sont en train d'être ouvertes !

En un éclair, nous étions debout, côte à côte. Les papillons avaient laissé place à une boule d'angoisse et mes jambes tremblaient. Non seulement nous étions à l'étage, mais j'étais une fille dans la chambre d'un garçon ! Je m'imaginais déjà le regard furieux de ma mère, qui aurait fait trois heures et demies de route pour venir me chercher, tout ça pour un garçon. Il ne fallait pas qu'on se fasse prendre ! Je voulais vivre la soirée de vendredi avec Tae et tout le monde ! Et je voulais skier ! Tae me coupa de mes profondes réflexions intérieures pour m'entraîner vers le placard.

Malheureusement pour nous, le placard était bien trop petit pour nous contenir tous les deux. J'envisageai un instant de me glisser sous un lit, mais l'espace entre celui ci et le sol était trop serré. Je regardai Tae, désespérée, et je le vis réfléchir à toute vitesse, le front légèrement plissé. Je m'émerveillai, même en situation de crise il me coupait le souffle. Sans m'en rendre compte, je me mis à sourire. La boule de stress s'évapora. Tant que j'étais avec lui, tout irait bien. Je vis soudain ses beaux yeux regarder quelque chose derrière moi et s'illuminer. Il s'élança vers la fenêtre, me saisissant par le bras.

- Amélie ! Voilà notre solution ! chuchota t-il en l'ouvrant sans bruit.

Il grimpa avec aisance sur le rebord, et me tendis sa main.

- Mais t'es fou ! chuchotai-je en reculant.

Mais dans mon dos, les bruits de pas résonnaient de plus en plus fort. Ils se rapprochaient.

- Peut être bien, mais fais moi confiance ! C'est notre seule chance ! D'ici, on peut descendre par les escaliers de secours. On a juste à marcher sur le toit !

- Mais... Je...

- Prends les chaussures de Jimin, t'es pieds nus !

J'étais complètement paniquée, mais je m'exécutai. Deux solutions s'offraient à moi. D'un côté, quelqu'un, qui, en me voyant, provoquerai mon renvoi immédiat du séjour. Et de l'autre, la mort. Plus ou moins. Je me voyais déjà basculer, sentir le vent me fouetter le corps, puis brusquement, entendre le son mat du béton broyant mes os. Puis ne plus rien entendre à jamais. Juste le brouillard, le...

- Amélie ! Bouge ! J'ai confiance en toi ! En nous ! Crois moi, on peut le faire !

Je redressai mes yeux vers le garçon, accroupit sur le rebord, la main tendue vers moi. Ah oui. De ce côté là, il y avait la mort, certes, mais il y avait aussi Tae, et j'étais (presque) sûre qu'il ne me laisserait pas tomber. Littéralement. Je respirai un bon coup, et je pris sa main. Il m'aida à me hisser sur le rebord en souriant. Nous étions debout, un peu penché pour ne pas que nos têtes touchent le plafond. "Un grand merci à Jimin et à ses petits pieds", pensai-je.

Je regardai en bas. Mauvaise idée. Une chute de trois étages pouvait me tuer ou m'handicaper à vie, et ce n'était clairement pas dans mes plans. Cette pensée me refroidit brutalement, et j'eus un long moment d'hésitation, mais les voix dans le couloir me firent comprendre que si c'était maintenant ou jamais. Tae me lança un regard, et se lança sur les tuiles. Je le suivis, faisant très attention à chacun de mes pas.

Quand nous fumes arrivés aux escaliers de secours sains et saufs, nous nous mîmes à rire sans pouvoir plus nous arrêter. L'adrénaline redescendait, se transformant en rire nerveux. Il m'embrassa longuement, puis s'exclama avec un grand sourire :

- Le monde s'offre à nous maintenant !

Les gens comme nous [Tome I]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant