38. Un peu de courage

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Mardi 1er février 2011 - Namjoon

Une fois au centre, nous nous étions dépêchés de nous changer pour pouvoir manger le plus vite possible. Jungkook, Jin et moi étions affamés après avoir descendu toutes ces pistes rouges (le moniteur nous avait promis de tester la piste noire cet après-midi, et Jin trépignait à cette idée), alors plus grande était la déception quand nous nous retrouvâmes faces à nos assiettes.

C'était non identifiable, mais j'étais presque sûre qu'il y avait de la viande. Amélie et Sarah, végétariennes, n'étaient pas bien mieux loties : tout ce qu'elles avaient reçues était de la salade sans assaisonnement.

"Heureusement qu'on a acheté de la nourriture au village", pensai-je en enfournant le contenu douteux de mon assiette dans ma bouche, en tentant de ne pas prêter attention au goût. Amélie se leva pour réclamer au moins de la sauce pour sa salade, et elle revint, toujours énervée, mais victorieuse.

- On est pas des putain de lapins ! lança-t-elle en étalant sa sauce consciencieusement, sans prêter attention aux têtes qui s'étaient tournées en l'entendant, à la table de derrière.

Elle et Sarah furent désignées pour nettoyer la table, après un tournoi mouvementé de pierre-feuille-ciseaux. Victorieux, nous sortîmes du réfectoire parmi une foule d'autres élèves. Taehyung resta derrière pour les aider, ou plutôt pour passer le plus de temps possible avec Amélie. Évidemment.

Hoseok m'avait raconté qu'il savait, qu'il l'avait dit à Yoongi et que celui ci leur avait avoué qu'il savait tout sur la piste. A peine avais-je eu le temps de digérer ce flot d'informations qu'il en avait profité pour me demander quand ils comptaient laisser tomber leur secret. Je lui avais répondu que, connaissant Taehyung, ce ne serait pas de sitôt, mais l'échéance approchait à grand pas de toutes façons.

J'avais autre chose à penser, de toute façon, même si je ne lui avais pas dit. Restait le problème de Jin et moi. Je ne l'avais toujours pas mentionné à Amélie, je ne voulais pas lui rajouter des problèmes en plus. A la place, je restais seul dans la chambre, assis sur mon lit, les yeux dans le vide, à réfléchir à la situation.

- Namjoon, à quoi tu réfléchis ? me demanda la voix de Jin derrière moi.

Je sursautai, et me retournai d'un coup. Son t-shirt trop large retombait sur ses larges épaules, révélant la peau bronzée de l'une d'elle, et son visage, légèrement penché sur le côté arborait un air malicieux.

- Rien de spécial. Qu'est-ce que tu fais là ? C'est pas ta chambre.

Je devais avoir eu l'air un peu dur, car son sourire disparu, laissant place à un air offensé.

- Je voulais te rendre visite, mais si c'est pas le moment...

- Non, va y, reste.

Il leva les yeux vers moi, et je sus que c'était précisément ce qu'il voulait entendre. Il vint s'asseoir à côté de moi, sur le lit.

- Ils sont où les autres ? me demanda-t-il en lançant un regard aux affaire qui traînaient pas terre. Wow, Amélie plaisantait pas dis donc...

J'ignorai la dernière partie de sa phrase, et formulai soigneusement ma réponse :

- Jimin est avec Jiwoo, Jungkook avec Hannah et j'imagine que Taehyung traîne quelque part avec Amélie.

- Que des couples, ou en tout cas des futurs couples, fit-il remarquer en rigolant.

Si j'avais eu le courage de l'embrasser maintenant, je l'aurais fait. Mais ce qu'il me manquait, ce n'était pas du courage, et encore moins l'envie. Je voulais être sûr de la réciprocité de ses sentiments, et pour ça il fallait bien que l'un de nous deux fasse le premier pas, et je voulais que ce soit lui qui le fasse, je voulais qu'il me le dise. Juste une fois, et je pourrais mourir heureux.

Mardi 1er février 2011 - Amélie

Assise à côté de Tae et Sarah, j'observais Jungkook, Jiwoo, Hannah et Jimin jouer au ping-pong avec passion, deux contre deux. Ils avaient décidé de jouer filles contre garçons, et je devais dire que même si Jiwoo se débrouillait mieux qu'Hannah, mes amies se faisaient détruire, à chaque manche un peu plus.

