quarante-quatre

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emma ;

Je n'arrive pas à ouvrir les yeux, j'ai qu'une envie c'est de dormir encore et encore. Je suis fatiguée, j'en ai marre de réfléchir, et d'écrire tout au long de mes journées.

- Emma... on part dans vingt minutes il faut que tu te lèves... courage, c'est les dernières épreuves...

Je grogne et tourne le dos à ma sœur qui est accroupie à côté de mon lit et qui essaie de me réveiller depuis un quart d'heure.

- Tu m'oblige à délaisser la méthode douce là...

Je fronce les sourcils et je m'imagine l'étranger quand je sens un courant d'air frais faire frissonner mon corps lorsqu'Esma me retire brusquement la couverture.

- PUTAIN !

Son rire qui s'éloigne résonne dans la pièce, alors je comprends qu'elle s'enfui de la chambre. Je me redresse donc et frotte mon visage avant d'aller dans la salle de bain pour prendre une douche, et me brosser les dents.
Je ne prends pas le temps de choisir une quelconque tenue et me contente d'enfiler une robe et d'attacher mes cheveux avant de rejoindre Esma qui m'appelle d'en bas depuis cinq minutes.

Comme depuis le début de la semaine, Zack nous attend devant la maison, dans sa voiture, en fumant une cigarette, et comme d'habitude Esma s'installe à l'arrière pendant que moi je m'assois à ses côtés.

Esma est silencieuse, comme Zack, comme moi, on est tous les trois dans nos pensées, à essayer de se concentrer pour la dernière fois de la semaine, de l'année scolaire. Je tourne ma tête et observe longuement le brun, le soleil qui vient de se lever tape sur sa peau, l'obligeant à froncer les sourcils afin de pouvoir percevoir au mieux la route.
Sa main est positionnée sur la partie basse sur volant tandis que l'autre est sur le levier de vitesse.

C'est la dernière fois qu'on se retrouve ensemble en voiture, pour aller à l'école.

Car l'année prochaine, tout ceci ne se reproduira plus.

Lui, il va poursuivre ses études à l'autre bout de la ville tandis qu'Esma et moi, on reste dans le même lycée pour aller en études supérieures.

Alors je n'aurais plus jamais de message de lui chaque matin pour m'informer qu'il est bien arrivé, et qu'il nous attend.
En y pensant, je ressens un pincement au cœur, comprenant que cette journée clôture l'examen, mais aussi nos habitudes du lycée.

Au bout de quelques minutes, ce dernier se dresse devant nous et voir le monde éparpillé devant me fait mal au ventre.
Zack coupe le moteur tandis qu'Esma quitte précipitamment la voiture, alors je soupire et ferme les yeux.

- Ça ne va pas ?

- Si, c'est juste qu'avant chaque épreuve j'me sens trop mal, mais ça va passer

Il sourit.

- Ça va... c'est français, c'est ton domaine

- Le tiens aussi, nan ?

- De ouf, j'y vais à l'aise là, puis ce soir on est libre donc le reste je m'en bat les couilles...

Mes lèvres s'étirent et mon cœur rate un battement quand je regarde l'heure sur le tableau de bord.

- Putain, elle est passé où ?

Je détache ma ceinture et le brun à mes côtés m'imite.

- Qui ça ? Esma ?

- Mais oui ça va bientôt commencer !

Il rit, sachant très bien pourquoi je suis en train de la chercher, je tourne brièvement ma tête vers lui, qui semble essayer de repérer ma sœur à travers la foule devant nous.

- Elle est là-bas regarde, avec Noé et Ethan

Un soupire de soulagement s'échappe et emplit l'habitacle, j'ouvre ensuite la portière pour sortir de la voiture le plus rapidement possible. Je presse le pas pour retrouver ma sœur qui se retourne une fois que je pose ma main sur son épaule.
Ses sourcils se froncent, mais contradictoirement ses lèvres s'étirent également, alors que je lui tends mon petit doigt en soufflant :

- T'as failli m'oublier...

Elle rit légèrement en liant son doigt au mien, puis passe son bras derrière moi pour m'entraîner contre elle et me chuchoter :

- Jamais

Je souris et alors que je suis blottie dans les bras de ma sœur, je me rends compte que dans cette situation, je suis face à Ethan et à Noé.

- Wesh Emma, jure t'es stressée ?

- Oui...

Ethan rit en secouant la tête alors que Noé me sourit, timidement.
Je l'imite, puis je ferme les yeux avant d'inspirer le parfum de ma sœur pour tenter de me rassurer.
J'entends la voix de Zack s'approcher et quand je me détache d'Esma, je constate qu'il nous rejoint avec Maëva et Lola.

- Bon du coup, pour ce dernier vendredi, on le passe chez qui ?

- Chez moi, mes parents nous laissent la maison !

Je tourne ma tête vers Noé, qui vient d'intervenir, et la discussion continue alors que je m'appuie sur le muret en essayant de me détendre, le bruit du monde autour fait monter un certain stress en moi, et je sursaute presque quand Zack s'arrête devant moi, une cigarette entre ses lèvres.

- J'suis à deux-doigts de te faire fumer un joint

Je ris.

- Arrête...

- Viens

Je fronce les sourcils mais ne réplique pas, me contentant de poser ma main sur la sienne qu'il m'a précédemment tendue.
Il s'avance en m'entraînant avec lui, puis s'arrête devant le cendrier à côté du portail pour jeter son mégot, avant de s'insérer dans la cour.
Je reste muette tout le long, même quand il franchit l'entrée menant au couloir, en me tenant la porte pour que je puisse faire de même.

Le calme qui règne à l'intérieur fait bourdonner mes oreilles mais me fait aussi terriblement de bien, et Zack continue son chemin jusqu'à ce qu'il y mette fin en se retournant vers moi.

- On est ici ce matin, on reste là le temps que ça commence, comme ça tu te calme...

Je souris et m'appuie contre le mur en laissant ma tête se poser dessus, puis je ferme les yeux.

Vivement ce soir.

Au bout de quelques secondes, je rouvre les paupières et mes iris tombent directement sur la silhouette de Zack qui est face à moi, appuyé contre le mur à l'opposé de celui sur lequel je suis moi-même appuyée.
Doucement, je m'en décolle et m'avance pour être face à lui, soudainement reconnaissante de l'avoir à mes côtés et du fait qu'il ait réussi à me calmer.

- C'est la dernière fois qu'on se voit ici...

Il sourit.

- Tant mieux, il est pété ce lycée en vrai, archi content de me barrer

Un rire m'échappe pendant que lui, redevient sérieux.

- Mais sinon ouais, c'est la dernière fois qu'tu vois un mec aussi beau que moi dans les couloirs

Je secoue la tête et il penche la sienne sur le côté en rajoutant :

- Mais je pourrais t'accorder un peu de mon temps si tu veux

J'hausse les sourcils.

- Ah ouais ?

- Bah ouais... tu survivrais même pas un peu sans moi

Je souris et alors que ses paroles sont censées détendre l'atmosphère, elles font l'effet contraire, car ma gorge se serre en détaillant son visage.

- Viens

Il ouvre ses bras et je ne réfléchis pas lorsque je m'avance pour qu'on s'enlace, avant que la sonnerie retentisse, avant qu'on se sépare.

Comme nos chemins à tous les six, ce soir.

 𝗍𝗋𝖺𝗃𝖾𝖼𝗍𝗈𝗂𝗋𝖾 ; 𝐭𝐨𝐦𝐞 𝐭𝐫𝐨𝐢𝐬Où les histoires vivent. Découvrez maintenant