Samedi 19 février 2011 - Amélie
"Le dauphin est un animal intelligent et sensible, il..."
- Tu savais qu'ils violaient les autres dauphins et qu'ils tabassaient les marsouins pour s'amuser ? s'exclama soudainement Hugo en tournant la tête vers moi.
- Sérieux ?
- Oui, c'est des psychopathes les dauphins... conclut-il en finissant ses pâtes.
Il avait fini par faire des coquillettes car le joint nous avait donné terriblement faim à tous les deux, et nous avions commencé à doubler le reportage nous même, du point de vue des dauphins, avec des voix ridicules. Peut-être que je n'allais pas me faire découper en morceaux ce soir, en fin de compte.
J'avais arrêté de penser à Tae, Hoseok, Yoongi, tout les autres, ma priorité maintenant c'était de passer une bonne nuit sans eux. Le générique de fin du documentaire se mit à défiler sur l'écran de la vieille télé d'Hugo. Il se leva et ouvrit la fenêtre. Il devait bien être quatre heures du matin maintenant, et la pluie avait reprit.
Heureusement que j'avais accepté de venir chez lui. Ma gorge me brûlait, mais j'allumai une autre cigarette tout de même, Hugo en profitant pour m'imiter. Nous avions consommé presque la totalité des vingt cigarettes que contenait initialement mon paquet, mais je m'en foutais bien. En une nuit ou en deux semaines, c'était tout autant un gâchis d'argent.
- Tu fumes depuis quand ? lui demandai-je pour me distraire en soufflant ma fumée par la fenêtre.
- Depuis la seconde. J'avais des potes qui fumaient, j'ai fait pareil, puis maintenant qu'on est plus amis j'ai continué. Je sais pas vraiment pourquoi.
- Tu veux mon avis ?
Il haussa les sourcils et m'invita à continuer.
- Dans la vie tout change, les gens vont et viennent, mais la cigarette aura toujours le même goût et la même odeur. A mon avis c'est pour ça que tu continues. Ils te manquent ?
- Arrête ta psychanalyse, souffla-t-il en écrasant sa cigarette sur le rebord en pierre de la fenêtre.
- Désolé je suis vraiment défoncée, m'écoute pas. Je dis n'importe quoi.
Il pouffa, puis il se mit à ranger les assiettes et les couverts, refusant mon aide.
- Va voir si tes fringues sont sèches plutôt.
En effet, il m'avait proposé de les faire sécher sur le radiateur de sa salle de bain avant de rentrer chez moi. Pour me vêtir en attendant, il m'avait passé un t-shirt bien trop grand pour moi, et sans doute aussi pour lui, ainsi qu'une sorte de short de bain.
J'avais une dégaine à tomber, pensai-je en regardant mon reflet dans le miroir de la salle de bain. Mes habits n'étaient pas entièrement secs, mais ce n'était qu'une question de temps avaient qu'ils le soient. Je jetai un œil à l'horloge suspendue dans un coin : quatre heures et demi du matin. J'avais presque vu juste. Je me lavai les mains et revins dans la cuisine, où se trouvait Hugo qui faisait la vaisselle.
- Elles sont pas encore sèches mais ça prendra pas longtemps. T'es sûr que tu veux pas d'aide ? Tu les nettoie, je les essuie et je les range, lui proposai-je pour me donner l'impression de servir à quelque chose.
Il finit par accepter et nous nous mîmes au travail. Il nous fallu un petit moment avant de nous habituer au rythme mais nous finîmes par être en symbiose, morts de rire à cause de la musique qui passait en fond.
- T'as Le petit bonhomme en mousse dans ta playlist toi ?
- Ne me juge pas, il répondit en souriant.
Pour rigoler, je commençai à chanter les paroles avec un accent belge, et il me lança de l'eau pour me faire taire. Alors comme une gamine, je répondis à sa provocation en l'aspergeant d'eau à mon tour, continuant à chanter de plus belle. Quelques minutes plus tard, nous étions presque aussi trempés que nous aurions jamais pu l'être si nous étions restés tous les deux sous la pluie.
