CHAPITRE 2.1

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CHAPITRE 2
Partie 1

Après avoir déposé ma plainte et appelé Elena pour lui expliquer les raisons de mon retard, un policier vient me demander ce que je compte faire avec la chienne que je viens de sauver.

Visiblement, aucun agent ne sait vraiment quelle est la procédure à suivre, mais une chose est sûre, elle ne peut pas retourner avec ce soi-disant propriétaire qui l'a martyrisée.

Je sais qu'il attend une réponse de ma part, mais je ne sais pas vraiment quelles sont les possibilités. Je veux m'assurer qu'elle aille bien avant de prendre une décision.

— Il faut qu'elle voie un vétérinaire, qui sait ce qu'elle a pu subir jusqu'ici.

— Bien, nous vous laissons le soin de l'amener.

Un deuxième agent de police arrive vers nous.

— J'ai vu avec un supérieur, si vous ne la prenez pas en charge, nous serons obligés de la confier à la fourrière.

— Dans ce cas, c'est décidé, elle reste avec moi. Je l'amène voir un vétérinaire.

Dans quelle situation me suis-je encore mise ?

Sauver un cheval c'est une chose et c'est assez simple après tout. Il suffit d'aller le chercher et de le ramener au refuge où il sera traité de la même manière que les autres. Il arrive parfois que certaines interventions de sauvetage soient plus délicates que d'autres, mais j'y parviens toujours. Dans le pire des cas, je sais que Jeane et Ulysse sont toujours prêts à m'aider.

Avec un chien, je ne sais pas trop quoi faire. Premièrement, je n'en ai jamais eu, mais je pense que ce n'est pas trop un problème. Trouver un vétérinaire ne sera pas la tâche la plus compliquée. Par contre, que vais-je faire après ça ? Je suis dans une ville que je ne connais pas et mon retour n'est prévu que dans une semaine.

Elena sera-t-elle d'accord d'accueillir ce chien ? Il me semble qu'elle est allergique aux poils de chien, mais pour quelques jours ça ne devrait pas être dérangeant. En tout cas, une chose est sûre, elle ne me laissera pas repartir avant la date prévue. Depuis le temps qu'elle attend ma visite, elle serait bien trop blessée si je devais lui annoncer que je dois rentrer. Surtout si c'est pour ramener un chien chez moi. Ce n'est pas qu'elle n'aime pas les animaux, mais je pense qu'elle n'a jamais très bien compris l'importance que les gens leur donnent. Celle que je leur donne tout du moins.

Elle n'a rien dit quand j'ai décidé d'ouvrir mon refuge, elle savait qu'au-delà des animaux il y avait une raison à cela et jamais elle n'a pensé que c'était une mauvaise idée.

Je ne suis pas obligée de penser tout de suite à ce qu'il se passera plus tard. Pour le moment, le plus important c'est de savoir si la chienne va bien.

Je la récupère à la sortie du commissariat, toujours la laisse autour du cou.

Elle ne semble pas beaucoup plus rassurée que tout à l'heure, ce qui se comprend parfaitement, pourtant, j'ai l'impression de discerner un léger soulagement lorsqu'elle me voit arriver vers elle.

Elle se colle immédiatement à mes jambes et une fois de plus je ne peux imaginer la laisser tomber.

— Ça va aller.

Nous quittons le bâtiment ventilé pour nous retrouver à nouveau sous la chaleur étouffante.

Paris est un four actuellement et je sens que je commence à rôtir. Sa puanteur et tout ce qu'elle rejette de pire m'ont déjà atteinte. Que peut-il m'arriver de pire ?

Je n'ai aucune idée de l'endroit où je peux trouver un vétérinaire. Je sors mon téléphone dans l'espoir qu'il ait encore assez de batteries pour me guider jusqu'à une clinique.

Le sort est définitivement contre moi, plus que trois pour cent. J'essaie de repérer rapidement le chemin à emprunter pour me rendre chez le vétérinaire le plus proche, mais je sens la chienne tendre la laisse pour me tirer en arrière. Je range mon téléphone qui ne va pas tarder à s'éteindre pour voir où elle veut aller.

Je me retourne et me retrouve face au jeune homme qui m'est venu en aide un peu plus tôt.

Il sourit et s'approche de nous pour caresser la chienne qui semble vouloir absolument aller vers lui.

Je lui laisse un peu de mou et elle va immédiatement se blottir dans ses bras alors qu'il s'est accroupi pour l'accueillir.

Il finit par se redresser et pour la première fois je vois son visage en entier. Ses cheveux ne lui tombent plus devant les yeux, mais sont coiffés en arrière. Je ne peux m'empêcher de remarquer à quel point ses yeux sont foncés, aussi noirs que ses cheveux et sa tenue. Je ne parviens pas à distinguer ses iris et un frisson me parcourt le corps.

Il me fixe à son tour et je ne peux soutenir son regard. Je baisse timidement les yeux vers la chienne, cherchant une excuse pour échapper à cette situation peu confortable.

— Comment va-t-elle ? me demande-t-il sur un ton neutre.

— Bien, enfin, elle en a l'air. Je vais quand même l'amener voir un vétérinaire.

— Tu sais où en trouver un ?

— Pas vraiment non. J'ai essayé de regarder sur mon téléphone, mais il est...

— Je crois qu'il y en a un pas loin, me coupe-t-il.

Je ne parviens pas à lever le regard vers lui, ses yeux sont perçants et je n'arrive pas à m'enlever de la tête la violence dont il a été capable de faire preuve face à mon agresseur. Je ne connais rien de lui, pour peu que je sache, c'est peut-être un ancien criminel. Tout le commissariat semble le connaître. Pendant que je déposais ma plainte, il parlait tranquillement avec les policiers qui étaient intervenus quelques minutes plus tôt.

Pourquoi l'ont-ils laissé partir si rapidement alors qu'il a frappé un homme ? Peut-être grâce à mon témoignage. Je n'ai raconté que la vérité et je n'ai pas fait l'impasse sur les coups de poing, mais il me semble que j'ai fortement insisté sur le fait qu'il a empêché l'autre homme de m'envoyer un coup de pied.

— Suis-moi, ajoute-t-il avant que j'aie pu dire quoi que ce soit.

Vais-je le faire ? Sans doute, je n'ai pas trop le choix de toute façon. J'ai envie d'en finir au plus vite avec cette histoire, il est hors de question que je passe une heure à trouver cette clinique. La chienne semble l'apprécier, ce qui est assez étonnant aux vues de ce qu'elle vient de vivre. En général, les animaux sont méfiants des personnes qui ressemblent à celle qui les a maltraités. J'ai pu en faire l'expérience au refuge. Certains chevaux ne se laissent pas approcher par Ulysse, car c'est un homme, qu'il est grand et qu'il a de la barbe. Leur propriétaire présentait généralement le même profil.

Ce jeune homme a la même carrure que l'homme qui s'en est pris à cette chienne, mais son visage est moins sévère, sa voix est plus douce et il ne sent pas l'alcool.

Il s'est mis en marche sans prendre la peine de s'assurer que je le suis. La chienne est déjà en bout de laisse, à ses trousses. Je n'ai vraiment pas le choix.

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