Vendredi 18 février 2011 - Amélie
La pluie battante me trempant jusqu'aux os, je me mis à pédaler plus vite dans des rues sombres, dont seul le macadam humide qui les pavaient faisait se refléter les lumières des lampadaires. Mes écouteurs dans les oreilles, je ne répondis pas à la bande de mecs qui devaient avoir le double de mon âge, qui m'apostrophèrent à mon passage :
- Hé mademoiselle ! Ralentis !
Même en k-way et en jogging ils trouvaient le moyen de m'emmerder. Si Tae avait été là, il aurait pété un câble. Mais ce n'était pas le cas. C'était juste moi, mon vélo et la nuit qui m'engloutissait. J'étais partie de chez moi dès ma mère endormie, j'avais besoin de partir.
J'avais soigneusement préparé mon sac, descendu les escaliers à pas de loup et une fois dehors, debout dans les graviers, j'avais récupéré mon vélo et j'avais pris ce chemin que je connaissais par cœur, silencieuse, invisible comme une ombre.
Si un passant m'avait stoppé pour me demander où j'allais, je n'aurais pas su répondre. Je ne savais pas. Ma destination actuelle était l'épicerie de nuit qui se tenait devant le lycée. Tout ce chemin m'avait donné faim. Dans la file d'attente qui s'était formée dans le petit magasin, je pensai aux autres. Ils devaient bien s'amuser. Enfin, Tae devait broyer du noir à cause de moi. Si il savait ce que j'étais en train de faire...
Je choisis une bouteille de bière bas de gamme (c'était tout ce que je pouvais m'offrir, en plus des clopes) et des chips, et posai doucement mes articles sur le comptoir. L'homme derrière celui-ci me lança un regard entendu. Il savait que j'étais mineure. Il s'en foutait, il voulait juste mes sous.
Tant mieux pour lui, j'en avais, et j'étalai mes petites pièces devant ses yeux. Il prit un petit moment à calculer, mais le compte était bon et je pu sortir victorieuse, ce que j'avais acheté à la main. Je m'installai devant le lycée pour rassembler mes affaires et les ranger dans mon sac, la pluie s'étant enfin stoppée.
Perdue dans mes pensées, je tournai mon regard vers la route. J'observai les quelques voitures qui passaient de temps à autre histoire de me donner une contenance, et surtout par peur de voir celle de ma mère. Je me demandais bien où ils allaient, tous ces gens. Soudain, l'une des voitures que j'avais déjà vu passer refit son apparition, et s'arrêta devant le lycée.
Ce n'était pas la voiture de ma mère. Tétanisée, je me retournai en entendant la portière s'ouvrir, me disant que j'allais certainement avoir des problèmes. Je voulais partir, mais la personne qui sortit du côté conducteur me parut étrangement familière, même sous les réverbères. Il fallait que je m'en assure.
- Hugo ? j'appelai, pas très sûre de moi. C'est toi ?
- Oui, c'est moi. Qu'est-ce que tu fais là ? me demanda-t-il, un soupçon d'inquiétude dans la voix.
- Oh, je... Je me promène.
Il ne releva pas, mais finit par me demander si je prévoyais de passer les prochaines heures dehors dans le froid, puis il ajouta qu'en tant que fille ce n'était pas une très bonne idée de rester là. Sans rire.
- J'habite pas loin, si tu veux éviter de passer les prochaines heures sous la pluie... il me proposa finalement devant mon silence.
Je réfléchis un instant. C'était comme ça que les filles de mon âge se faisaient kidnapper et qu'on les retrouvaient découpées en morceau dans un fossé. Je m'en voudrais si ça m'arrivait, et ma mère...
Mais je n'avais nulle part où aller, et de toute façon Hugo n'avait pas le profil d'un psychopathe. Sur le chemin jusqu'à chez lui, assise à la place du mort, mon vélo dans le coffre, je ne pu m'empêcher de penser que c'était probablement ce qu'elles avaient toutes dû se dire à propos de leur assassin.
Samedi 19 février 2011 - Namjoon
- Voilà, maintenant tu sais tout, me lança après avoir terminé son récit.
- Maintenant que tu le dis... Tout est lié. Je suis désolé de rien avoir vu plus tôt, je dis en levant la tête vers lui.
Il me sourit et haussa les épaules.
- C'est pas grave, c'était il y a un moment, il fit.
D'après ce qu'il m'avait dit, Jin, Jimin, Hannah et Amélie étaient également au courant du fait qu'il avait été amoureux de Taehyung.
- Tu comptes lui dire un jour ? demandai-je en saisissant un petit caillou entre mes doigts.
- Non, surtout pas. Il est bien mieux avec elle.
Tu m'étonnes. Je ne l'avais jamais vu aussi heureux, même si son père n'était pas très favorable à leur relation. Sa grand-mère, elle, était absolument euphorique quand elle avait appris la nouvelle.
Elle voulait absolument la rencontrer quand elle serait en France, pendant les prochaines vacances. Il voulait en parler à Amélie ce soir, mais elle avait catégoriquement refusé de venir, et je devais avouer que cela m'inquiétait un peu. Amélie et Hoseok étaient amis, au final, même après la jalousie qu'il avait éprouvé à son égard. Peut-être qu'il avait une idée ?
- Tu sais pourquoi Amélie veut pas venir ? je lançai à Hoseok, reposant mon caillou là d'où il venait.
- Je suis sûr que ça a un rapport avec moi, souffla-t-il.
- Pourquoi ?
- Je sais pas. Elle m'aurait souhaité mon anniversaire sinon, tu penses pas ?
- Elle l'a pas fait ?
- Non.
Derrière moi, la porte s'entrouvrit doucement et laissa apparaître le beau visage de Jin.
- Vous faites quoi dehors dans ce froid ?
- On discute du sens de la vie, répliqua Hoseok. On rentre bientôt t'inquiète pas.
Ce dernier acquiesça puis me lança un petit regard timide avant de se glisser à l'intérieur et de fermer la porte. Pourquoi est-ce qu'on restait là ? Il n'y avait plus rien à dire. Mais Hoseok se mit à parler avant que je puisse lui suggérer de faire comme Jin :
- Tu l'aimes bien non ?
Mon visage devait trahir mon abasourdissement, car il souffla du nez et me lança qu'il en était sûr.
- Tu m'as eu, avouai-je en baissant les yeux, honteux.
- Tu devrais lui dire, déclara-t-il finalement après quelques instants.
- T'es fou ou quoi ? Il m'aime pas.
- Je suis persuadé que si. Même un aveugle pourrait le voir.
Je me mis à rougir de plus belle à ces mots. Et si il disait vrai ? Je devais vite en parler à Amélie, je savais qu'elle était toujours réveillée. Et comme ça, j'apprendrais peut-être la raison pour laquelle elle n'était pas venue.
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Les gens comme nous [Tome I]
Fanfiction"Pourquoi il me regarde comme ça lui ? C'est pas parce qu'il est populaire qu'il doit se croire tout permis !" Il parait qu'un jour peut tout changer. Et si ce jour là changeait leur vie pour de bon ?