Il partit chercher une serpillière pour nettoyer les dégâts, me virant de la cuisine au préalable. Puis il vint se rasseoir à mes côtés sur le canapé après avoir coupé la musique. J'avais découvert qu'ils passaient des dessins-animés pour enfant tard dans la nuit, aussi bizarre que ça puisse paraître. Nous étions en plein épisode de Trotro, quand je lui demandai nonchalamment pour faire la conversation :
- T'as une copine ?
- Non, ça risque pas, je suis gay.
- Cool.
Du coin de l'œil, je le vis tourner la tête vers moi puis de nouveau vers la télé quand il vit mon visage impassible.
- Tu rentres chez toi à quelle heure ?
- Je sais pas trop, dis-je tout en réfléchissant. Si je compte le trajet je dois partir vers cinq heures et demi.
- Je te ramène si tu veux, c'est à dix minutes en voiture seulement.
- Comment tu sais où j'habite ?
- Tu l'as dit à Taehyung un jour, je m'en suis rappelé.
Il avait une mémoire impressionnante, c'en était même un peu flippant. Une heure plus tard il fut temps de partir, et je rassemblai toutes mes affaires dans mon sac, lui laissant la bouteille de bière vide et les deux cigarettes qu'il restait dans le paquet en guise de remerciement. Mes vêtements n'étaient toujours pas entièrement secs, mais je les enfilai tout de même, rendant ses fringues à Hugo.
Je revêtis mon k-way et nous descendîmes les escaliers. Une fois en bas, il me fit signe de monter côté passager, et je m'exécutai sans attendre. La pluie avait repris. Il mit le contact et je me tournai vers la fenêtre pour observer le paysage que je connaissais si bien défiler à toute vitesse.
Je jetai un coup d'œil au tableau de bord : cinq heures et demi du matin. J'espérais que ma mère n'avait pas décidé de se lever plus tôt pour une raison quelconque. Pour me changer les idées, je demandai à Hugo, sans me détourner de la fenêtre :
- Qu'est-ce que tu foutais à passer devant le lycée aussi tard toi ?
- Je revenais du travail.
- Le mac-do? A une heure du matin ?
Il souffla du nez, et dit à voix basse :
- Non, pas le mac-do.
Je n'insistai pas, mais je me doutais bien que si il ne me disait rien, c'était que c'était illégal. Sur le chemin il alluma la radio, et je reconnus immédiatement Hotel California. Encore un peu bourrée, je me mis à chanter le refrain à pleins poumons, et il me rejoignit en ricanant.
J'étais vraiment contente d'être tombée sur lui, et pas sur un type chelou comme on pouvait souvent en croiser à cette heure ci en ville. Au bout d'une quinzaine de minutes, la voiture s'arrêta au bout de ma rue, et Hugo sortit du véhicule pour m'aider à sortir mon vélo. Puis, sous les réverbères, nous restâmes silencieux, à se regarder. Ses yeux clairs semblaient produire de la lumière à eux tous seuls.
- Blue boy, murmurai-je.
- Quoi ?
- Blue boy. Ton surnom.
- Pourquoi ?
- Tes yeux.
Il sourit, puis me demanda si je comptais rentrer chez moi un jour. Je lui fis la bise et le remerciai à de multiples reprises, lui souhaitant de bien rentrer.
- A lundi Hugo ! lui lançai-je finalement en m'éloignant, tenant mon vélo à ma droite.
- C'est blue boy ! s'écria-t-il en faisant une grimace.
Je souris, puis me retournai pour m'engager dans ma rue en traînant mon vélo.
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Les gens comme nous [Tome I]
Fanfiction"Pourquoi il me regarde comme ça lui ? C'est pas parce qu'il est populaire qu'il doit se croire tout permis !" Il parait qu'un jour peut tout changer. Et si ce jour là changeait leur vie pour de bon ?