Les garçons, quant à eux, fêtaient leur victoire bruyamment, encouragés par des filles qui étaient assises sur un banc, juste en face de moi. Parmi elles, une des filles de la classe qui n'arrêtait pas de reluquer mon Tae.

Celui-ci, bien trop concentré sur le jeu, occupé à essayer d'aider les filles (en vain), n'y prêtait même pas attention. Ni à elle, ni à moi. Et je voulais que ça change. Je m'approchai de son oreille et lui murmurai que j'aimerais bien me tirer d'ici, ce à quoi il me répondit d'attendre juste un peu la fin de la partie.

Frustrée, je croisai les bras et attendit patiemment, et, quand le jeu se termina, Tae leva les yeux, croisa le regard de la fille et lui sourit.

"Tu la connais ?" lui demandai-je en essayant de contenir ma jalousie.

Après tout il lui avait juste sourit, ça ne voulait rien dire.

- Maëlle ? Ouais vite fait. Tu veux faire quoi du coup ?

Moi aussi, je la connaissais, et pas en bien. Le voir lui sourire me brisait le cœur. Je lui répondis de laisser tomber et me levai pour sortir de la salle, mais il n'allait pas me laisser m'échapper si facilement. J'entendis ses pas derrière moi dans le couloir, et sa voix grave m'appeler :

- Mel ? Tu vas où ? J'ai fais quoi ?

- Je vais dans ma chambre, il reste encore une heure avant qu'on doive se préparer pour partir. Je vais dormir, mentis-je en essayant d'être convaincante.

Mais il me connaissait, et répliqua :

- Je sais que t'es énervée pour un truc, c'est par rapport à Maëlle ?

Cette fois ci, je me tus et continuai mon chemin en montant les escaliers, mais il me suivit.

- Lâche moi Taehyung ! sifflai-je sans même me retourner vers lui.

- Pas tant que tu m'as pas dit ce qu'il n'allait pas.

Il était aussi têtu que moi, si ce n'était plus. A contre cœur, je lui proposai de lui expliquer, mais pas ici.

- Si on se fait choper Mel... me prévint-il en me suivant jusqu'à ma chambre.

- Oui je sais, on se fait renvoyer au pays, je connais la chanson.

J'avais envie de l'engueuler parce qu'il m'énervait, mais son visage m'empêchait d'avoir les idées claires. Je m'assis sur le premier lit disponible, puis me laissa tomber en arrière. Il m'imita volontiers, et bientôt nous fûmes allongés tous les deux de tout notre long sur les lits de Sarah et Jiwoo, tout habillés. Il tourna lentement la tête vers moi, me murmurant finalement :

- Dis moi.

- Y'a plusieurs trucs. Déjà cette fille, Maëlle, c'était une harceleuse au collège. Elle et ses potes passaient leur temps à nous rendre la vie impossible, à Hannah et moi.

- Je... Je savais pas...

- N'importe quoi, bien sûr que tu savais. Tout le monde savait qu'on était sa cible. Elle s'est calmée au lycée, mais j'ai rien oublié, et Hannah non plus.

Il ne répondit pas, alors j'enchaînai sans attendre sur la suite de ma pensée :

- Et puis j'en ai marre d'être un secret Tae. J'en ai marre de ces filles qui pensent que t'es libre, et qui en profitent pour te mater dès qu'elle le peuvent. Et toi tu dis rien !

- Parce que tu crois que j'aimais voir Raphaël te draguer moi ?

Il avait raison, pour être honnête, même si il avait arrêté depuis.

- Écoute, je suis désolé pour le collège. Je parlerais plus à Maëlle si ça te fait du mal, je tiens pas spécialement à elle de toute façon. Et pour le secret ça durera plus longtemps Amélie, t'inquiète pas, ajouta-t-il pour s'excuser.

Ses yeux parcoururent mon corps, me faisant frissonner.

- Toi t'es plus, dit-il finalement en rapprochant son visage du mien.

Ça aurait été le moment idéal pour lui dire que je l'aimais, mais au lieu de ça, je vins poser mes lèvres sur les siennes. C'était plus simple si l'on ne parlait pas.


Les gens comme nous [Tome I]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant