CHAPITRE 1
Partie 3
L'homme vocifère quelque chose que je ne parviens pas à comprendre et se met à tirer violemment sur la laisse qui le relie à ce chien pour l'obliger à avancer. L'animal refuse de bouger, incapable de se mouvoir face à la menace que représente cet homme.
La scène se fixe sur ma rétine et je ne peux m'en détourner. Ma vie consiste à sauver des chevaux maltraités ou abandonnés et je vois en ce chien la même chose que j'ai pu voir chez absolument tous les chevaux que j'ai récupérés. L'incompréhension. Aucune haine, juste de l'incompréhension. Pourquoi se comporte-t-il ainsi avec moi alors qu'il m'a tant aimé jusqu'ici ? Si je devais parler d'animosité, je l'utiliserais pour qualifier le comportement impardonnable de cet homme.
Ce chien est un être sensible qui ne demande qu'à être aimé et pouvoir aimer encore plus fort en retour.
Il faut que j'intervienne. Je ne pourrai pas vivre avec moi-même sinon.
L'homme essaie toujours d'amener le chien à lui, mais rien n'y fait, la peur paralyse le pauvre animal. Voyant qu'il commence à perdre patience de l'autre côté du trottoir, je me précipite sur la route sans prendre le temps de m'assurer qu'aucune voiture n'arrive. L'homme ne me voit pas, trop occupé à s'époumoner sur son chien. Je rejoins l'autre trottoir, je ne suis plus qu'à quelques mètres d'eux et je le vois saisir son chien par la peau du cou.
— Arrêtez !
L'homme se retourne brièvement pour voir d'où vient cette voix si fébrile puis se tourne à nouveau sur son chien. Il commence à le traîner sur le sol et je m'élance en avant pour saisir son bras.
— Lâchez-le.
— Toi lâche-moi, me lance l'homme en essayant de repousser ma main agrippée à son bras.
— Pas tant que vous continuerez de lui faire du mal.
— Je ne fais rien du tout, casse-toi.
— Vous lui faites mal !
Il plante son regard dans le mien. Ses yeux sont vitreux, sales et méchants. Il fait ça parce qu'il en a envie et que ce chien ne peut pas se défendre. Je suis assez proche de lui à présent pour constater à quel point il sent l'alcool. Les animaux le sentent encore mieux que nous et ils n'aiment pas du tout ça. Je peux très bien imaginer pourquoi ce chien ne veut pas le suivre.
Je tente d'attraper son bras droit pour le forcer à lâcher le pauvre chien, mais il me pousse violemment et je tombe à terre.
Je me sens fortement humiliée de ne pas pouvoir faire face à cet homme et puis la peur apparaît. Personne n'a vu la scène, il pourrait me faire n'importe quoi et je serais incapable de me défendre. Je crie depuis un petit moment et pourtant personne n'est venu voir ce qu'il se passait dans cette rue qui semble avoir été désertée par l'humanité.
Je réalise qu'il a lâché le cou de son chien, son attention est portée sur moi à présent. Je me sens soulagée pour l'animal, mais je sais pertinemment qu'il n'en a pas fini avec moi.
— Tu ne pouvais pas te mêler de tes affaires comme tout le monde ?
Il observe la rue autour de lui, visiblement personne ne viendra à mon secours, car je le vois prendre son élan pour me lancer son plus beau coup de pied, celui qui m'arrachera sans doute plusieurs dents.
J'essaie de reculer en accrochant le sol de mes mains tremblantes, mais son pied a déjà quitté le sol. Soudain, je perçois son hésitation. Il regarde derrière moi, quelque chose ne va pas.
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NOTRE CHANCE
RomansaNora vient d'arriver à Paris pour passer quelques jours chez une amie. La foule de la gare est à peine derrière elle que son voyage prend une tournure inattendue. Sa rencontre avec un grand chien blanc au regard azur va la plonger dans l'univers...
