CHAPITRE 24
NORA
Le froid me réveille subitement. J'ai le bout du nez gelé et mon corps tremble de partout. Je me redresse brusquement, perdue dans le noir. Il me faut quelques instants pour me souvenir que je suis dans la grange. Je parcours le sol à tâtons à la recherche de mon téléphone et allume la lumière une fois que je l'ai en main.
Je découvre qu'une couverture a été déposée sur moi et que de la nourriture repose à mes pieds. Qui a bien pu faire ça ? Jeane ? Impossible, elle était déjà partie avant que je ne m'allonge.
Teddy...
Comment pourrais-je lui en vouloir plus de quelques heures ? Il ne voulait pas me faire de mal, je le sais. Il est simplement maladroit et après tout, la manière dont il gère sa situation familiale ne me regarde pas. Je pensais simplement qu'il avait fait un peu attention à moi quand je lui parlai de mon père. Visiblement, il était plus occupé à parler de lui. Je ne suis peut-être que ça pour lui ? Une personne à qui il peut se confier sans crainte et qui peut l'aider à surmonter sa peine...
Mon téléphone indique 5 h 47, je suis morte de froid et exténuée. Le nouveau pensionnaire semble dormir tranquillement. Pour le vétérinaire, aucune de ses blessures n'est trop préoccupante, il a juste prescrit quelques médicaments, mais ça devrait cicatriser doucement. Pour ce faire, il faut bien sûr qu'il reprenne de l'état. Je vais devoir créer un programme pour son alimentation, si je lui redonne des quantités normales immédiatement, son corps ne le supporterait pas. Il va falloir y aller pas à pas.
Il semble à l'aise dans son box alors je décide de rentrer pour essayer de profiter des quelques heures qui me restent avant que le jour se lève et que le reste des chevaux réclament mon attention.
Lorsque j'arrive devant la maison, la lumière extérieure au-dessus de la porte d'entrée est allumée. Mon père faisait toujours ça lorsque je lui annonçais que je sortais et que je rentrerai sûrement dans la nuit. Il allumait toujours cette lumière pour que je puisse rejoindre la maison sans trébucher dans l'allée. Le fait que Teddy ait pensé à laisser cette lumière pour moi me ramène à cette époque où mon père était encore là pour veiller sur moi et que je n'avais pas à gérer toutes ces choses d'adultes. Ces choses que je ne suis pas sûre d'être totalement prête à gérer encore maintenant. Ce sentiment de sécurité et d'insouciance me manque parfois plus que mon père en lui-même. Je sais qu'il sera toujours là, quelque part. Mon enfance, elle, est déjà partie depuis longtemps.
J'entre sans faire de bruit. C'est étrange de rentrer chez soi et de se dire que quelqu'un d'autre dort à l'étage, ça ne m'arrive pas souvent.
J'ai peur de réveiller Teddy en rejoignant le premier étage. Les escaliers sont vieux et très bruyants. Après son voyage et le décalage horaire, il mérite de bonnes nuits de sommeil.
Le jour ne devrait pas tarder à se lever de toute façon, je ferais mieux de m'installer dans le canapé et essayer de récupérer quelques précieuses minutes de sommeil.
J'arrive dans le salon et une petite lampe que je n'allume jamais illumine le fond de la pièce. Plus précisément, elle éclaire le piano. Pendant un instant, je me demande si Teddy a joué et mon cœur s'emballe, puis je remarque que le couvercle recouvre toujours le clavier et je me détends.
Illuminé ainsi, j'ai l'impression que l'instrument m'appelle, comme ce piano perché sur la scène à Paris, simplement éclairé par un filet de lumière.
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NOTRE CHANCE
RomansaNora vient d'arriver à Paris pour passer quelques jours chez une amie. La foule de la gare est à peine derrière elle que son voyage prend une tournure inattendue. Sa rencontre avec un grand chien blanc au regard azur va la plonger dans l'univers...
