CHAPITRE 7
Partie 2
Le tout premier accord résonne dans la salle et vient frapper mon cœur avec une telle puissance que je suis obligée de m'appuyer contre la scène. Les accords s'enchaînent et la mélodie vient peu à peu les recouvrir. Le tout s'anime dans mon esprit et mes sens me quittent. J'essaie de ne pas laisser les souvenirs refaire surface en me concentrant sur le rythme donné par les mains de Teddy. Je me laisse porter par cette musique si longtemps refoulée dans un petit coin de ma tête. L'extrémité de mes doigts commence à me picoter et je dois frotter mes mains l'une contre l'autre pour empêcher mon cœur de s'emballer. C'est beau et je ne souffre pas autant que je l'aurais pensé.
Une petite fausse note me ramène à la réalité et je m'aperçois que quelque chose est collé contre ma jambe. Mes mains trouvent l'épaisse fourrure de Chance, sans que j'aie besoin d'ouvrir les yeux. Mes doigts pianotent contre elle et je me laisse à nouveau porter par la mélodie. Je sens une larme rouler le long de ma joue, je ne peux m'empêcher de sourire. Je souris, car je ne suis pas triste. Cette larme est la preuve que je peux encore ressentir quelque chose, pour la première fois depuis des années. Je voudrais que ce moment dure pour toujours, mais il est interrompu.
Une voix s'élève dans la salle. J'ouvre instantanément les yeux. Ceux de Teddy sont fermés, face au piano, tandis que sa bouche est grande ouverte. Il chante. Il chante avec intensité, sa voix ne tremble pas et, pourtant, j'y décèle une profonde incertitude. Je ne reconnais pas la chanson, mais elle va merveilleusement bien avec le morceau de piano qu'il est en train de jouer. Sa voix rauque gagne en intensité lorsqu'il arrive au refrain. Jamais je n'aurais pu imaginer une telle fragilité dans sa voix si grave et profonde. J'observe ses doigts glisser sur les dernières notes avant que la salle retrouve son calme surréaliste et Teddy rouvre les yeux. Il se pose un instant, prend une grande respiration, puis se tourne vers moi.
— Tu pleures, me dit-il.
Je passe mes mains sur mon visage.
— Ce n'est rien.
Il triture nerveusement les manches de son sweat.
— C'était magnifique.
— Vraiment ?
— C'est toi qui as écrit et composé tout ça ?
— C'est juste pour essayer quelque chose de différent.
— C'était parfait. Merci d'avoir partagé ça avec moi.
Teddy vient s'asseoir sur le bord de la scène, laissant ses jambes pendre dans le vide.
— Tu es sûre que ça va ?
J'acquiesce. Chance grimpe aisément sur la scène pour aller se blottir dans ses bras et je m'installe à côté d'elle.
— Je n'avais pas écouté de musique depuis très longtemps. Ça me fait un peu bizarre.
— Pourquoi ?
Comment lui expliquer ce que je ressens sans qu'il éprouve de la pitié ? Ce serait la pire chose. En même temps, je ne veux pas lui mentir ou contourner cette question. Il s'est définitivement ouvert à moi sur cette scène. Je lui dois bien ça.
Par où commencer ? En étant sincère, tout simplement.
— Je peux t'expliquer si tu veux, mais tu es juste là pour écouter, pas pour essayer de te mettre à ma place ou d'imaginer ce que je ressens, OK ?
— Tu es le chanteur et je serais ton micro.
— Pardon ?
Il rit.
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NOTRE CHANCE
RomanceNora vient d'arriver à Paris pour passer quelques jours chez une amie. La foule de la gare est à peine derrière elle que son voyage prend une tournure inattendue. Sa rencontre avec un grand chien blanc au regard azur va la plonger dans l'univers...
